Weber Céline · Nationalrat · 2026-06-08
Weber Céline · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2026-06-08
Wortprotokoll
C'est bien connu[NB]: le diable se cache dans les détails. Derrière une initiative a priori inoffensive se cache en réalité ni plus ni moins que le retour de l'électricité nucléaire en Suisse. Soyons clairs, mon propos n'est pas de dire que toute forme de nucléaire est forcément mauvaise par définition. D'ailleurs, les centrales dites de quatrième génération, si tant est qu'elles soient une fois commercialisables et rentables, pourraient être intéressantes, mais depuis le temps qu'on nous le promet, on en est encore loin. Ainsi, avec cette initiative, ce qui nous est proposé, c'est en réalité des centrales de génération III ou III+, des centrales dont le prix explose régulièrement, et pour lesquelles les délais ne peuvent être tenus.
J'ai deux exemples à ce sujet. La centrale de Flamanville en France était devisée à 3 milliards d'euros, et devait entrer en service en 2012. Résultat[NB]: on est à plus de 19 milliards d'euros, et les essais de démarrage ont été achevés au printemps 2026. En clair, une augmentation des coûts de plus de 500 pour cent et 14 ans de retard. La centrale d'Olkiluoto, en Finlande, ne fait guère mieux[NB]: l'installation, devisée initialement à 3 milliards d'euros, a coûté 11 milliards et sa mise en service, initialement prévue en 2005, a finalement eu lieu en 2023.
En clair, à l'heure où tout le monde doit se serrer la ceinture financièrement, nous devrions accepter ici une technologie qui explose régulièrement les budgets. Bref, miser sur ces technologies, c'est garantir le blackout, et ce n'est pas sérieux. Le contre-projet qui nous est proposé ne fait guère mieux. En demandant de garantir le financement, le contre-projet exige tout simplement l'impossible, les coûts d'investissement explosant régulièrement en cours de construction, sans parler des coûts de démantèlement.
Ainsi, la minorité I (Wismer Priska) est absolument indispensable. On ne peut pas, votation après votation, promettre la lune à la population et ne pas se poser la question du financement - on en a d'ailleurs un bel exemple actuellement avec le financement de la 13e rente AVS. Aussi, quel que soit le regard qu'on porte sur l'énergie nucléaire, qu'on soit pour ou contre, nous devons au minimum avoir le courage et l'honnêteté vis-à-vis de la population d'être transparents et de lui indiquer quelles possibilités de financement pourraient être envisagées si elle veut des nouvelles centrales nucléaires. Au nom du groupe vert'libéral, je vous invite donc à entrer en matière et à suivre la minorité I (Wismer Priska).
La problématique des déchets n'est toujours pas réglée, comme de nombreux autres inconvénients liés à la construction de nouvelles centrales avec les technologies actuelles, comme la rentabilité ou les procédures - car, soit dit en passant, quand on voit combien il y a d'opposition pour une éolienne, je n'ose même pas imaginer ce qu'il en serait pour une centrale nucléaire. Au-delà de tous ces inconvénients bien connus, je ne peux m'empêcher d'évoquer aussi l'aspect sécuritaire.
Les centrales nucléaires actuelles sont des cibles de choix par excellence pour les attaques, qu'elles soient terroristes ou en cas de guerre. Il n'aura échappé à personne que la centrale nucléaire de Zaporijjia, en Ukraine, fut une des premières infrastructures d'envergure à avoir été attaquée peu après le début du conflit. Cette attaque permettait très facilement de mettre à mal le fonctionnement du pays. Et nous, plutôt que de tirer des leçons de ce qui se passe ailleurs, nous remettons à l'ordre du jour le débat sur les centrales nucléaires. En clair, nous nous posons la question de savoir si nous ne voudrions pas offrir sur un plateau d'argent une cible de choix pour qui voudrait s'en prendre à notre pays. D'ailleurs, nul besoin d'artillerie lourde pour attaquer une centrale. Une cyberattaque ferait tout aussi bien l'affaire, si j'ose parler ainsi. Et nul besoin d'une guerre[NB]; un sommet comme le G7 suffit à rendre ces cibles suffisamment sensibles pour faire d'elles l'objet de toutes les attentions des services de sécurité.
Il est temps de cesser de vouloir revenir chaque fois en arrière lorsque le peuple a pris une décision. Si nous voulons sérieusement éviter un blackout, arrêtons de braquer les projecteurs sur une technologie dont les générations actuelles sont dépassées et dont les générations futures ne sont pas encore disponibles.