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Golay Roger · Nationalrat · 2026-03-05

Golay Roger · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-03-05

Wortprotokoll

Nous sommes aujourd'hui appelés à nous prononcer sur une initiative qui touche au coeur même de notre identité politique[NB]: la neutralité de la Suisse. Cette neutralité n'est pas un simple instrument de politique étrangère. Elle est l'une des pierres angulaires de notre État, un pilier de notre crédibilité internationale et un facteur essentiel de cohésion nationale.

Depuis le Congrès de Vienne en 1815, la neutralité suisse est reconnue et respectée. Elle a permis à notre pays de traverser les tempêtes de l'histoire européenne sans être entraîné dans les conflits armés qui ont ravagé notre continent. Elle a offert à la Suisse une position unique, celle d'un État indépendant, fiable, capable de dialoguer avec toutes les parties. [PAGE 183]

C'est grâce à cette neutralité que Genève est devenue le centre mondial de la diplomatie et du dialogue, accueillant notamment le Comité international de la Croix-Rouge, institution emblématique de notre tradition humanitaire. Notre neutralité n'est pas synonyme d'indifférence[NB]; elle est au contraire la condition de notre engagement humanitaire, de nos bons offices et de notre capacité à servir de médiateur.

Cependant, au fil des années, la compréhension et la pratique de la neutralité ont évolué. Les débats récents ont montré que son interprétation peut varier selon les circonstances politiques du moment. Or, un principe aussi fondamental ne devrait pas dépendre de majorités changeantes ni d'interprétations conjoncturelles. Il mérite une base claire, stable et incontestable.

C'est précisément l'objet de l'initiative soumise au peuple[NB]: inscrire dans la Constitution fédérale les principes de notre neutralité[NB]; non pas pour figer la Suisse dans l'inaction, mais pour définir clairement le cadre dans lequel notre politique étrangère doit s'inscrire. En consacrant ces principes au plus haut niveau de notre ordre juridique, nous renforçons la sécurité juridique, la prévisibilité et la cohérence de notre action internationale. Inscrire la neutralité dans la Constitution fédérale, c'est donner au Conseil fédéral et au Parlement une boussole claire. C'est affirmer que la Suisse ne participe pas à des alliances militaires, qu'elle ne prend pas part à des conflits armés entre États et qu'elle conserve son entière liberté de décision. C'est aussi protéger notre pays contre les pressions extérieures qui pourraient, à l'avenir, nous pousser à abandonner progressivement ce qui fait notre force.

Dans un monde marqué par l'instabilité géopolitique, par les rivalités de puissances et le retour de la guerre sur le continent européen, la neutralité n'est pas un luxe du passé. Elle est une nécessité stratégique. Elle renforce notre sécurité. Elle soutient notre prospérité, en garantissant des relations équilibrées avec l'ensemble de nos partenaires. Elle protège enfin notre unité interne, dans un pays plurilingue et multiculturel qui a toujours trouvé dans la neutralité un terrain d'entente commun.

Certains craignent qu'une inscription constitutionnelle ne réduise notre marge de manoeuvre. Je suis convaincu du contraire. Clarifier un principe fondamental, ce n'est pas s'enchaîner[NB]; c'est se donner un cadre solide pour agir avec cohérence. La neutralité constitutionnelle n'empêche ni la solidarité, ni l'engagement humanitaire, ni la défense du droit international. Elle fixe simplement les limites au-delà desquelles nous ne devons pas aller si nous voulons rester fidèles à nous-mêmes.

En soutenant cette initiative, nous envoyons un signal fort[NB]: la neutralité suisse n'est pas une option parmi d'autres. Elle est un choix durable, assumé, ancré dans notre histoire et tourné vers l'avenir. Nous faisons confiance au peuple pour confirmer ce choix et pour inscrire clairement, noir sur blanc, les principes qui ont garanti notre stabilité et notre crédibilité pendant plus de deux siècles.

Mesdames et Messieurs les parlementaires, nous avons la responsabilité de préserver ce qui a fait la force de notre pays. Soutenir cette initiative, c'est défendre l'indépendance de la Suisse, sa capacité de médiation, sa tradition humanitaire et sa cohésion interne. C'est donner à notre neutralité la solidité constitutionnelle qu'elle mérite.

Je vous invite donc à soutenir cette initiative et à permettre au peuple suisse de consacrer, dans notre Constitution fédérale, les principes fondamentaux de notre neutralité.