Dandrès Christian · Nationalrat · 2025-09-25
Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-09-25
Wortprotokoll
Durant les 60 dernières années, on a eu 44 votations et 44 campagnes sur des objets en lien avec les étrangers. On doit encore ajouter à cela 11 votations supplémentaires sur l'Europe. Je pense qu'on peut dire ici sans s'avancer que le champ politique est sursaturé de discours xénophobes et anti-étrangers. L'UDC et ses prédécesseurs labourent l'opinion publique avec cette thématique. Avec cette initiative, ils ont fait un pas de plus et dépassent assez clairement ce qui s'est fait précédemment. Elle pousse jusqu'à l'absurde la chaîne idéologique - j'insiste sur "idéologique" - de causalité entre les étrangers et toutes les difficultés qui frappent la population. La liste des arguments de l'UDC, non seulement dans le texte, mais également dans la campagne qui est menée en parallèle, est quasiment un puits sans fond. On a même entendu ce matin, sérieusement, qu'il y avait un lien entre migrants et qualité de l'alimentation. Non mais, sérieusement, on dépasse quasiment toutes les bornes.
On a ici une initiative qui appelle quasiment à des dynamiques de cerveau reptilien qui cherchent à mobiliser les angoisses des électeurs et à les retourner contre elles et eux pour casser le niveau de vie de la population et remettre aussi en cause des aspects de salaire.
La main-d'oeuvre étrangère est une nécessité pour les entreprises, parce que les actifs résidents n'arrivent pas à couvrir le besoin. On a quelques données[NB]: le nombre d'actifs occupés est passé de 75 pour cent à 66 pour cent en 20 ans. Alors évidemment, on ne va pas soupçonner l'UDC, qui est le meilleur ami des patrons dans ce Parlement, de vouloir supprimer la main-d'oeuvre abondante. Le but, il est ailleurs. Quel est le but[NB]? Le but est de consolider un vote xénophobe pour approfondir la casse sociale, pour revenir sur les acquis de ces dernières décennies qui ont été obtenus de haute lutte par les locataires, par les salariés et par les assurés. L'autre but de l'initiative, puisque c'est un mécanisme à plusieurs détentes, est de renforcer la position des patrons face aux salariés dans les entreprises. Pourquoi[NB]? Parce que si on met en place un droit de séjour au mérite, avec évidemment pour seul juge du mérite l'employeur, on arrive à créer une menace permanente sur les salariés de perdre le droit de vivre en Suisse en cas de licenciement.
Ce chantage marche pour les patrons. C'est une arme extrêmement efficace aux mains des employeurs. On a quelques données statistiques[NB]: aujourd'hui, les patrons parviennent à imposer aux salariés étrangers environ deux semaines de travail supplémentaires de plus que pour les résidents suisses. C'est cet avantage que l'UDC veut étendre au détriment de tous les salariés, suisses et étrangers. C'est le troisième effet de cette initiative, en utilisant l'initiative, avec la complicité des autres partis de droite, comme épouvantail pour justifier des attaques en profondeur sur les droits des salariés.
La dialectique - on a eu quelques beaux exemples hier concernant le télétravail -, c'est que pour réduire la prétendue surpopulation étrangère, on doit aggraver l'exploitation de la main-d'oeuvre indigène. C'est quoi, la main-d'oeuvre indigène[NB]? C'est mettre les femmes et les aînés au travail, parce que c'est là que l'on a ce potentiel. Je vous renvoie aux mesures qui ont été préconisées dans les cuisines patronales. Il y en a un certain nombre. On en a effectivement débattu hier.
On doit rappeler ici deux choses. On a une réalité, et les faits sont assez têtus. Ce ne sont pas les migrants qui font exploser les inégalités sociales. Ce ne sont pas les migrants qui font augmenter les prix des médicaments, qui cassent les services publics hospitaliers, qui font exploser les loyers et qui proposent de relever l'âge de la retraite. Ce sont les personnes qui portent cette initiative.
Il y a un autre aspect - j'aimerais terminer là-dessus. C'est que la xénophobie ne met pas que la pression sur les salariés, elle ravage la démocratie et elle cause également des souffrances innommables et la mort. On a une politique migratoire, qui, aujourd'hui, en Europe et en Suisse, repousse les limites de dignité et de l'humanité. Je vous laisse imaginer ce qu'est le parcours d'une famille migrante. C'est un véritable chemin de croix, aujourd'hui. En Méditerranée, c'est un vaste charnier. On a 68[NB]000 morts - personnes mortes dans la mer - depuis deux décennies. C'est vraiment quelque chose d'inimaginable[NB]; c'est quasiment une guerre. [PAGE 1878]
Il y a encore une chose. Où part l'argent de nos impôts[NB]? Aujourd'hui, la première agence de l'Union européenne n'est pas consacrée à protéger les consommateurs. Elle n'est pas consacrée à la protection des droits fondamentaux, à lutter contre les monopoles ou les cartels. Non, c'est l'agence qui est chargée de mener la guerre contre l'immigration non choisie. C'est Frontex, qui a enflé de 1000 salariés en 2019 à 10[NB]000 à l'horizon 2027. C'est 1 milliard d'euros engloutis par année.
Pour montrer ce décalage[NB]: pendant des décennies, on a attaqué le rideau de fer et le mur de Berlin comme étant des choses inacceptables. Aujourd'hui, l'Europe appuie sa politique migratoire sur des centaines de kilomètres de murs, de miradors et de barbelés. On doit donc combattre cette initiative. Pourquoi cela[NB]? Pour redonner un peu d'air à notre démocratie, également, en montrant notre attachement radical au principe des droits de la personne humaine.