Pahud Yvan · Nationalrat · 2025-06-04
Pahud Yvan · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-06-04
Wortprotokoll
Pour la première fois depuis 2019, la Confédération affiche à nouveau des comptes quasiment équilibrés. À première vue, on pourrait croire que tout va pour le mieux. Hélas, ce n'est pas le cas. Il serait illusoire de se laisser tromper par ces chiffres en apparence rassurants. La Confédération vit au-dessus de ses moyens. Elle dépense plus que ce qu'elle ne gagne et les recettes ne couvrent plus [PAGE 792] les charges. À y regarder de plus près, les comptes 2024 révèlent de graves lacunes. Des dépenses et des charges sont en forte hausse. On constate une augmentation constante des dépenses du personnel, des dépenses inscrites abusivement comme extraordinaires, comme l'accueil des Ukrainiens, des recettes plus élevées, mais en grande partie grâce à une fiscalité plus lourde, comme l'augmentation de la TVA, ou la vente de Ruag, et une montagne de dettes de plus de 141 milliards de francs.
Tout d'abord, concernant les dépenses, la tendance à la hausse constante des dépenses publiques se poursuit sans relâche. En 2024, les dépenses ont augmenté de 3,8 milliards de francs, soit près de 5 pour cent de plus que l'année précédente. Rien que pour la prévoyance sociale, 2,4 milliards de francs supplémentaires ont été engagés. Au total, ce poste pèse désormais près de 30 milliards de francs par an. Un montant qui a été multiplié par 5 en un peu plus de trente ans. Cette explosion est inquiétante. Et ce n'est pas tout : en 2024, la Confédération a dépensé 7,5 milliards de francs pour l'aide au développement et la migration. C'est plus du double de ce que nous avons investi dans l'agriculture et l'alimentation, alors même que notre pays ne peut nourrir que la moitié de sa population avec sa propre production. Cet écart est inacceptable pour notre groupe, d'autant plus que les aides à l'agriculture ont même légèrement diminué l'année passée. Toujours plus pour les autres et toujours moins pour ceux qui se lèvent tôt et travaillent dur pour gagner leur vie.
Du côté des recettes, heureusement, notre économie est pour l'instant résiliente et a bien fonctionné en 2024. Cette situation a permis une hausse des recettes de 4,6 milliards de francs. Mais attention, 1,8 milliard provient directement de la hausse de la TVA.
C'est la preuve que l'on continue à prendre les contribuables pour des vaches à lait. Alors que notre problème est, structurellement, celui des dépenses et non celui de recettes. Les comptes sont améliorés aussi par des recettes extraordinaires, comme la vente de Ruag International pour 150 millions de francs.
Une pratique problématique persiste : la Confédération a, une fois de plus, comptabilisé comme dépenses extraordinaires 1,4 milliard de francs pour les réfugiés au statut S en provenance d'Ukraine. Cette opération est clairement contraire à la loi sur les finances de la Confédération. Trois ans et demi après le début du conflit, ces dépenses ne peuvent plus être considérées comme imprévisibles ni incontrôlables.
Concernant notre endettement, la dette fédérale dépasse toujours les 141 milliards de francs. C'est colossal : 141 milliards, c'est une hauteur de 42[NB]000 mètres en billets de 1000 francs. Ce fardeau, nous le léguons aux générations futures. Quant au personnel fédéral, le nombre de postes a encore augmenté de 1 pour cent en 2024. Les dépenses de personnel ont crû de 3 pour cent. Il s'agit d'une évolution préoccupante que nous dénonçons depuis des années.
En résumé, les comptes 2024 auraient pu être bien pires, avec une perte de plusieurs milliards de francs. Heureusement, le pire a pu être évité. Mais il n'y a pas lieu de se réjouir ! La croissance des dépenses se poursuit. La quote-part des dépenses et la charge fiscale augmentent, comme les frais de personnel. Nous continuons à dilapider des milliards à l'étranger, alors que des priorités urgentes s'imposent chez nous : stabiliser l'AVS, renforcer notre armée ou intervenir face aux catastrophes naturelles, comme celle qui a touché Blatten. Seul un État aux finances solides et contrôlées peut faire face aux situations extrêmes et imprévisibles.
Un regard sur nos voisins montre pourquoi la Suisse doit rester indépendante sur le plan institutionnel et fiscal. La dette publique de la Suisse représente environ 25 pour cent du PIB. En comparaison, elle représente 140 pour cent du PIB en Italie, 113 pour cent en France, et 65 pour cent en Allemagne, où elle est en forte hausse avec la suppression du frein à l'endettement. En France, par exemple, avec un endettement abyssal, les intérêts de la dette équivalent au budget de la défense. Voilà ce qui nous attend si nous nous laissons entraîner dans la logique de l'Union européenne. La force de la Suisse est sa compétitivité, qui repose sur une faible quote-part de l'État : des impôts modérés, un endettement contenu et des salaires élevés. Il serait suicidaire de sacrifier ces avantages. C'est pourquoi le groupe UDC vous propose de rejeter les comptes 2024, car ils ne posent aucune base saine pour équilibrer durablement les finances de la Confédération.