Maillard Pierre-Yves · Ständerat · 2026-03-19
Maillard Pierre-Yves · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-19
Wortprotokoll
Le rapporteur a très bien décrit l'ensemble des éléments que la commission a mis en oeuvre. Avant de commencer mon intervention, j'aimerais juste vous lire l'extrait d'une lettre que ma tante - ma chère tante - a retrouvée et qui est une lettre écrite à la main - une lettre manuscrite dans une belle écriture -, que mon arrière-grand-mère avait écrite à ses enfants le 30 novembre 1951, depuis le joli village d'Albeuve, en Gruyère. Mon arrière-grand-mère s'adressait à sa fille en ces termes. Je lis le début de sa lettre[NB]: "Mes très chers, c'est avec peine que je viens vous demander l'aumône." Demander l'aumône signifie[NB]:
Um Almosen bitten.
Je continue la lettre. Elle écrit[NB]: "Je suis seule maintenant, depuis le 17. Je viens me recommander à vous de m'envoyer 10 francs par mois. Cela commencerait le mois de décembre. Je me suis recommandée à tous, ils étaient tous d'accord. Avec 40 francs, je ne puis pas faire. Je marquerai tout ce que j'ai à payer, et tout ce que j'emploierai." Je m'arrête là dans la lecture de cette lettre. C'est donc une femme qui a élevé 10 enfants, femme de bûcheron, qui, en recevant la première rente AVS de 40 francs, qui représentait 10 pour cent du salaire moyen d'un ouvrier, constate qu'elle ne peut pas vivre, et elle doit donc écrire à ses enfants pour lui demander de compléter cette rente AVS insuffisante de 10 francs par mois. Voilà comment vivaient nos ancêtres, nos anciens, au début de l'AVS, quand les rentes étaient insuffisantes.
Je vous raconte cette histoire pour qu'on arrête enfin peut-être d'opposer les jeunes et les vieux dans ce débat. C'est ce qu'a fait encore notre collègue Dittli. Comme si l'AVS n'était que pour les vieux[NB]; comme si l'AVS n'était que pour les anciens. Quand l'AVS était insuffisante, les jeunes devaient payer pour leurs parents. Ils devaient sortir de leur porte-monnaie bien plus que 0,3 pour cent d'une cotisation salariale. Ils devaient sortir de leur porte-monnaie chaque mois pour payer leurs parents, et leurs parents qui les avaient élevés et éduqués devaient encore demander l'aumône à leurs enfants pour pouvoir payer les factures et devaient ensuite livrer un décompte mensuel de ce qu'ils avaient acheté. Voilà la réalité de laquelle l'AVS nous a sortis. Je fais ce petit rappel historique pour toutes celles et tous ceux qui ignorent notre histoire et qui essayent de construire dans ce débat une opposition entre jeunes et vieux. On ne doit pas faire une opposition entre jeunes et vieux[NB]: l'AVS est pour tout le monde. Elle améliore la société suisse de toutes les générations et elle renforce une solidarité entre générations qui existe. Je peux vous dire que cette 13e rente montrera cette solidarité entre générations. Les anciens qui n'en auront pas besoin en feront profiter leurs petits-enfants et leurs enfants. C'est ce qu'on verra au mois de décembre de cette année.
Voilà pour le rappel général de ce que représente l'AVS. Ici, quand on débat des systèmes de financement, de grâce - je le dis aussi aux rédactions zurichoises de certains journaux qui veulent construire cette opposition entre générations -, on n'est pas en train d'opposer les jeunes et les vieux. Parce que j'ai un scoop à vous donner[NB]: tous les jeunes, si possible, et c'est ce qu'on espère, deviendront vieux, et tous les vieux ont été jeunes. Par contre, tous les pauvres ne deviendront pas riches, et tous les riches n'ont pas été pauvres. Cette mobilité-là existe beaucoup moins. C'est la raison pour laquelle la seule question qu'on devrait se poser, c'est[NB]: quel est l'instrument de financement qui est le plus juste du point de vue de la répartition des richesses[NB]? Il est évident que la contribution sur les salaires est plus juste que la TVA. C'est évident. Pour autant, ici, dans la solution qui est proposée, nous avons une solution de compromis, puisque le prélèvement sur les salaires est plus modeste que le prélèvement sur la TVA. Les représentants de l'initiative auraient souhaité un financement intégralement par les cotisations salariales, ce qui aurait été le plus juste. M.[NB]Ermotti aurait payé plus que les ouvriers de la construction, et cela aurait été juste. Malheureusement, un financement intégralement par la cotisation n'est pas possible politiquement. Il faut donc trouver un compromis[NB]; c'est ce compromis-là que la commission essaye de traiter.
Je regrette, chers et chers collègues, qu'on ait malheureusement dû renoncer à mettre un peu plus d'ordre dans tous les dossiers AVS qui sont sur notre table. Le rapporteur l'a rappelé[NB]: nous avons déjà quatre objets sur notre bureau. On va essayer d'en régler deux aujourd'hui. C'est évidemment déjà quelque chose, mais il y aura encore le projet du Conseil fédéral. Nous avons donc devant nous dans les douze prochains mois cinq objets AVS à traiter. Nous avons voulu dans la première discussion régler de manière plus globale l'ensemble des sujets qui sont devant nous. Nous faisons un pas dans le sens du Conseil national, dans le sens où nous essayons effectivement de régler d'abord la question de la 13e rente. Mais il y aura besoin d'un financement pour les rentes pour couple[NB]; là, j'aimerais dire qu'il faut maintenant qu'on dise ce qu'on veut. Notre collègue Dittli a reproché à notre conseillère fédérale et au Conseil fédéral de manquer de courage. Mais, Monsieur le conseiller aux États Dittli, vous pouviez très volontiers, dans le projet de loi sur l'AVS, proposer une augmentation de l'âge de la retraite à 67 ans. Vous étiez libre de le faire. Vous n'en avez pas eu le courage non plus. Pourquoi n'en avez-vous pas eu le courage[NB]? Parce que vous savez que, même dans votre électorat, qui vous réélira probablement - c'est ce que je vous souhaite - en 2027, il n'y a pas de majorité pour augmenter l'âge de la retraite à 67 ans.
Vous vous abstenez donc bien de le faire. Cependant, ce que vous voudriez, c'est qu'à la fin il n'y ait pas de solution de financement, pour que les déficits arrivent. Vous pensez qu'ainsi le peuple, enfin, se forcera à accepter une hausse de l'âge de la retraite qu'il a refusée à 75 pour cent. C'est la stratégie des caisses vides. Malheureusement, dans ce dossier, certains essaient de jouer la stratégie des caisses vides, dont de grands partis, y compris ceux qui ont créé l'AVS. Je le regrette et j'aimerais que, dans ces partis, enfin, on fasse le pas pour faire un compromis pour notre AVS. Elle mérite bien que les grandes forces politiques qui ont fait ce pays, enfin, fassent le pas pour faire ce compromis.
C'est ce qu'a fait la majorité de la commission et c'est aussi ce que je vous invite à faire.