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Chollet Clarence · Nationalrat · 2025-09-25

Chollet Clarence · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2025-09-25

Wortprotokoll

L'initiative "Pas de Suisse à 10 millions[NB]!" part d'un constat biaisé et propose une fausse solution à de vrais enjeux. Elle prétend défendre la qualité de vie, mais, en réalité, elle sème la peur et désigne les étrangers et étrangères comme boucs émissaires des problèmes de notre société. Oui, nous expérimentons parfois des transports publics saturés, des routes encombrées et nous voyons des espaces naturels menacés par l'urbanisation. Mais comment peut-on honnêtement attribuer ces défis à la seule immigration[NB]? Ces défis sont dus à des choix politiques, à des décennies de sous-investissements dans les infrastructures et à un aménagement du territoire qui a trop souvent privilégié la voiture et l'étalement urbain. La qualité de vie en Suisse ne va pas augmenter en fermant nos frontières. Cette qualité de vie, nous pourrons la maintenir en misant sur des investissements publics intelligents, sur un aménagement du territoire durable et sur une densification harmonieuse et acceptable. Le potentiel est immense.

Aujourd'hui, la population suisse occupe en moyenne une surface habitable bien trop grande en comparaison de ses besoins. Nous pouvons atteindre une densification intelligente qui préserve les zones naturelles, limite le mitage du territoire et renforce la convivialité de nos villes et de nos villages. Venant de Neuchâtel, je sais ce que l'immigration a apporté et apporte toujours à notre pays et à nos régions. Nos villes industrielles des montagnes n'auraient jamais prospéré sans les apports de l'immigration d'hier. Aujourd'hui encore, notre économie a besoin de cette main-d'oeuvre. Qui s'occupe de nos aînés dans les EMS[NB]? Qui nous soigne dans les hôpitaux[NB]? Qui ramasse les légumes et les fruits dans nos champs[NB]? Ce sont bien souvent des personnes venues d'ailleurs, qui assument des tâches essentielles que beaucoup de citoyens de notre pays ne souhaitent pas exécuter, mais dont notre société ne peut absolument pas se passer.

Les chiffres sont parlants. Dans le domaine de la santé, plus d'un tiers des médecins formés en Suisse viennent de l'étranger. En Suisse romande, une grande part du personnel infirmier est transfrontalier, jusqu'à deux tiers à Genève. Sans immigration, notre système de santé s'effondrerait, tout simplement. Dire oui à cette initiative, ce n'est pas améliorer la qualité de vie. C'est au contraire mettre en péril notre prospérité, notre système de santé, notre agriculture, nos infrastructures sociales. C'est isoler la Suisse sur le plan international, couper les ponts avec nos partenaires européens, renoncer à des accords essentiels qui garantissent nos échanges et notre stabilité. Et la population suisse le sait. En 2020, une initiative similaire de l'UDC pour restreindre l'immigration a été balayée par près de 62 pour cent de la population et par tous les cantons. [PAGE 1876]

Notre pays n'a pas un territoire infini, c'est vrai, mais nous n'avons pas besoin de fermer nos frontières pour relever ce défi. Nous devons orienter notre politique économique vers plus de durabilité, construire une économie résiliente, qui respecte les limites planétaires, viser l'autonomie énergétique et alimentaire. Dans cette vision, l'apport de l'immigration aura toute sa place. En réalité, l'initiative de l'UDC ne vise pas à protéger la qualité de vie, elle vise à enfermer la Suisse dans une logique de peur, de repli et d'exclusion. C'est un danger pour nos valeurs, pour notre économie, pour notre cohésion sociale. Et il faut le dire clairement, quand l'UDC prétend défendre la durabilité en limitant la population, alors qu'elle combat systématiquement toute mesure pour le climat et la biodiversité, c'est une manipulation.

Le groupe des Verts veut une autre voie, celle de la solidarité, de l'intelligence collective et du respect de la planète. Une Suisse qui construit son avenir en ouvrant les yeux sur les vrais défis[NB]: le climat, la biodiversité, l'autonomie énergétique, l'égalité sociale. Rejetons cette initiative mensongère et dangereuse, rejetons le piège du faux discours écologique de l'UDC et disons non à la peur et oui à une Suisse ouverte, solidaire et durable[NB]!