Gapany Johanna · Ständerat · 2025-09-08
Gapany Johanna · Ständerat · Freiburg · FDP-Liberale Fraktion · 2025-09-08
Wortprotokoll
J'ai un problème de principe avec ce changement. Je sens bien que mes chances de gagner sont limitées, mais permettez-moi quand même d'essayer. On est en train de nous faire croire que l'une de nos forces - la formation duale - serait une faiblesse à corriger, en comparaison internationale en tout cas. Je suis convaincue par la qualité de notre système de formation. Je suis encore plus convaincue par la qualité de la formation pratique. Les écoles supérieures (ES) n'ont absolument pas à rougir de leur succès, tout comme les étudiantes et les étudiants des ES et toutes les personnes qui suivent une formation professionnelle n'ont pas à rougir de la qualité de leur formation. Elle est excellente et elle est largement reconnue sur le marché. D'ailleurs, si j'en crois les chiffres, l'attrait des ES se confirme, puisqu'elles ont vu une augmentation de leurs étudiants de plus de 30 pour cent entre 2013 et 2022. C'est dire qu'elles ne connaissent pas le déclin et qu'il n'y a pas de compensation nécessaire par un changement purement esthétique. Dans ce contexte et vu l'attrait de ces écoles, je suis d'autant moins convaincue de la pertinence du changement de titre.
Concernant le titre complémentaire, ce qui était voulu quand on avait discuté la première fois de la motion Aebischer Matthias 20.3050, le but était de donner une équivalence au titre, un papier complémentaire. Cela pourrait suggérer qu'il y a une équivalence avec les diplômes, les bachelors, des HES et des universités. Alors, pourquoi ne pas partir du principe d'un complément[NB]? Il y a quand même un problème, en particulier dans la formulation anglaise, qui serait une formulation simple et qui pourrait très rapidement être utilisée comme formulation unique. Cependant, dans ces deux cas, celui des ES et celui des HES, il y a la volonté de se former, la volonté d'entrer dans une école. Dans un des cas, c'est davantage axé sur la pratique et dans l'autre, c'est davantage axé sur l'académique. C'est un choix à faire qui est aussi reflété par le nombre d'heures d'examens. Je pense que à ce propos, il y a quand même une petite différence par rapport à l'exemple que nous relatait notre collègue Fivaz auparavant. En moyenne, ce sont 5000 à 7000 heures pour les examens professionnels et environ 13[NB]000 heures pour les examens des HES, soit le double. Ce n'est pas dire qu'une des formations est meilleure que l'autre[NB]: c'est simplement dire que l'une est plus tournée vers la pratique, alors que l'autre est plus tournée vers l'académique. Maintenant, valorise-t-on la formation professionnelle en lui donnant un titre académique[NB]? Je ne crois pas que ce soit le cas. Je constate surtout que ce n'est pas ce que la Suisse a fait jusqu'à présent. J'ai surtout l'impression qu'on dévalorise d'autres filières et que l'on donne moins de sens à la formation professionnelle, alors qu'elle a tout son sens et toute sa place dans le paysage de la formation en Suisse. Si l'on prend la question de la maturité professionnelle, par exemple, serait-il toujours aussi pertinent de faire une maturité professionnelle alors qu'en faisant une ES sans maturité professionnelle, vous obtiendriez un titre de bachelor[NB]? On commence à accorder beaucoup d'importance à un titre et on dévalorise un peu le parcours, alors qu'il est tout autant important. [PAGE 745]
Moi, je pense que ceux qui obtiennent un titre ES plutôt qu'un titre universitaire n'ont pas à avoir de complexe, parce que la démarche est différente. Si l'on commence à mettre les mêmes titres aux uns et aux autres - parce que c'est ce qu'on va faire, clairement -, cela lissera les différences entre les deux voies, professionnelle et universitaire. On doit alors[NB]se[NB]poser[NB]la[NB]question suivante[NB]: en Suisse, a-t-on envie "d'académiser" la formation comme le font certains de nos voisins[NB]?
La question est légitime. J'ai entendu certains arguments[NB]; on en a discuté en commission. Le marché de l'emploi est ouvert, et on est bien évidemment en concurrence avec des personnes qui sont sur d'autres marchés et qui n'ont pas le même titre[NB]; il faut le dire. Dans certains secteurs, ils utilisent des titres qui se rapprochent des nôtres et on pourrait se demander si on devrait utiliser les mêmes.
Dans ce sens, je pense que la solution unique serait de mettre un complément au titre, mais surtout pas une version anglaise simplifiée, parce que cette dernière deviendrait très rapidement la règle, étant donné qu'il serait beaucoup plus simple d'utiliser ce titre et non celui qu'on a obtenu à la sortie d'une école.
À mon sens, cette modification ouvre donc la porte à des malentendus plus qu'elle ne valorise la formation professionnelle. Au contraire, on est en train "d'académiser" une formation, alors que ce n'était pas ce qu'on souhaitait au départ. La formation duale est une vraie qualité de notre pays et je vous encourage à la maintenir, parce que je pense que c'est ce qui fait notre différence, et c'est ce qui fait aussi notre force.
Voilà, j'espère ainsi pouvoir soutenir également la proposition de minorité Mühlemann.