Lexipedia

Nicolet Jacques · Nationalrat · 2025-12-10

Nicolet Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-12-10

Wortprotokoll

L'initiative populaire "pour une alimentation sûre - grâce au renforcement de la production indigène durable, à davantage de denrées alimentaires végétales et à une eau potable propre (initiative sur l'alimentation)" entraînerait des impacts majeurs non seulement pour l'agriculture, mais pour l'ensemble des acteurs du secteur agroalimentaire suisse de proximité. Avec le remplacement d'une bonne partie de notre alimentation traditionnelle, composée de viande, de produits laitiers, de fruits et de légumes, par une alimentation principalement végétale, elle constitue une menace directe pour les milliers d'emplois de la chaîne de valeur de la production animale - lait et viande principalement. La valeur de la production agricole suisse dépasse 12 milliards de francs par année. L'agriculture suisse emploie 148[NB]000 personnes, dont une part importante dépend de l'élevage et des produits animaux, représentant près de 6 milliards de francs, avec les produits laitiers, d'une part, et la production de viande de boeuf, de porc, de volaille et d'oeufs, d'autre part. Mais l'impact ne s'arrête pas à la production agricole. Les activités du secteur carné hors agriculture représentent, selon certaines estimations, 55[NB]000 emplois. C'est presque autant dans le secteur laitier. En clair, c'est près de 250[NB]000 emplois qui seraient menacés par cette initiative dans le secteur agricole et agroalimentaire. [PAGE 2230]

Avec environ trois quarts de la surface agricole en prairie, la Suisse est un pays herbager par tradition, mais aussi en raison de sa topographie, de sa situation géographique, de l'altitude et de la taille des parcelles. Les prairies, au-delà d'offrir un paysage bucolique à notre pays et aux touristes, permettent de lutter efficacement contre l'érosion des sols. Elles génèrent peu d'interventions mécaniques et très peu d'interventions phytosanitaires. L'utilisation des prairies depuis la nuit des temps est destinée à des animaux herbivores[NB]: vaches, moutons, chèvres ou chevaux. En fourrage séché pour l'hiver ou en herbe fraîche destinée à la pâture pour la belle saison, les prairies représentent plus de 90 pour cent de l'alimentation de nos animaux. L'initiative conduirait à une réorientation coûteuse et risquée. Le délai de mise en oeuvre de 10 ans imposé par l'initiative entraînerait des ruptures structurelles et une perte de valeur ajoutée importante en raison des investissements non amortis. Les infrastructures actuelles - étables, équipements de transformation, fromageries, boucheries - sont conçues pour la chaîne de valeur de production animale et seraient inadaptées à une augmentation massive de la production végétale. Pour atteindre un taux d'autosuffisance net de 70 pour cent, contre 46 pour cent aujourd'hui, il faudrait réduire la production et la consommation de viande de 70 pour cent tout en augmentant la production végétale.

En mettant en danger nos boucheries et nos fromageries, c'est nos produits labellisés, garants de modes de production bien établis, de qualité de détention des animaux et de proximité qui sont menacés. C'est aussi nos produits AOP et IGP qui sont visés - j'ai par ailleurs choisi une chemise de circonstance. Nos nobles produits AOP et IGP, respectant un cahier des charges rigoureux et assurant une bonne valeur ajoutée à l'ensemble des acteurs de la filière, seraient impactés par la mise en oeuvre de cette initiative.

Cette initiative entrainerait également des mesures étatiques massives, des subventions supplémentaires, des investissements dans de nouvelles capacités de transformation, ceci sans aucune garantie que la demande suive. Dans le pire des cas, la consommation se reporterait sur des produits importés, exportant ainsi les problèmes environnementaux à l'étranger, au détriment des artisans suisses.

Les consommatrices et consommateurs seraient eux aussi impactés. La baisse de la production locale et les coûts supplémentaires se traduiraient par des prix de denrées alimentaires plus élevés, une offre alimentaire moins diversifiée et plus d'importations.

La sécurité alimentaire et la durabilité sont des objectifs essentiels, mais cette initiative populaire est le mauvais chemin pour y parvenir. Une approche progressive et équilibrée, comme celle prévue par la Politique agricole à partir de 2030, avec notamment le déploiement d'un système d'indicateurs de durabilité pour l'ensemble du secteur agroalimentaire, est la voie à privilégier. Celles et ceux qui souhaitent consommer plus de produits végétaux et moins de viande peuvent déjà le faire sans problème.

Ne nous laissons pas imposer le contenu de nos assiettes par une initiative inadéquate qui va déstructurer notre secteur alimentaire de proximité[NB]; votons fermement non à cette initiative extrême.

Je vous invite également à recommander de rejeter le contre-projet proposé par la minorité.