Lexipedia

Chassot Isabelle · Ständerat · 2025-09-22

Chassot Isabelle · Ständerat · Freiburg · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-09-22

Wortprotokoll

Je m'associe pleinement aux propos de mes collègues et remercie la présidente de la commission pour la qualité et la clarté de son rapport. Cette initiative est périlleuse et doit être rejetée. Elle met en effet en danger non seulement le financement, mais la structure même de notre média de service public. En retirant 800 millions de francs à la SSR, elle compromettrait irrémédiablement la capacité de notre pays à maintenir une offre médiatique de qualité, accessible à toutes et tous, et en particulier dans les régions linguistiques minoritaires ou périphériques. 800 millions, c'est deux fois le budget de la Radio Télévision Suisse romande. Oui, c'est plus du double. Comment, dès lors, le comité d'initiative peut-il affirmer en toute bonne foi que la péréquation financière entre les régions pourrait être maintenue alors qu'il abaisse la redevance à 200 francs[NB]?

Il faut le dire et le répéter[NB]: si l'initiative était adoptée, les premières victimes de cette coupe seraient les régions périphériques et les minorités linguistiques. La SSR l'a déjà indiqué[NB]: elle serait contrainte de repenser sa structure décentralisée. Or, en Suisse romande, c'est précisément grâce à la décentralisation que la RTS peut couvrir l'ensemble de la région. Cet ancrage régional est essentiel pour une couverture globale, pertinente et proche de toute la population, au service de cette partie du pays. Les médias privés, obligés de centraliser leurs activités et de réduire les postes pour faire face à la baisse drastique des revenus publicitaires partis sur les plateformes étrangères, ne pourront pas remplacer ce que la SSR ne produira plus.

Avec l'acceptation de l'initiative, la redevance passerait de 300 francs - avec le contre-projet du Conseil fédéral - à 200 francs. Vous admettrez comme moi que ce n'est pas avec 100 francs de gagnés sur la redevance qu'on s'abonne à un titre. Ces moyens qui financent aujourd'hui des contenus médiatiques seraient définitivement perdus. Or, ce ne sont pas seulement les régions qui en pâtiraient, ce sont de multiples acteurs culturels, sociaux et sportifs dans nos régions. Et permettez-moi de vous donner trois exemples concrets. Nous devrons en effet expliquer, durant la campagne qui va s'ouvrir, les conséquences de cette initiative, et ces exemples concernent à dessein la Suisse romande et des domaines dans lesquels je m'engage.

Premièrement, la scène musicale suisse. En tant que présidente du Festival international de musiques sacrées de Fribourg, je peux témoigner de l'importance de la SSR pour la culture. La RTS, à travers Espace 2, est notre partenaire historique depuis la première édition, en 1986. Grâce à elle, nos concerts sont enregistrés et diffusés en direct ou en différé, et cela non seulement en Suisse, mais également dans plus de quarante pays, grâce à l'Union européenne de radiodiffusion. Le festival est ainsi devenu au cours des ans l'événement musical suisse le plus diffusé dans le monde, avec à chaque fois le nom de Fribourg, en Suisse. Ce partenariat est la raison pour laquelle nous pouvons attirer des ensembles de très grande qualité, de Suisse et de l'étranger.

La tenue toute récente de la vingt-deuxième Schubertiade RTS Espace 2, à Sion, illustre également ce propos. Tous [PAGE 965] les deux ou trois ans, une ville romande accueille cette manifestation culturelle majeure. Après Fribourg en 2022, Sion a ainsi à nouveau réuni plus de 13[NB]000 personnes venues de toute la Suisse. Le secret de ce succès ininterrompu, c'est que la Schubertiade rend la musique classique populaire et l'amène au coeur des villes et hors des salles de concert. Sans le savoir-faire et l'investissement de la RTS, ce rendez-vous culturel majeur de Suisse romande n'existerait tout simplement pas. Plus de rassemblements ni de ferveur populaire autour de la musique, et une vitrine de moins pour nos ensembles et nos artistes.

Deuxième exemple, le cinéma suisse. Je préside Cinéforom, la Fondation romande pour le cinéma, mise sur pied par l'ensemble des cantons romands pour promouvoir et soutenir la création audiovisuelle dans notre région. À ce titre, je peux affirmer que la production romande ne connaîtrait pas le niveau réjouissant qui est le sien aujourd'hui sans l'implication de la RTS. Le Pacte de l'audiovisuel 2024-2027 prévoit 34 millions de francs par an. En Suisse romande, la RTS a investi en 2024 environ 10 millions de francs dans huit films, dix courts-métrages et trois séries télévisées, dont "The Deal" déjà mentionné par notre collègue Hurni.

Ces oeuvres sont tournées en Suisse romande, diffusées à une heure de grande écoute et accompagnées jusqu'aux festivals et plateformes numériques. Elles racontent nos histoires. La participation de la RTS à la coproduction de ces oeuvres est un élément central pour les maisons de production romandes. Elle leur permet de monter, réaliser et distribuer leurs projets, et leur offre aussi le gage de qualité de service public lorsqu'il s'agit de trouver d'autres partenaires, en particulier à l'étranger - la série "The Deal" en est un bon exemple.

Troisièmement, la cohésion et la solidarité nationale. Je viens d'un canton bilingue et ai le privilège de vivre au quotidien cette réalité dans mes diverses activités, que ce soit sur le plan cantonal ou national. Je sais combien nos langues nationales, la solidarité entre les régions linguistiques et le maintien du lien sont essentiels pour le vivre-ensemble dans notre pays - nous l'éprouvons actuellement. La SSR joue un rôle fondamental pour nous informer sur les réalités des autres régions, pour créer des expériences communes à travers des événements culturels ou sportifs et des productions populaires. Laissez-moi mentionner un exemple très récent, celui de la Fête fédérale de lutte suisse et des jeux alpestres à Mollis, déjà mentionnée par notre collègue Hurni - nous étions donc plusieurs devant notre écran ce week-end-là. Je tiens d'ailleurs à féliciter nos collègues Glaronnais pour l'organisation exemplaire du plus grand événement sportif de Suisse. Le croirez-vous, la Suisse romande a suivi deux jours durant les huit passes ainsi que la passe finale. Elle gardera un souvenir marquant de l'arène géante de 56[NB]500 spectateurs et du décor extraordinaire des Alpes glaronnaises, tout cela grâce à la retransmission de la RTS. Nous, Romands, savons maintenant que le roi de la lutte, Armon Orlik, vient certes de Maienfeld dans les Grisons, mais qu'il vit à Rapperswil-Jona, dont nous ne pouvons ignorer, grâce à mon collègue assis à ma gauche, que ce lieu est situé dans le canton de Saint-Gall. Si la Suisse romande a été en mesure de s'ouvrir et de vibrer à cette réalité, c'est parce que, grâce à la redevance, une offre médiatique de qualité est produite pour la Suisse italienne, la Suisse romande et la Suisse romanche et que cette offre est rendue possible par la solidarité de la population alémanique.

Dans la période pour le moins troublée que nous traversons, il est essentiel pour notre pays de rester soudé, que ce soit entre régions mais aussi entre individus. Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare. La SSR y contribue par son offre pour toutes et tous, et la qualité de ses prestations est reconnue.

C'est pourquoi je vous appelle, pour la vie culturelle, sociale et sportive de nos régions, à recommander le rejet de cette initiative.