Gentil Pierre-Alain · Ständerat · 2003-03-19
Gentil Pierre-Alain · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2003-03-19
Wortprotokoll
Quelques réflexions sur la nature de ce Sommet du G8 dont nous sommes amenés à discuter aujourd'hui.
Je crois qu'au moment où la Suisse doit apporter son soutien à l'organisation de cette manifestation, il n'est pas inutile de rappeler quelles sont les origines de ces sommets, initialement du G7, puis du G8. Le président français d'alors, M. Giscard d'Estaing, avait lancé l'idée de réunir régulièrement de manière informelle, "au coin du feu", disait-il, les principaux chefs d'Etat de la planète, de manière à pouvoir discuter avec eux, informellement encore une fois, des problèmes de l'heure et favoriser la mise au point de solutions de compromis ou de solutions susceptibles d'être discutées ensuite dans les instances internationales compétentes. Au fil du temps, ces rencontres informelles se sont transformées en événements surmédiatisés, auxquels les chefs d'Etat se prêtent d'ailleurs avec une très grande complaisance.
Le G8 est devenu un instrument politique parallèle aux institutions démocratiques dont on peut très sérieusement s'interroger sur la légitimité. Que représente véritablement le G8 par rapport, par exemple, au Conseil de sécurité de l'ONU? Quel est son véritable apport? N'y a-t-il pas là une forme d'usurpation des instances normalement compétentes au plan international pour traiter les problèmes de la planète?
Cette instrumentalisation du G8, sa constitution en pouvoir réel, a inévitablement débouché sur des manifestions organisées par celles et ceux qui contestent sa légitimité ou veulent lui faire entendre leurs préoccupations. Et le cercle vicieux est naturellement enclenché: il y a une escalade de moyens que doivent mettre en oeuvre les pouvoirs publics pour assurer la sécurité des uns et des autres.
Toutes proportions gardées - j'insiste sur cette expression -, on assiste pour le G8 à ce qu'on a récemment observé à propos des rencontres de Davos. Au départ, nous avons une rencontre informelle de gens qui souhaitent discuter librement des problèmes de l'heure; nous avons ensuite la transformation de ces réunions en lieux de pouvoir, autoproclamés avec l'organisation, par des esprits critiques ou des opposants, de manifestations et, enfin, l'appel aux pouvoirs publics à intervenir, de plus en plus massivement d'ailleurs, pour garantir la sécurité des uns et des autres.
Qu'on me comprenne bien: il n'y a pas lieu de contester le droit de chefs d'Etat de se réunir à proximité de nos frontières pour discuter de tout problème qui leur semble opportun. Mais il convient ici de rappeler que cela ne correspond pas à l'esprit initial de ces rencontres et que cela porte ombrage aux autres institutions internationales dont la légitimité démocratique est plus forte. Cela contribue aussi à mettre en branle tout un système, destiné à garantir la sécurité publique, qui conduit au fait que l'élément qui retient l'attention du grand public n'est plus l'ordre du jour du G8 et les solutions que ce G8 prétend apporter aux problèmes de la planète, [PAGE 290] mais l'importance de la mobilisation, soit des gens qui s'opposent à la réunion, soit des forces de police que doivent organiser les pouvoirs publics pour garantir la sécurité. Je ne suis pas du tout certain qu'en assurant la sécurité publique à l'occasion du G8, notre pays apporte une contribution utile à la démocratie. Mais nous n'avons pas le choix.
Nous ne pouvons pas faire autrement que d'assumer nos responsabilités, d'entrer en matière et d'apporter un certain nombre de moyens. Le tout est de marquer, et c'est ce que j'aimerais faire, que si nous remplissons des obligations, nous le faisons par sens du devoir, et non pas avec enthousiasme.