Cottier Damien · Nationalrat · 2024-06-13
Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2024-06-13
Wortprotokoll
Monsieur le président, je vous remercie de rappeler à tous les utilisateurs du Palais fédéral qu'il y a des règles dans cette maison et qu'elles servent à ce que les débats se passent dans une atmosphère de bonne qualité et dans la dignité.
Qu'est-ce qu'un semi-conducteur? Le semi-conducteur est une technologie qui se trouve au coeur de toute puce électronique. Nous en avons toutes et tous au moins une, probablement plusieurs, sur nous en ce moment, dans un téléphone, dans un ordinateur, dans une clé de voiture, dans une montre connectée pour ceux qui en ont. On en trouve dans du matériel médical, des objets connectés, dans l'électroménager, dans les moyens de transport, la liste est presque sans fin. On en trouve également dans des outils ou des appareils, dans des installations nécessaires à l'application de politiques publiques importantes, dans des éoliennes, dans des outils de gestion de l'énergie, des transports, de la sécurité, de la santé publique, etc.
Les semi-conducteurs sont aussi au coeur de la révolution qui nous attend avec le développement de l'intelligence artificielle. Pour ceux qui ont regardé le débat sur la RTS hier soir, il était impressionnant de voir une fausse Céline Amaudruz et un faux Samuel Bendahan, presque plus vrais que nature, même si certains aspects nous donnaient quelques indices. On a pu voir ce que cette révolution de l'intelligence artificielle permet de faire, ce qui, évidemment, doit nous sensibiliser, nous inquiéter dans une certaine mesure, vu les risques, mais aussi nous motiver, car ces nouvelles technologies contiennent de grandes chances pour améliorer la société, aspect que nous devons évidemment saisir.
Bref, les puces électroniques sont partout, elles sont indispensables au développement de notre société, de notre économie et de notre science, dans notre pays comme dans tous les autres pays de notre planète. La technologie des semi-conducteurs fait l'objet d'une levée de fonds annoncée par de grands acteurs économiques, en particulier aux Etats-Unis. Les montants articulés dépassent tout simplement l'entendement, puisque certains ont évoqué plusieurs milliers de milliards de dollars d'investissement. Je ne me trompe pas dans les chiffres, je ne confonds pas les chiffres, on parle de plusieurs milliers de milliards d'investissements.
L'Union européenne et les Etats-Unis ont mis en place des mesures majeures pour regagner en souveraineté dans ce domaine, en rapatriant notamment des compétences ou des moyens de production sur leur territoire - l'essentiel des moyens de production se trouve actuellement en Asie, en particulier à Taïwan. Ces acteurs, l'Union européenne et les Etats-Unis, ont aussi décidé d'investir dans la recherche et dans la formation, et cela de manière massive puisqu'ils ont annoncé des programmes de respectivement 43 milliards d'euros et 52 milliards de dollars dans ces secteurs pour les prochaines années. Ce sont des chiffres qui donnent le vertige. Ces investissements comportent également des soutiens directs aux entreprises.
Pas question pour la Suisse de s'engager sur ce même créneau d'une politique industrielle soutenue par l'Etat; c'est rarement un bon investissement. Et même si cela a été peut-être mal compris par certains à la lecture de ce postulat, ce n'est pas ce que nous demandons. Mais la Suisse doit aussi éviter de voir partir des fleurons du domaine des semi-conducteurs actuellement présents en Suisse dans plusieurs cantons - il y en a notamment dans le canton de Neuchâtel et dans le canton d'Argovie, mais également dans le canton du Jura, dans le canton de Vaud, dans le canton de Berne et à d'autres endroits de notre pays. Il n'est pas question de laisser ces acteurs s'affaiblir ou s'en aller.
Le SEFRI a, il y a quelques mois, lancé une mesure transitoire dans le secteur des semi-conducteurs, qui s'adresse à des établissements de recherche et des hautes écoles. Il s'agit d'une enveloppe de 26 millions de francs au maximum, ce qui est une mesure à saluer, mais qui est - à mon sens - une mesure insuffisante. Ce n'est qu'une partie de la réponse, puisque les entreprises et les hautes écoles continueront de souffrir d'une importante distorsion de concurrence.
Nous demandons donc que la Suisse ait une véritable stratégie dans le domaine des semi-conducteurs, ou des "chips", en allant au-delà de cette aide transitoire octroyée à des projets de recherche, à laquelle ne pourront pas participer les entreprises. Il s'agit d'améliorer les conditions-cadres dans ce secteur, d'imaginer des partenariats public-privé, par exemple des "fablabs", qui permettraient d'attirer des partenaires et de collaborer davantage à l'international. Il s'agit aussi de collaborer davantage, en particulier, avec l'Union européenne dans ce domaine. C'est la raison pour laquelle nous demandons au Conseil fédéral de mettre en place une véritable stratégie, de faire au fond le deuxième pas sur le chemin qu'il a déjà entamé. C'est la raison pour laquelle nous vous demandons et nous vous prions de soutenir ce postulat.