Docourt Martine · Nationalrat · 2025-03-05
Docourt Martine · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-03-05
Wortprotokoll
Inondations en Espagne, incendies en Californie, cyclones en Australie; glissements de terrain, inondations et tempêtes font également rage en Suisse, comme ailleurs dans le monde. Les catastrophes naturelles augmentent en nombre et en intensité, ce qui est la conséquence du changement climatique. Ce changement découle de notre activité économique, de la façon dont elle est organisée et des buts qu'elle poursuit. Au coût social de la course aux profits s'ajoute désormais un coût environnemental.
Dans ce contexte, agir n'est plus un choix, mais une nécessité. Si certaines actions doivent être entreprises à une échelle globale, l'adaptation au changement climatique, elle, se réalise localement. Nous nous devons, en tant que représentation de la population de ce pays, de permettre à nos concitoyennes et concitoyens de faire face à ces changements. Nous nous devons de donner un cap aux collectivités publiques, pour qu'elles puissent entreprendre les aménagements nécessaires à leur population: développer les transports publics, mieux isoler les bâtiments, investir dans les énergies renouvelables, décarboner notre économie. La tâche est énorme, tant par son ampleur que par ses conséquences en cas d'échec. Car, au bout du compte, il s'agit de préserver les conditions de la vie sur terre.
Pour cela, nous le savons, il faut des moyens, des moyens dont on entend bien souvent dire qu'ils manqueraient; hélas, ajoute-t-on. Eh bien, voilà une bonne nouvelle: l'initiative de la Jeunesse socialiste suisse a trouvé des moyens en taxant les héritiers des grandes fortunes. C'est bien de ces personnes qu'il s'agit et uniquement de ces personnes, puisque nous parlons de la taxation de 50 pour cent de la part des héritages dépassant les 50 millions de francs.
Ainsi, l'initiative proposée par la Jeunesse socialiste suisse ne concerne qu'une infime minorité de la population: 1 pour cent des plus riches de notre pays. Toutefois, l'importance de son impact climatique n'est plus à remettre en question. Une personne faisant partie de cette toute petite minorité a en effet un impact 100 fois plus grand qu'une personne faisant partie de la majorité de la population. Il s'agit de 195 tonnes de CO2 émises par personne annuellement, alors qu'une personne ayant un bas salaire émet moins de 10 tonnes de CO2 annuellement. Cette taxe proposée applique donc le principe du pollueur-payeur aux héritiers de grandes fortunes.
A celles et ceux qui trouveraient cela injuste, qui accuseraient cette initiative de malmener l'esprit entrepreneurial, de taxer des self-made-men, je rappellerai cette étude de 2024 du Centre de recherches conjoncturelles de l'EPFZ, qui a analysé les fortunes des trois cents personnes les plus riches du classement de "Bilanz". Selon ces résultats, plus de 60 pour cent de ces personnes sont devenues ultrariches grâce à un héritage. De ces grandes fortunes, seules 8 pour cent concernent des managers actifs, les autres sont des investisseurs, des actionnaires, des rentiers du capital, mais pas des entrepreneurs.
Quand on sait que leur bilan carbone stratosphérique, que j'ai déjà évoqué, est pour beaucoup dû à leur choix d'investissements, qui sont souvent écologiquement irresponsables et parfois peu scrupuleux des normes environnementales, on voit bien que l'initiative atteint sa cible: faire payer la lutte face au changement climatique par ceux qui s'enrichissent sur le dos de la planète.
Ce qui n'est pas juste actuellement, c'est qu'une personne puisse hériter de montants importants simplement parce qu'elle est née dans la bonne famille, et que cet héritage ne soit pas taxé et redistribué en partie à la collectivité publique pour investir dans l'avenir. Ce qui n'est pas juste actuellement, c'est que ce mécanisme dysfonctionnel se perpétue de génération en génération, creusant à chaque étape des inégalités sociales.
Voilà donc une solution de financement qui est socialement juste et climatiquement équitable, fondée sur des faits objectifs.
Nous avons ainsi une double opportunité: dégager une partie des moyens nécessaires à l'adaptation et à la lutte contre le changement climatique et envoyer un message clair à celles et ceux qui portent une lourde responsabilité dans le dérèglement de notre climat.
Je le répète: agir n'est plus un choix, mais une nécessité, car, non, les mesures décidées jusqu'à maintenant ne sont pas suffisantes pour faire face à la crise climatique que nous traversons. Nous avons la possibilité d'agir de manière juste et ciblée.