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Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · 2023-09-13

Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2023-09-13

Wortprotokoll

"Chaque jour remettre l'ouvrage sur le métier" est l'expression qu'il faudrait utiliser ici lorsque l'on traite de questions sociales, d'avancées sociales, à la fois écologiques et féministes. Je ne répéterai pas les différents arguments évoqués par ma collègue Tamara Funiciello, mais je rappellerai quelques éléments clés liés à la réduction du temps de travail.

Le premier élément est historique. La semaine de 48 heures date de 1920. Le temps de travail moyen en Suisse est toujours de 42 heures par semaine. De fait, le temps de travail réellement travaillé est de 35 heures, si l'on considère les temps partiels et les temps partiels contraints qui touchent majoritairement les femmes.

La réduction du temps de travail répond donc à une multitude d'enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées et que, j'espère, dans cette enceinte, nous prendrons un jour, enfin, en compte.

La réduction du temps de travail est avant tout un pas vers l'égalité entre les sexes. Les temps partiels, dans lesquels sont surreprésentées les femmes, les sanctionnent doublement - le salaire et la retraite. Réduire massivement le temps de travail permettrait aussi d'aller vers un meilleur partage des tâches ménagères entre femmes et hommes. La réduction du temps de travail représente aussi une réponse clé à la crise environnementale et au réchauffement climatique, parce que l'avenir ne réside pas dans la croissance sans fin, mais dans le partage des richesses et la valorisation du temps libre. Il faut décroître ce qui est de l'ordre de la production matérielle et accroître ce qui est de l'ordre des prestations sociales, ce qui permet à toutes et à tous de vivre mieux dans une société solidaire qui crée un lien social. Aujourd'hui, on produit la même chose en une demi-journée qu'en 50 heures il y a 100 ans; cela, quand même, devrait nous questionner.

C'est aussi une question de santé publique: tandis que le chômage augmente, la pression économique et sociale exercée sur les personnes en âge de travailler s'accroît et le burn-out est devenu un véritable problème de société. L'enjeu est enfin social. Alors que la durée du temps de travail à plein temps oscille entre 40 et 50 heures en Suisse, la durée effective moyenne de travail y dépasse à peine les 35 heures.

Passer aux 35 heures, par exemple, en maintenant les salaires du temps plein, c'est s'adapter à la réalité et permettre de mieux répartir le travail et les richesses; en faisant baisser le chômage, en soulageant les dispositifs d'aide sociale et en faisant baisser les coûts de la santé, les 35 heures accroîtront le bien-être général de la société.

Réduire fortement le temps de travail professionnel, c'est aussi reconnaître pleinement le temps de travail indispensable effectué dans la sphère privée, principalement par les femmes - soins, éducation, ménage -, et favoriser son partage égal entre les sexes.

C'est enfin une question démocratique essentielle. Baisser le temps de travail, c'est aussi permettre à la population de participer à la vie publique et de s'y engager.

Au moment où le plus grand syndicat allemand, IG Metall, réclame la semaine de quatre jours, il serait peut-être enfin temps qu'en Suisse la question se pose et que l'on franchisse le pas.

Je vous propose donc de soutenir les deux motions.