Chollet Clarence · Nationalrat · 2025-12-11
Chollet Clarence · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2025-12-11
Wortprotokoll
L'initiative parlementaire Schlatter vise un objectif clair et profondément cohérent avec les valeurs de notre pays[NB]: mettre fin aux exportations de matériel de guerre, afin que la Suisse mène enfin une politique de paix conforme à ses principes. Hier, aujourd'hui et peut-être demain encore plus, des armes et composants suisses se retrouvent dans des conflits où ils n'auraient jamais dû apparaître, preuve que les mécanismes actuels ne permettent pas de garantir une utilisation conforme à nos propres engagements internationaux.
Nous n'avons hélas pas besoin d'imaginer des scénarios théoriques, nous en avons déjà vécu les conséquences. En 2012, des grenades Ruag ont été retrouvées entre les mains de groupes armés en Syrie, réexportées illégalement par les Émirats arabes unis. Des munitions suisses sont apparues dans le conflit au Yémen, théâtre de violations massives du droit international humanitaire. Des véhicules blindés Piranha conçus en Suisse ont été identifiés en Libye en plein embargo de l'ONU après une réexportation non autorisée. Même des fusils d'assaut SIG ont été retrouvés en Irak, détournés après des ventes à des États intermédiaires.
Ces cas avérés ne sont pas des exceptions accidentelles. Ils illustrent une vérité simple et dérangeante[NB]: dès lors que nous exportons des armes, nous perdons le contrôle sur leur usage. Lorsque ce contrôle disparaît, la crédibilité de la Suisse, pays de paix et dépositaire des conventions de Genève, se retrouve compromise.
Ce débat révèle un paradoxe que nous ne pouvons plus ignorer. D'un côté, la Suisse se présente comme un acteur engagé pour la paix, les droits humains et la stabilité internationale. De l'autre côté, elle maintient une industrie exportatrice dont les produits peuvent être détournés, militarisés ou utilisés dans des contextes qui violent précisément ces principes. Nous ne pouvons affirmer une chose et pratiquer son contraire. La majorité nous oppose des arguments économiques. Pourtant, l'industrie de l'armement continuerait d'exister pour répondre aux besoins de défense de la Suisse.
Les emplois qui pourraient être affectés par un arrêt des exportations ne disparaîtraient pas. Ils pourraient être réaffectés dans des secteurs civils en plein essor où la Suisse manque cruellement de main-d'oeuvre qualifiée. Miser sur ces domaines est non seulement plus cohérent avec nos valeurs, mais aussi plus utile à la sécurité réelle de la population.
On nous explique également qu'un arrêt des exportations nuirait à notre capacité de défense. Or, chacun sait ici que notre armée dépend massivement de l'achat de matériel à l'étranger. L'idée que l'arrêt des exportations compromettrait notre sécurité n'est pas fondée. Ce qui affaiblit notre sécurité, en revanche, c'est l'escalade mondiale de l'armement à laquelle nous contribuons, même marginalement, par nos exportations. Il est temps d'affirmer une neutralité fondée sur des valeurs et non sur des intérêts commerciaux. Mettre fin aux exportations d'armes, c'est refuser de tirer un quelconque profit de la guerre. C'est affirmer que la sécurité humaine, la paix et le respect du droit international sont non négociables. C'est dire clairement que la neutralité suisse n'est pas à vendre. Nous devons choisir quelle Suisse nous voulons représenter. Une Suisse qui parle de paix, mais continue à exporter des armes, ou une Suisse qui agit en cohérence avec son identité et ses engagements.
L'initiative Schlatter offre une voie claire, cohérente et crédible[NB]; nous vous invitons à y donner suite.