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Roduit Benjamin · Nationalrat · 2025-12-17

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-12-17

Wortprotokoll

Permettez-moi de déclarer mes intérêts[NB]: je préside depuis ce printemps l'Association des producteurs des - savoureuses - viandes séchées du Valais IGP. C'est dire si je suis sceptique quant à cette initiative qui devrait s'intituler initiative végane plutôt qu'initiative sur l'alimentation. Cela aurait le mérite d'être clair[NB]: sous le couvert de la sûreté de l'approvisionnement, de la durabilité de notre production indigène et de la propreté de notre eau potable, c'est la production de denrées animales en Suisse que l'on veut proscrire. Or, quatre ans seulement après le double rejet des initiatives "pour une eau potable propre et une alimentation saine - pas de subventions pour l'utilisation de pesticides et l'utilisation d'antibiotiques à titre prophylactique" et "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse", revoilà une initiative alimentaire qui attaque à nouveau notre production agricole. À croire que certains principes idéologiques ont la vie dure même si la volonté populaire soutient une réalité tout autre, celle de nos agriculteurs.

Soyons clairs[NB]: sous couvert de nous proposer un nouveau plan Wahlen de durabilité, l'initiative sur l'alimentation veut nous imposer un cadre législatif rigide et dangereux pour l'avenir d'une agriculture suisse déjà bien fragile. En effet, en voulant restreindre encore plus l'emploi de techniques et de produits d'agriculture modernes, indispensables à la rentabilité des exploitations, les initiants menacent la viabilité économique des exploitations agricoles, faisant baisser le rendement des récoltes et mettant sous pression les agriculteurs, en particulier les jeunes qui désertent la branche. D'autre part, en voulant fixer un objectif utopique d'une autosuffisance alimentaire à 70 pour cent, l'initiative vise en réalité à abattre la filière de l'élevage au profit de l'agriculture végétale. Encore une fois, les initiants privilégient leur dogme à la réalité du terrain. En effet, dans un pays où deux tiers du territoire se situent dans les Alpes, l'élevage est souvent un impératif topographique pour les paysans. Sacrifier l'élevage, comme le veut cette initiative de manière indirecte, c'est sacrifier non seulement une filière économique synonyme de qualité, mais aussi précipiter dans la tombe l'agriculture traditionnelle, déjà mise à mal par les grands prédateurs, et sonner le glas d'espèces endémiques de nos montagnes comme les vaches de la race d'Hérens ou les moutons nez noirs du Haut-Valais. Finalement, en voulant imposer l'agriculture végétale comme la norme dans notre pays, les initiants veulent restreindre la liberté du consommateur par une politique alimentaire paternaliste et moralisatrice. Dans un pays comme [PAGE 2407] le nôtre, la responsabilité individuelle devrait pourtant être notre ligne directrice, dans un cadre législatif libéral mais responsable.

De façon plus large, l'initiative est probablement le symptôme d'un mal bien plus profond, celui d'un décalage de plus en plus criant entre les villes et les campagnes, malheureusement entretenu par les porteurs du projet ainsi que des élus de gauche. En effet, alors qu'un sondage de l'institut Sotomo a révélé il y a quelques semaines une forte augmentation du sentiment d'incompréhension entre urbains et ruraux, cette initiative ne fait qu'accentuer le problème avec un texte ayant la prétention de faire la leçon aux agriculteurs de façon déconnectée de leur réalité. Pour rétablir le dialogue indispensable entre ces deux parties de notre pays, recommandons le rejet de cette initiative, qui ne fait que jeter de l'huile sur le feu, et n'entrons pas en matière sur son contre-projet. Ce dernier n'améliore en rien des principes déjà bien inscrits dans la Constitution et la législation, mais il ne fait, une fois de plus, que cibler tous les problèmes environnementaux sur l'agriculture en oubliant la diversité et l'efficience des écosystèmes agricoles.

Vous l'avez compris[NB]: il s'agit de recommander le rejet de l'initiative et de ne pas entrer en matière sur le contre-projet.