Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2025-09-25
Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-09-25
Wortprotokoll
Si cette initiative venait à passer la rampe, nous pourrions, du jour au lendemain, clore le dossier européen. Cela reviendrait à faire un bras d'honneur à l'Union européenne. Ce serait la fin complète des discussions avec l'Union européenne et, je me permets de le dire, un drame pour la Suisse et son avenir. Fin de partie[NB]! Rideau[NB]! C'est terminé[NB]! Très franchement, ce seul élément, à lui tout seul, doit nous inciter à ne même pas nous poser la question des autres problématiques soulevées par l'initiative et à la rejeter sans hésiter.
À l'heure où Vladimir Poutine provoque l'Europe aux portes des pays baltes ou en Scandinavie, à l'heure où les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable en raison d'un président qui a littéralement perdu la tête et qui est parti dans une dérive fasciste, la Suisse doit savoir où sont ses alliés. Elle doit savoir où sont ses alliés et elle ne peut pas se permettre de leur faire un bras d'honneur. Si elle le fait - si elle le fait -, le jour où la sécurité sur le continent européen ne sera plus garantie, et même si nous n'avons bien sûr pas d'alliance militaire avec l'Union européenne, nous nous retrouverons dans une situation où nous irions pleurer à la porte de nos alliés de l'Union européenne et où plus personne ne nous répondrait. Parce que, forcément, si on leur fait un bras d'honneur, on peut comprendre que le jour où on aura besoin d'eux, ils nous répondront[NB]: "Chers Suisses, vous vouliez faire tout seul, eh bien faites tout seul[NB]!" Voilà la conséquence. Il faut avoir le courage de le dire. Voilà la conséquence qu'aurait l'acceptation de cette initiative.
C'est donc un chaos programmé, mais on peut aussi, au-delà de ce chaos, parler de l'initiative en se posant la question de la surchauffe économique et des conséquences qu'elle engendre dans notre pays. Oui, c'est vrai, dans certaines régions du pays, il y a une surchauffe. Dans certaines régions du pays, il y a besoin de prendre des mesures. Mais alors, chères et chers collègues qui êtes à l'origine de cette initiative, pourquoi avez-vous voté sans hésiter pour une extension des autoroutes[NB]? Plus d'autoroutes, c'est plus de trafic. Pourquoi vous opposez-vous depuis toujours à des mesures d'aménagement du territoire intelligentes qui, je le rappelle, visent à construire du logement là où on en a besoin et à protéger les terres agricoles là où on doit les protéger[NB]? Pourquoi vous opposez-vous à un contrôle des loyers, pour éviter les loyers abusifs dans notre pays, qui étranglent la classe moyenne[NB]? Voilà le type de mesures que l'on doit prendre pour éviter les effets négatifs de la surchauffe économique. J'en ajoute une, et non des moindres[NB]: oui, certaines pratiques fiscales agressives, notamment à l'égard d'entreprises étrangères ou de multinationales, notamment dans la région d'où je viens, l'Arc lémanique, ont incité des entreprises à participer à cette surchauffe, à participer à cette croissance. Pour le meilleur parfois, mais aussi pour le pire.
Il faut donc s'en prendre aux causes. Il faut s'en prendre aux causes et non pas désigner une conséquence qui de toute façon est une chimère. Il me venait, en réfléchissant à ce débat, une analogie[NB]: c'est un peu comme si on dit qu'on n'aime pas la pluie, alors on demande d'interdire la pluie. D'abord, on a besoin de la pluie, tout comme on a besoin de l'immigration pour la prospérité helvétique. Nos routes et nos hôpitaux fonctionnent grâce à une main-d'oeuvre en partie étrangère. On a besoin de la pluie, mais, surtout, interdire la pluie, cela ne veut rien dire. C'est absurde. Si on veut réfléchir aux conséquences négatives que parfois la pluie peut avoir, on réfléchit à se protéger, à des mesures de lutte contre les inondations, etc. C'est exactement la même chose en matière d'immigration[NB]: un aménagement du territoire intelligent, des mesures sociales intelligentes, ne pas développer à outrance nos infrastructures, ne pas pratiquer une politique fiscale agressive qui fait venir des entreprises qui, très[NB]franchement,[NB]participent aussi à une forme de surchauffe économique. Voilà les mesures intelligentes que l'on peut prendre.
En conclusion, si nous ne voulons pas un chaos programmé dans nos relations avec l'Union européenne, dans une période critique de l'histoire suisse où nous avons besoin de stabilité, nous devons dire, sans même réfléchir davantage, "non" à cette initiative. J'espère vivement que le peuple le fera. Si tel n'est pas le cas, je prédis une grande période d'instabilité pour notre pays, à un moment où la géopolitique mondiale, malheureusement, nous impose de réfléchir beaucoup plus intelligemment et de rester alliés avec notre plus proche alliée, l'Union européenne.