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Chassot Isabelle · Ständerat · 2026-03-17

Chassot Isabelle · Ständerat · Freiburg · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2026-03-17

Wortprotokoll

L'initiative populaire sur l'alimentation vise à renforcer une production indigène durable, à favoriser les denrées d'origine végétale et à protéger l'eau potable. Elle vise en outre un taux d'autoapprovisionnement de 70 pour cent d'ici dix ans. Si ces buts peuvent sembler en partie louables, il s'agit cependant de bien réfléchir à ce que cela signifie et surtout quelles en seraient les conséquences pour notre pays en général, mais également pour certaines régions de notre pays dont mon canton fait partie. Je m'arrêterai sur quatre d'entre elles.

Commençons avec l'objectif d'un taux d'autoapprovisionnement d'au moins 70 pour cent. Il faut le dire d'emblée, cet objectif est irréaliste. La dernière fois que notre pays a connu un pareil taux, c'était pendant la Seconde Guerre mondiale avec le plan Wahlen. C'était une économie de guerre qui avait nécessité des mesures fortes. Vouloir aujourd'hui atteindre à nouveau cet objectif nécessiterait que l'État rationne de manière draconienne la consommation d'aliments d'origine animale, et cela en dix ans. Il faut bien le dire, les initiants ne cachent pas que le renforcement de l'alimentation d'origine végétale est un objectif en partie assumé de leur initiative. Cet objectif irait cependant plus loin encore, puisqu'il entraînerait un changement de régime alimentaire des habitantes et habitants de notre pays, une forme de diktat fédéral sur le contenu de nos assiettes.

Les conséquences ne s'arrêteraient toutefois pas à cette restriction importante de notre libre choix alimentaire, ce qui m'amène à une deuxième conséquence de l'initiative. La production agricole serait directement touchée par des conditions imposées par le texte de l'initiative, à commencer par l'obligation de semences reproductibles. Cette condition nous ramènerait encore plus loin dans le passé que le plan Wahlen, puisque nous nous retrouverions 100 ans en arrière, avant les prémices de la sélection végétale moderne. Les rendements par hectare se verraient aussi fortement réduits. L'initiative omet par ailleurs que la topographie et le climat de notre pays font que les herbages représentent une part prépondérante des surfaces agricoles. Pour rappel, ceux-ci ne peuvent être valorisés que grâce à l'élevage de bétail. Si ces parcelles ne pouvaient plus être mises à contribution pour les nourrir, il est illusoire de penser qu'elles seront toutes cultivées en céréales, légumes ou fruits. Le risque est grand qu'elles soient en bonne partie abandonnées. Comme représentante du canton de Fribourg, qui détient à lui seul environ dix pour cent des bovins de Suisse, je me rends bien compte des conséquences que ceci aurait sur nos paysages, notamment en zone de collines et de montagnes, ces paysages cultivés qui font notre fierté et sont inscrits dans notre ADN cantonal.

Les diminutions de rendement et la raréfaction de certains produits induites par l'initiative auraient des conséquences directes sur toute la chaîne agroalimentaire.

J'en viens à une troisième conséquence[NB]: les entreprises de transformation - elles occupent une place importante dans le tissu économique de mon canton - risqueraient de manquer de matières premières, avec pour corollaire la fermeture de certains sites de production et donc la suppression d'emplois.

Je terminerai par une quatrième et dernière conséquence, qui nous concerne toutes et tous comme consommatrices et consommateurs[NB]: l'initiative entraînerait une augmentation du prix des denrées alimentaires en raison de leur raréfaction.

Ce tableau d'ensemble négatif - mon intention n'est pas de vous faire avaler la lune de la légende fribourgeoise de la fontaine de Lessoc - suffirait à lui seul à refuser ce texte. Nous pouvons cependant y ajouter un argument démocratique. En effet, en 2021, un texte analogue proposé par les mêmes initiants avait été refusé en votation populaire. Cela date d'il y a moins de cinq ans et on ne peut pas dire que, depuis lors, la situation générale en matière de sécurité de l'approvisionnement se serait améliorée, bien au contraire. L'instabilité géopolitique mondiale doit plutôt nous appeler à la prudence face à ce type d'expérience sociétale. L'agriculture suisse, cela a été souligné, doit faire face à de très nombreux défis dont nous aurons l'occasion de débattre dans la Politique agricole à partir de 2030 (PA30+). L'initiative n'aide en rien à les résoudre, bien au contraire.

Je vous remercie dès lors de recommander le rejet de cette initiative, ainsi que le proposent le Conseil fédéral et le Conseil national.