Walder Nicolas · Nationalrat · 2023-09-27
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2023-09-27
Wortprotokoll
Pourquoi des personnes risquent-elles leur vie pour traverser une mer déchaînée en laissant leur famille dans un pays qu'elles aiment? Pourquoi acceptent-elles - ces personnes - les mauvais traitements et les humiliations qui leur sont infligés en Turquie, en Libye, à Lampedusa ou à Lesbos? Pourquoi supportent-elles les discours xénophobes et les conditions de vie spartiates qui leur sont imposées ici? Autant de questions, Mesdames et Messieurs, auxquelles il sera utile de répondre si nous voulons vraiment, ensemble et sérieusement, travailler à réduire cette migration forcée.
Non, chères et chers collègues, les raisons qui poussent les gens à quitter leur pays dans des conditions aussi précaires n'ont rien à voir avec le niveau d'aide sociale ou avec la présence d'élus de gauche dans les villes suisses. Cela résulte principalement des violations systématiques des droits humains, de catastrophes climatiques à répétition ou de conflits armés. C'est pourquoi il faut agir en priorité sur ces trois causes.
Les Suisses sont parmi les plus gros émetteurs de CO2. Il faut donc réduire rapidement notre empreinte carbone et financer beaucoup plus largement les mesures d'adaptation dans les pays du Sud, qui subissent de plein fouet les effets du réchauffement climatique, qui ont peu de ressources et qui n'en sont que très peu responsables. Si vous voulez, Mesdames et Messieurs, que les habitantes et les habitants de la Corne de l'Afrique ne cherchent plus refuge dans notre pays, il faudrait commencer par faire en sorte que leur région reste viable. Souvenez-vous-en lorsque vous voterez sur un projet relatif au climat. Lorsque vous voterez sur ce plan climat, ayez une réponse pragmatique et également cohérente, vous afficherez la position du Parlement suisse.
Autre cause, même conséquence: les violations des droits humains. Nous portons aussi une responsabilité particulière, au vu du peu de place qu'occupe le respect des droits humains et de l'Etat de droit dans nos accords et échanges économiques. Comment se fait-il en effet que notre pays ait signé un accord de libre-échange avec la Chine sans s'inquiéter des conditions dans lesquelles les biens sont produits? Un pays dont les minorités ethniques n'ont d'autre choix que de s'exiler pour simplement pratiquer leur religion ou parler leur langue. En 2014, le Conseil fédéral a choisi de ne pas reprendre les sanctions européennes contre la Russie, malgré l'invasion de la Crimée et du Donbass et les atteintes de plus en plus systématiques aux droits humains en Russie.
Ces échanges économiques auront vraisemblablement contribué à faire de la Russie, en Ukraine, mais aussi en Centrafrique ou au Mali, une des principales sources de déstabilisation dans le monde. Souvenez-vous-en lorsque vous vous pencherez sur un futur accord de libre-échange ou sur le devoir de diligence des entreprises.
Les conflits armés restent la première cause de migration forcée. Notre pays doit fournir un effort particulier à travers la coopération internationale, afin de soutenir des sociétés plus démocratiques, inclusives et, ainsi, réduire le risque de conflits. Il doit aussi favoriser le retour de la paix grâce à nos bons offices. Enfin, il ne doit pas hésiter à prendre et à appliquer avec d'autant plus de célérité les sanctions lorsqu'une partie porte une responsabilité flagrante, comme c'est le cas pour la Russie. En Ukraine, cela passe entre autres par des financements adéquats de l'aide humanitaire, du déminage ou encore de la réhabilitation des habitations. C'est l'objet de ma motion, que vous avez décidé de renvoyer en commission et par laquelle je demande au Conseil fédéral de présenter au Parlement un programme de soutien à l'Ukraine d'un montant de 5 milliards de francs pour les cinq à dix prochaines années.
Comme pour les textes de nos collègues Binder-Keller, Molina et Moser, également renvoyés en commission, ma motion vise à ce que l'aide exceptionnelle accordée à l'Ukraine ne se fasse pas au détriment d'autres contextes. Car enlever au Sahel et au Soudan ce que l'on apporte à l'Ukraine n'a pas de sens et pourrait même contribuer à cristalliser les rancoeurs des pays du Sud qui se sentent de plus en plus abandonnés par l'Occident.
La Suisse doit donc rapidement faire plus et mieux pour l'Ukraine, à l'instar de la Norvège, pays comparable au nôtre, qui s'est engagé pour un soutien exceptionnel pour plusieurs années qui approchera les 10 milliards de dollars. Pourtant, la majorité de droite ici continue de jouer la montre et de fuir ses responsabilités en renvoyant systématiquement nos demandes en commission.
Le groupe des Verts a demandé la semaine passée que la Suisse rejoigne la task force internationale Repo pour l'application des sanctions économiques. Le groupe libéral-radical, soutenu par la majorité de droite, a proposé de renvoyer la motion en commission, afin, a-t-il dit, d'en étudier les conséquences. Mais la droite sait très bien - elle le sait parfaitement - que cette question a déjà été largement discutée au sein de notre Commission de politique extérieure.
Le groupe des Verts demande aujourd'hui que la Suisse accroisse son aide à l'Ukraine et prévoie des fonds adéquats à cet effet. Les membres du groupe du Centre, soutenus aussi et toujours par la majorité de droite, ont décidé de renvoyer cette motion pour, disent-ils, l'examiner et en étudier les conséquences en détail en commission. Mais ils savent également que cette motion a déjà été largement discutée et que la Commission de politique extérieure avait même[NB]déposé[NB]un[NB]texte[NB]similaire devant notre conseil il y a quelques mois.
Enfin, la motion de notre collègue Zopfi au Conseil des Etats, qui devait être votée durant cette session, a connu le même sort. Mesdames et messieurs de droite, vous avez le droit de ne pas vouloir soutenir l'Ukraine, mais s'il vous plaît, osez vous positionner et cessez de renvoyer en commission tous les objets qui vous mettent un tant soit peu mal à l'aise en cette période électorale.
Le groupe des Verts refusera toutes les motions proposées, à l'exception du postulat Pfister Gerhard, qui, lui seul, fait avancer la réflexion sur la question des migrations. [PAGE 2005]