Poggia Mauro · Ständerat · 2024-06-03
Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2024-06-03
Wortprotokoll
Contrairement à mon collègue genevois, je ne soutiendrai pas cette motion et je vous invite à en faire de même.
Ce qu'on nous demande, avec cette motion, c'est de célébrer le mariage de la carpe et du lapin. D'un côté, tout le monde est conscient que notre armée a besoin de moyens, qu'elle a besoin de moyens importants, et cela depuis des décennies. Nous avons en effet manqué à notre devoir de maintenir un niveau suffisant pour notre défense nationale, au point qu'à ce jour, si nous avions une mobilisation générale, seule la moitié des appelés auraient du matériel digne de ce nom pour répondre à leur mission. Et d'un autre côté, on nous dit vouloir contribuer à la sécurité de notre pays, comme cela devrait être fait, tout en demandant que 5 milliards de francs soient attribués à la reconstruction de l'Ukraine, pour être certain que l'on n'aille pas prendre ailleurs l'argent nécessaire pour les besoins sécuritaires de notre pays.
Effectivement, nous avons des besoins sécuritaires qui demanderont de prendre l'argent là où il doit l'être. Je rappelle qu'en 1943, le général Guisan disait que notre neutralité valait ce que valait notre armée. Aujourd'hui, je pense que vous pouvez en tirer les conclusions qui s'imposent. Je pense que pour faire ce que nous devons faire au niveau international, au niveau de la coopération internationale et de l'aide humanitaire, il faut avant tout penser à la sécurité de notre pays. Or aujourd'hui, nous avons d'urgence besoin de moyens. Le frein à l'endettement est un argument formel, bien sûr, qui peut être avancé et qui suffit à lui seul pour rejeter cette motion, mais je pense qu'il faut aller au-delà de ces arguments formels. En effet, si la guerre était à nos portes, ce ne serait pas le frein à l'endettement qui nous empêcherait d'adopter les crédits nécessaires.
Je pense qu'aujourd'hui, il faut mettre des priorités. Quand on parle de reconstruction de l'Ukraine, personne ne nous [PAGE 396] dit de quoi il s'agit exactement. De quelle Ukraine parle-t-on qu'il faudra reconstruire? Quelle est l'urgence de reconstruire l'Ukraine alors que c'est un pays qui est encore en guerre aujourd'hui? Evidemment qu'à un moment donné, si la paix est retrouvée, ce que tout le monde ici souhaite ardemment et le plus vite possible, il faudra que la Suisse fasse également sa part pour contribuer à la reconstruction de l'Ukraine. Mais c'est un sujet que nous pourrons aborder lorsqu'il se présentera et lorsqu'il sera d'actualité. Or, aujourd'hui, il y en a un qui est davantage d'actualité qui est celui de la sécurité et de l'équipement de notre armée.
C'est la raison pour laquelle je ne célébrerai pas ce mariage de la carpe et du lapin.
Je vous demande de rejeter la motion.