Cuche Fernand · Nationalrat · 2003-06-02
Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2003-06-02
Wortprotokoll
A écouter les interventions d'un certain nombre de collègues paysans, j'ai l'impression que [PAGE 745] les loups sont à la porte. J'espère que le service de sécurité du Parlement n'a pas relâché la garde lors de ce débat! En ce qui concerne l'intervention de M. Schmied Walter, qui dit que nous sommes toujours plus nombreux, que nous sommes une population citadine qui se balade - c'est vrai - beaucoup dans les campagnes: alors, faut-il craindre le loup lorsque l'on se promène à l'orée du bois? Vous me faites frémir, parce que hier encore, mes enfants promenaient leurs petits enfants dans une poussette qui n'était pas sécurisée par rapport à une attaque éventuelle du loup.
Je suis un petit éleveur du Jura neuchâtelois, de vaches nourrices, et je partage un point avec les éleveurs qui ont vécu l'attaque d'un troupeau de moutons par le loup: nous sommes profondément chagrinés, troublés, lorsqu'une bête attaque une de nos bêtes d'élevage. Je ne sais pas quelle serait ma réaction si je devais me trouver face à cette situation. En attendant, j'aimerais quand même rappeler que ces animaux domestiques que l'on aime bien - des vaches, des lapins, des moutons, des petits veaux qui gambadaient dans la prairie, heureux -, on en envoie toutes les semaines des dizaines de milliers aux abattoirs. Apparemment, lorsque c'est l'homme qui décide de tuer l'animal de rente, ça ne nous pose aucun problème, mais lorsque c'est un animal sauvage, c'est totalement inadmissible.
On a aussi dit que ce serait une menace pour le tourisme. Je ne pense pas. Je pense que si on peut dire que dans les régions naturelles de Suisse, dans les montagnes, nous avons la présence du lynx, du loup et peut-être de l'ours, ça va plutôt attirer des touristes dans ces régions. Et ils seront nombreux à attendre derrière un arbre, pour voir arriver ce loup et faire la première photo du troisième ou du quatrième loup qui est arrivé dans nos territoires.
Je tiens à rappeler également que le trafic motorisé et le trafic ferroviaire tuent quasi chaque jour du gibier que l'on pourrait manger. Mais est-ce qu'on va pour autant interdire les trains la nuit ou interdire le trafic routier, notamment dans les zones sensibles?
Enfin, chers collègues agriculteurs, si vous pensez que le loup est la principale menace pour l'avenir de l'agriculture de montagne, je vous rappelle ici que les négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce et celles avec les acheteurs de nos viandes constituent les principales menaces pour l'avenir de l'agriculture, sans oublier que le SECO a mandaté des experts en économie pour savoir s'il était encore utile de maintenir une agriculture productive dans les régions de montagne! Et ces experts sont arrivés provisoirement à la conclusion que ça coûtait trop cher, que ce n'était pas compétitif. Donc, à la limite, si le SECO va dans ce sens-là, autant avoir des loups pour amuser la galerie! Vous pensez bien que je ne partage pas du tout ce point de vue.
Suivons la Convention de Berne que nous avons ratifiée, à la réserve près que si, dans les années qui viennent, nous constatons, avec les autres partenaires signataires de cette convention, qu'un nombre de moutons inacceptable est tué par le loup, nous ferons alors des propositions dans le cadre de la convention; nous viendrons avec des propositions extrêmement concrètes et essaierons de voir dans quelle mesure on pourrait animer une remise en question de la convention parce que les pertes seraient beaucoup trop importantes. Clin d'oeil: puisqu'il a été demandé au Conseil fédéral s'il était d'accord de renoncer à considérer le lynx ou le loup comme des espèces protégées, statut qui nous coûte cher, j'ai une question du même genre: le Conseil fédéral serait-il d'accord d'accéder à la demande de percer un nouveau tube sous le Gothard pour le trafic routier et de mettre ce nouveau tunnel, par exemple, à disposition des animaux sauvages qui pourraient ainsi, de temps en temps, se rendre dans le Sud ou dans le Nord?
En conclusion, je rappelle - et vous en avez tous pris connaissance - que j'ai déposé un postulat concernant le statut des bergers (02.3131), afin qu'on puisse avoir en montagne des personnes actives convenablement rémunérées, convenablement formées pour pouvoir vivre en harmonie avec la nature, et notamment avec les bêtes sauvages. Il a été dit tout à l'heure par M. Brunner Toni que le loup en Suisse, s'il devait se multiplier, pourrait causer des dommages de l'ordre de 10 millions de francs par année. Si vous transmettez le postulat que j'ai déposé - et je pense que ce sera une majorité facile! -, les 10 millions de francs prévus pour compenser les dégâts causés par le loup pourront être consacrés à maintenir la présence de bergères et de bergers en montagne, personnes qui sauront travailler au voisinage du loup.