Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2025-09-22
Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-09-22
Wortprotokoll
Que nous a de nouveau concocté l'UDC comme initiative[NB]! Le titre pouvait sembler pourtant intéressant[NB]: "initiative pour la durabilité". Sursaut de prise de conscience, l'UDC se préoccupe de développement durable et de préservation de notre environnement, je me suis mise à espérer. Bon, après, quand nous observons de plus près le contenu de cette initiative, on constate très vite qu'il n'y a aucun argument en faveur de la durabilité, mais [PAGE 1734] plutôt contre l'immigration, fonds de commerce électoral de l'UDC.
Après le net rejet par la population de sa dernière initiative anti-immigration en 2020 - 62 pour cent de non -, l'UDC soigne donc sa stratégie et son marketing politiques en mettant en avant la durabilité, thème qui en effet préoccupe de plus en plus notre population. Mais quelle hypocrisie de la part du parti le plus anti-écologiste de Suisse[NB]!
La lecture du texte de l'initiative "Pas de Suisse à 10 millions[NB]!" fait froid dans le dos. D'abord par son ton catastrophiste et les termes mensongers utilisés - même si, actuellement, il est assez tendance d'utiliser des termes mensongers. Pour n'en citer que deux[NB]: "explosion démographique" et "immigration incontrôlée". Comme tous les partis populistes, l'UDC joue sur les peurs de la population et les attise. En Suisse, l'immigration est contrôlée. La migration irrégulière a d'ailleurs marqué un net recul l'an dernier. Quant aux migrations régulières, on est bien loin du laisser-aller dénoncé par les initiants.
Comme les Suissesses et les Suisses font de moins en moins d'enfants, heureusement que des personnes étrangères viennent vivre et travailler en Suisse pour remédier aux pénuries sectorielles de main-d'oeuvre, notamment en faisant fonctionner nos hôpitaux et nos EMS ou en travaillant dans nos champs.
Dans l'esprit traditionnellement simpliste qui la caractérise, l'UDC a choisi son bouc émissaire et attribue tous les maux de notre société aux étrangers. Une liste à la Prévert[NB]: hausse des loyers et pénurie de logements, embouteillages et trains bondés, baisse de la qualité de l'éducation, menace sur la sécurité d'approvisionnement, sans oublier le bétonnage et la pression sur la nature.
C'est attribuer un pouvoir démesuré aux personnes immigrées, car bien sûr il s'agit de diaboliser l'étranger pour mieux le rejeter.
Le parti nationaliste oublie un peu vite que l'économie a fondamentalement besoin de cette main-d'oeuvre européenne, sans laquelle notre si jolie Suisse dépérirait. Nous avons besoin des Français, des Allemands, des Italiens pour faire tourner nos entreprises, que ce soit, comme déjà évoqué, dans les soins, mais aussi dans le commerce de détail, la construction, l'hôtellerie, la restauration ou encore l'agriculture.
De plus, l'UDC joue avec le feu[NB]: l'acceptation de son initiative entraînerait la dénonciation de l'Accord sur la libre circulation des personnes, et à cause de la clause dite guillotine, la fin des autres accords bilatéraux. L'effet serait dévastateur sur la prospérité de la Suisse, dont la moitié des exportations est destinée à l'Union européenne. La protection des salaires volerait en éclats avec tous les risques de dumping salarial que cela implique.
Certes, certains des problèmes dénoncés par l'UDC sont bien réels, comme la hausse des prix du logement ou la congestion des transports liés à la densification du territoire. Néanmoins, ce n'est pas en fixant une limite artificielle en termes réels que la Suisse résoudra ces problèmes. D'ailleurs, soulignons que l'UDC n'apporte aucune réponse à ces défis et n'a jamais fait aucune proposition concrète pour faire baisser le prix des loyers, pour faciliter le retour des femmes sur le marché du travail ou encore pour améliorer la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle et encore moins pour augmenter les budgets pour l'éducation.
Restons un pays ouvert, fort et solidaire et recommandons avec énergie le rejet de ce texte dangereux pour l'avenir de notre pays.