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Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2023-12-12

Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2023-12-12

Wortprotokoll

Que certains à gauche, chez les Verts, profitent de chaque occasion pour s'en prendre à la pratique du tir, n'a rien de bien nouveau. Ce qui est original, cette fois - et qui a suscité, par cette motion, la réaction du conseiller aux Etats Salzmann et d'une large majorité du Conseil des Etats -, est que le coup - c'est le cas de le dire - vient du Contrôle fédéral des finances, hélas relayé ensuite par le DDPS.

Un fonctionnaire a fait une grande découverte - en réalité, il n'a rien découvert d'original -: la GP 11 n'est plus utilisée dans notre armée pour le tir au fusil d'ordonnance. Il a cru avoir trouvé l'oeuf de Colomb des économies. L'oeuf de Colomb? Des bouts de chandelles, plutôt, oui. Alors qu'hier encore, nous parlions d'un budget de plus de 80 milliards de francs, c'est d'une économie de 1,5 million de francs dont nous parlons.

Le DDPS a malheureusement réussi à faire avaler cette couleuvre à la Fédération suisse de tir, en contrepartie - cela a été relevé - d'une augmentation des subventions aux sociétés de tir. C'est l'argument sur lequel s'appuie la majorité de la commission, une majorité au nom de laquelle, aujourd'hui, s'expriment une socialiste et un Vert. Tiens donc; c'est bien la première fois que les socialistes et les Verts, adversaires historiques du tir et des tireurs, font la promotion du tir obligatoire, du tir en campagne ou encore des cours pour jeunes tireurs. De quoi dresser un peu l'oreille, non?

En tout cas, le résultat de ce marchandage malheureux - on a joué les sociétés de tir contre les tireurs - pour une économie négligeable, est que pour les tireurs au fusil d'assaut 57 et au mousqueton surtout, la munition coûtera deux fois plus cher. La conséquence, sachant qu'une large majorité des tireurs vétérans - plus de 70 pour cent - tirent avec la GP 11? Une réduction du nombre des tireurs et des membres des sociétés de tir qui, en cette période où beaucoup, dans notre pays, sont pris à la gorge par l'augmentation du coût de la vie, seront découragés de pratiquer un sport tout de même coûteux.

Le problème, c'est que - contrairement à ce que ceux qui nous vendent ce fâcheux compromis essaient de nous faire croire - on ne va pas juste favoriser les jeunes par rapport aux vétérans, car les vétérans ne sont pas juste des gens que certains jugent trop vieux pour être soutenus: ils sont l'ossature, la colonne vertébrale de nos sociétés de tir. On nous vend un soutien à ces sociétés. Mais - je le répète - en montant les sociétés contre les tireurs, nous prenons le risque de nous retrouver avec des sociétés sinon sans sociétaires, du moins saignées par l'hémorragie de leurs membres fidèles.

Ce faisant, le DDPS - avec le soutien suspect de la gauche et du groupe des Verts - va à l'encontre de sa propre stratégie, celle de l'unité Tir et activités hors du service, dont l'augmentation des moyens, à coup sûr, vise à promouvoir les activités hors du service et non pas à les réduire comme ce sera immanquablement le cas.

Ce qui est en jeu, au-delà de ferraille et de poudre, au-delà de 1,5 million de francs, c'est la valeur symbolique du soutien dont le DDPS veut priver des milliers de tireurs de ce pays. C'est le lien étroit, indissociable entre un sport, un loisir et notre armée, un lien aussi, de manière plus générale, avec l'esprit de défense et la volonté de servir, dont les tireurs sont le fer de lance. Ces milliers de tireurs que le DDPS juge aujourd'hui indignes de soutien resteront-ils ces soutiens fidèles de notre défense nationale qu'ils ont toujours été par tradition? 1,5 million de francs, c'est de l'argent, évidemment. Mais 1,5 million pour perdre des soutiens fidèles à notre défense nationale et pour porter un coup supplémentaire à la pratique du tir, c'est cher payé.

Voilà pourquoi, voilà pour qui, au nom d'une forte minorité de la commission - 10 contre 11 et 3 abstentions -, je vous demande de soutenir la motion Salzmann et, avec le Conseil des Etats, de renoncer à ces économies de bouts de chandelles, pour ces milliers de tireurs qui aujourd'hui nous regardent.