Lexipedia

Gaillard Benoît · Nationalrat · 2025-06-18

Gaillard Benoît · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-18

Wortprotokoll

Aujourd'hui, nous ne discutons pas de n'importe quelle initiative populaire. Voilà ce dont j'aimerais vous convaincre. J'aimerais vous raconter pourquoi nous jouons rien de moins que notre capacité à préparer la Suisse pour les 100 ans à venir. Consacrer 0,5 à 1 pour cent du PIB à une mise à niveau ambitieuse des infrastructures énergétiques et de transports du pays, consacrer ces moyens à une modernisation massive, rapide de nos logements, de nos bureaux, de nos bâtiments publics, ainsi que consacrer au moins un demi pour cent de notre richesse nationale au fait d'orienter l'économie de tout le pays, en assurant des commandes à l'économie, en garantissant une stabilité de la demande et en indiquant finalement un cap clair, c'est tout cela que vise l'initiative. Cela n'a rien de farfelu et de mégalomane. Pour cause : cela a déjà été tenté. Avec quel succès ? Avec le succès qui fait rien de moins que la Suisse est aujourd'hui la Suisse.

Il y a exactement cent ans, dans ce Parlement, on validait les crédits les uns après les autres en faveur de l'électrification du réseau ferroviaire. Vous le lisez dans les livres d'histoire : au cours des années 1920, une fois la Suisse sortie du marasme économique, l'essentiel des investissements, au sens de la formation de capital fixe, a été consacré à l'électrification des lignes de train. Dans les années qui ont suivi jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et dans les années qui ont suivi immédiatement la Seconde Guerre mondiale, les années 1950 et 1960, c'est au développement de la production électrique que le pays a consacré une part remarquable de ses ressources.

Laissez-moi vous faire part d'une anecdote qui parle du barrage de la Grande Dixence. Lorsqu'on décide, à la fin des années 1940, seulement quelques années après la guerre qui a secoué l'Europe, de remplacer le vieux barrage à contreforts de la Dixence par un barrage-poids, la dépense est annoncée à 400 millions de francs de l'époque. Que sont 400 millions mesurés par rapport au PIB du pays au moment du démarrage de la construction ? Pas moins de 1,6 pour cent ! Pour un projet, on a consacré 1,6 pour cent du PIB annuel, un projet dont la valeur pour l'avenir allait cependant se révéler bien plus grande encore que ce que les concepteurs avaient pu espérer.

Pour un seul projet, la Suisse a accepté, il y a huitante ans, de consacrer trois fois ce que nous demandons d'injecter chaque année dans un fonds pour l'investissement climatique. Dans quelles conditions tout cela a-t-il été possible, qu'il s'agisse du réseau ferroviaire ou du développement de l'hydroélectricité ? Exactement dans les conditions proposées par notre initiative, à savoir un investissement public, oui, mais pas seulement. Des garanties pour les investisseurs privés, comme le propose l'initiative, comme à l'époque les cantons en ont données aux constructeurs des barrages, et par une prévisibilité de la demande qui permet à l'industrie de prendre le risque de l'innovation, de renforcer ses capacités, de se donner des chaînes de montage et des usines en suffisance. ABB, Sulzer et Sika ne sont que quelques-uns des fleurons dont la grandeur actuelle repose sur l'ambition passée du pays.

La Grande Dixence est encore aujourd'hui le plus haut barrage-poids du monde. C'est le plus haut barrage d'Europe. Avec notre initiative, la Suisse se donnerait les moyens de devenir, en matière de décarbonation, en matière d'énergie renouvelable, en matière d'innovation au service de la[NB]protection[NB]de[NB]l'environnement, l'un des meilleurs pays au monde[NB]!

Montrons-nous à la hauteur des ancêtres qui nous regardent depuis le haut du barrage ! Osons renouer avec l'esprit des pionniers ! Recommandons au peuple et aux cantons de dire [PAGE 1203] oui à cette initiative pour l'avenir de la Suisse, pour l'avenir de ses habitants et pour l'avenir de son environnement[NB]!