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Jaccoud Jessica · Nationalrat · 2026-03-09

Jaccoud Jessica · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-09

Wortprotokoll

Quel a été votre premier réflexe au réveil le 1er janvier de cette année[NB]? Le mien a été celui de milliers de parents, soit de m'assurer que ma fille allait bien et qu'elle était en sécurité. Pour des centaines de familles, malheureusement la vie s'est arrêtée le premier jour de l'an 2026. Elles sont plus de 150, ces familles brisées qui voient leurs vies bouleversées. Ils sont plus de 150, ces jeunes qui porteront toute leur vie les traces physiques et psychiques de cette catastrophe. Face à une telle tragédie, la première chose que nous devons exprimer aujourd'hui, dans cette salle, c'est notre solidarité, notre compassion et notre soutien indéfectible aux victimes et à leurs proches.

Néanmoins, la compassion ne suffit pas. Elle doit se traduire ensuite en actes. C'est précisément le sens de cette loi urgente qui nous est soumise aujourd'hui - une loi qui répond à une situation exceptionnelle par des réponses exceptionnelles. Il faut le dire clairement[NB]: les mécanismes ordinaires de notre système ne suffisent pas face à une catastrophe d'une telle ampleur. Certes, les assurances sociales et les assurances privées, l'aide aux victimes et la responsabilité civile offrent des protections importantes, mais elles ont aussi des limites. Les procédures sont longues, complexes, fragmentées, et elles laissent souvent subsister des lacunes importantes dans la couverture des dommages. Dans une catastrophe qui touche autant de personnes, aussi jeunes, avec des blessures graves, des traitements lourds et des conséquences économiques durables, ces limites apparaissent avec une brutalité toute particulière.

Les victimes ne doivent pas porter seules le poids de nos lacunes. C'est pourquoi la contribution de solidarité proposée ici est essentielle. Elle ne prétend pas remplacer la responsabilité de celles et ceux qui devront répondre de leurs actes. Elle ne prétend pas réparer l'irréparable, mais elle constitue un geste clair de la Confédération, un signe concret de solidarité nationale, un soutien rapide, un soutien simple, un soutien humain. C'est exactement ce dont les victimes ont besoin aujourd'hui. Le groupe socialiste soutient donc pleinement cette approche parce que, dans un moment comme celui-ci, il ne s'agit pas de discuter des souffrances ou de hiérarchiser les blessures. Il s'agit d'aider rapidement, simplement, humainement.

La Commission des affaires juridiques a d'ailleurs amélioré le projet dans ce sens. Elle propose d'élargir légèrement le cercle des bénéficiaires et de permettre la prise en compte des cas de rigueur, notamment en faisant en sorte que le critère d'hospitalisation ne doive pas être appliqué de manière trop stricte. Mon groupe soutient cette modification. Il en va de notre responsabilité politique de ne laisser personne sur le bord du chemin.

Un deuxième élément central du projet est l'organisation d'une table ronde sous l'égide de la Confédération. Cette table ronde est essentielle. Elle peut permettre d'éviter de longues et coûteuses procédures civiles, qui dureraient des années, avec des frais judiciaires considérables et un poids émotionnel immense pour les victimes. Il est important que cette table ronde, menée par la Confédération, puisse démarrer ses travaux immédiatement, car dans une affaire de cette ampleur, plusieurs niveaux de responsabilité y compris publics peuvent entrer en jeu, que cela soit la commune concernée ou même le canton du Valais.

Enfin, certains ici, à cette tribune, ont soulevé la question légitime de l'égalité. Toutefois, cette question ne peut pas avoir comme réponse un nivellement par le bas. Au contraire, si cette tragédie nous montre quelque chose, c'est que les mécanismes actuels d'indemnisation des victimes atteignent parfois, et souvent même, leurs limites. Lorsque les assurances-responsabilités civiles sont insuffisantes, voire inexistantes, lorsque les dommages dépassent les couvertures disponibles, ce sont les victimes qui supportent les lacunes du système. C'est pourquoi le groupe socialiste souhaite que nous tirions les enseignements de cette catastrophe. Nous proposerons à la commission un postulat afin d'examiner et d'adapter de manière ciblée l'indemnisation des victimes, parce que notre objectif doit être clair[NB]: un système qui protège réellement toutes celles et ceux qui ont tout perdu.

Aujourd'hui, notre vote ne réparera pas les vies brisées, il ne rendra pas les êtres chers disparus, mais il peut envoyer un message clair aux victimes et à leurs familles[NB]: vous n'êtes pas seuls, la Suisse est à vos côtés et dans cette épreuve, la solidarité de notre pays est bien réelle.

Pour toutes ces raisons, le groupe socialiste vous invite à entrer en matière et à soutenir ce projet.