Bugnon André · Nationalrat · 2003-06-03
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2003-06-03
Wortprotokoll
Je vous expose quelques arguments par rapport aux déclarations qui viennent d'être faites à cette tribune, notamment par M. Banga qui, avec son amendement de minorité, vous propose de ne pas entrer en matière sur ce crédit.
A propos des trois éléments qu'il a développés: on peut très bien comprendre, bien sûr, le débat politique qui existe autour de ces éléments, mais je crois qu'il faut, dans les priorités, garder quand même comme objectif principal le maintien d'une armée. M. Eggly l'a très bien dit, plusieurs votations populaires, et encore celle du 18 mai dernier, ont montré que le peuple suisse voulait le maintien d'une armée, d'une armée moderne adaptée aux circonstances. Mais le peuple suisse n'a pas dit qu'il ne voulait plus d'AVS, qu'il ne voulait plus d'une analyse générale de la situation financière de notre collectivité publique. Tout doit être conciliable, bien entendu. Le contexte financier général, tel qu'il est évoqué par M. Banga en disant que les dépenses effectuées pour l'armée se font aux dépens des dépenses sociales, c'est un discours qu'on peut tenir ici année après année, partant du principe que dès qu'on dépense de l'argent pour une armée dont on ne veut pas ou qu'on dit inadaptée, on prétend que cet argent est enlevé à d'autres priorités.
La Suisse a besoin d'une armée, ça a été décidé par le peuple, ça a été décidé par ce Parlement également. Je crois qu'il est important de savoir que dans ce cadre-là, on ne peut pas dire qu'on veut maintenir l'existence d'une armée et en même temps la sous-équiper ou la sous-doter, ou rendre son équipement ou son organisation totalement désuets. Ou bien on accepte l'existence d'une armée et on lui donne les moyens nécessaires pour qu'elle puisse fonctionner compte tenu des missions qu'elle a à remplir, ou bien alors, disons-le carrément, on ne veut plus d'une armée dans ce pays et dans ce cas-là, il est normal qu'on vienne critiquer les programmes d'armement et les autres propositions qui sont faites.
Maintenant, le deuxième élément évoqué, c'est la question de l'implication des USA dans la guerre en Irak et puis le fait que le programme d'armement touche justement [PAGE 771] l'équipement complémentaire d'avions F/A-18. Ces F/A-18 ont été achetés aux Américains. Il est entendu qu'on n'a pas le choix: lorsqu'on veut des pièces de rechange ou des compléments d'équipements pour ces avions, on ne peut pas aller les acheter ailleurs que chez le fabricant. Si vous avez une Peugeot ou une Renault et que vous vous proposez d'aller chez BMW pour acquérir du matériel complémentaire, je crois que ça ne marchera pas très bien. Certains me diront que dans quelques décennies, ça sera de toute façon comme ça; mais pour le moment, on en est là. Donc, nous avons besoin d'équipements complémentaires pour ces F/A-18. Ces F/A-18 sont produits aux Etats-Unis et, par la force des choses, ces équipements complémentaires viennent également des Etats-Unis.
Il a été dit également, et ça a été appuyé par Mme Haering, que la nécessité de compléter l'équipement de l'aviation militaire n'était pas d'actualité, puisque maintenant l'armée doit surtout lutter contre le terrorisme ou intervenir en cas de catastrophe naturelle intérieure. Je crois qu'il faut garder à l'esprit que l'existence d'une armée produit déjà quelques craintes par effet de dissuasion dans l'esprit de ceux qui voudraient faire du mal, par exemple par rapport à une attaque terroriste ou - même si le cas ne se présentera pas, je le souhaite, dans les prochaines années - à un conflit armé. C'est la présence même d'une armée qui nous garantit cette sécurité, et d'ailleurs c'est bien un des buts principaux de l'armée suisse - notre un pays étant totalement neutre - que d'assurer la sécurité, de maintenir une présence militaire, d'inspirer de la crainte, par cette présence militaire-là, à ceux qui voudraient nous faire du mal. C'est la mission principale de l'armée. Si nous n'avions pas d'armée, évidemment que les personnes ou les pays qui seraient mal disposés à notre égard ne se gêneraient pas pour exercer plus de pression politique dans un premier temps et peut-être plus de pression militaire par la suite.
Les événements, liés au G8, qui viennent de se dérouler à Lausanne et à Genève, le prouvent bien. Quand, dans la pratique, des manifestations sont autorisées, les casseurs qui se joignent aux manifestants ne se gênent pas pour faire des dégâts. Or il n'y a pas d'autres jours dans l'année, mis à part ceux où des manifestations de ce type sont autorisées, à l'exemple de celles liées à la présence du G8 à Evian, où ces casseurs oseraient intervenir dans les villes précitées pour y commettre des déprédations. En effet, ils savent qu'il y a une présence policière, une organisation propre à lutter directement contre les auteurs de ces déprédations; ainsi, l'effet dissuasif est efficace. Il en est de même pour l'armée. Donc l'armée est là, et elle retient certaines personnes mal disposées à notre égard de commettre des actes terroristes ou de déclencher des attaques.
C'est pourquoi, au nom de la majorité de la commission, je crois que nous devons nous inscrire en faux contre les déclarations qui ont été faites à cette tribune contre le programme d'armement 2003. Celui-ci est de "minime" importance, cela a déjà été dit, et l'existence de l'aviation dans l'armée suisse est nécessaire. L'aviation militaire ne permettra évidemment pas de lutter au premier degré contre le terrorisme, mais son rôle consiste à inspirer de la crainte, rôle que l'armée doit jouer vis-à-vis de ceux qui seraient mal disposés à notre égard.
Je vous demande d'accepter le crédit qui est proposé.