Lexipedia

Vara Céline · Ständerat · 2024-09-18

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2024-09-18

Wortprotokoll

J'ai été étonnée de prendre connaissance de ce postulat, parce que depuis que je suis au Conseil des Etats - bientôt cinq ans -, j'ai justement essayé de concilier autant que possible l'activité de l'armée avec la société civile. Durant les quatre années écoulées à la Commission de la politique de sécurité, mon objectif a toujours été le même: rapprocher notre armée de la population et la rendre plus compatible avec les autres intérêts d'importance majeure, à savoir l'environnement, la santé, le patrimoine bâti ou encore l'égalité.

Ces cinq dernières années, Madame la conseillère fédérale, nous avons réussi à construire des solutions communes, notamment en ce qui concerne les impacts de l'armée sur l'environnement. Je pense, par exemple, au plan d'action Energie et climat DDPS, qui est un des plans climat les plus ambitieux de tous les départements. Bravo. Je pense notamment au plan d'action Biodiversité DDPS. Je pense à la préservation de la zone naturelle d'importance nationale qu'est la Grande Cariçaie. Je pense aux études pour dépolluer nos lacs des munitions.

Pourquoi ne pas faire de même concernant l'impact sur la santé lié aux nuisances sonores de l'armée? Dans mon canton, Neuchâtel, c'est un sujet important - très important -, mais ce n'est pas le cas uniquement dans le canton de Neuchâtel. Des associations voient le jour partout en Suisse, regroupant les habitantes et les habitants concernés des communes proches des stands de tir. Il y a une vraie opposition de la population à ces stands de tir. Nous devons en tenir compte. Je comprends les enjeux sécuritaires liés à la montée des extrêmes et à la guerre en Ukraine, mais je vous défie d'aller les expliquer aux personnes qui habitent près de ces stands de tir et qui vivent chaque jour - tous les jours, le week-end y compris - les nuisances sonores que cela suscite.

A l'instar des bruits routiers, aériens ou ferroviaires, ces nuisances sonores provoquent un stress chronique. On sait qu'elles ont de graves conséquences, notamment sur la santé physique - des maux de tête, des vertiges, des problèmes circulatoires, de l'hypertension artérielle, des accidents vasculaires ou des infarctus du myocarde -, mais on sait que cela a également un impact sur la santé psychique - des troubles du sommeil, de l'agitation, de l'irritabilité, de l'anxiété, de l'angoisse, des dépressions, des difficultés de concentration, notamment chez les enfants, et une augmentation des pensées suicidaires.

D'ailleurs, la problématique des nuisances sonores est pleinement considérée concernant les bruits routiers. Plusieurs études le démontrent. Une étude, qui a été menée en Suisse en 2023 - c'est-à-dire l'année dernière -, démontre significativement une augmentation du taux de suicide en corrélation avec les nuisances sonores liées au trafic.

Nous savons donc que ces nuisances sonores ont un impact grave sur la santé. C'est d'ailleurs pour cela qu'en Suisse, une législation permet de concilier les intérêts et met des limites. Ce n'est pas seulement pour ennuyer les utilisateurs des stands de tir - parce qu'il n'y a pas que l'armée, mais aussi la police et les associations de tir privées. La question est de savoir comment on fait afin de pouvoir mettre tout le monde autour de la table et concilier les intérêts de chacun. Ces stands de tir sont vraiment très régulièrement remis en question. On veut des solutions pour limiter le bruit, et une meilleure cohabitation. Les principales requêtes formulées sont d'avoir des couloirs fermés et des halles de tir insonorisées. C'est une partie de la solution. C'est une des solutions trouvées dans plusieurs cantons, notamment en Valais.

Les revendications de la population sont légitimes et nous devrions les écouter. Pour moi, une armée proche de sa population, c'est une armée qui écoute et essaie de concilier son activité avec les besoins de la population.

Comment faire pour les réunir afin de trouver un consensus? Ce postulat, je peux vous le dire, ne va pas aider à trouver un consensus. Il faut être vraiment clair sur ce point. Vous avez probablement reçu toutes et tous, comme moi, un certain nombre de lettres et de courriels représentatifs de l'avis de plusieurs milliers de personnes qui sont très inquiètes de ce postulat et de la direction qu'il donne. Pourquoi est-ce [PAGE 835] qu'on n'a pas formulé ce postulat de manière plus ouverte, dans l'idée de trouver des solutions pour pouvoir augmenter la capacité de tir, pour pouvoir augmenter les capacités d'entraînement des soldats et des soldates, tout en essayant de limiter les nuisances sonores? Il n'est pas du tout formulé dans ce sens-là. Ce n'est pas un postulat qui invite à trouver des solutions constructives et positives. Non, c'est un postulat qui vise à assouplir les normes sonores, et on ne peut pas aller dans cette direction-là. Nous défendons la population et ses intérêts; et pas seulement les intérêts de l'armée. L'aspect sécuritaire est important, mais l'aspect de la santé l'est tout autant.

Si demain - et je m'y engage, puisque nos interventions au plénum sont filmées et consignées - nous devons voter des budgets supplémentaires pour construire des halles fermées ou des couloirs insonorisés, je voterai pour. Je suis d'accord d'aller dans ce sens-là, parce que je trouve que c'est une solution constructive, et ici les intérêts ne sont pas nécessairement opposés.

J'aimerais encore m'exprimer très brièvement sur les conséquences économiques, parce que j'ai parlé de la santé, c'est une chose. Mais économiquement, il faut quand même savoir que, dans les régions concernées, les nuisances sonores générées par les tirs causent une dévalorisation des biens immobiliers, et évidemment des biens immobiliers privés, mais aussi des pertes financières importantes pour l'hôtellerie, la restauration et les éventuels centres de soins qui sont à proximité. C'est une vraie préoccupation économique des communes, des habitants et des cantons qui sont concernés.

C'est pourquoi je vous invite à refuser ce postulat et, dans l'hypothèse où il serait accepté, je demande au Conseil fédéral de faire preuve d'un esprit constructif en proposant des solutions qui permettent de prendre en considération la santé de la population concernée.