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Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · 2026-06-08

Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2026-06-08

Wortprotokoll

Ne nous trompons pas de débat. L'initiative Stop au blackout vise au retour du nucléaire, bien sûr, mais il faut savoir que cette initiative est aussi intimement liée au lobby du pétrole, parce que chaque franc investi dans le nucléaire, c'est un franc de moins investi dans les énergies renouvelables. Qu'est- ce que tout cela donne[NB]? C'est un boulevard pour avoir encore pendant des années les énergies fossiles à bord, parce qu'on sait très bien que le premier térawattheure de nucléaire ne sera pas disponible avant 2050[NB]; et cela, tous les scénarios le disent.

L'initiative Stop au blackout prétend répondre à une préoccupation que nous partageons toutes et tous ici, celle de garantir l'approvisionnement électrique de la Suisse. La sécurité énergétique est une question sérieuse, parce qu'elle concerne les ménages suisses et notre économie. Elle concerne aussi l'industrie et les infrastructures critiques. Elle mérite mieux que des slogans simplistes, car derrière le titre de cette initiative, il y a la promesse que le nucléaire, serait la solution aux risques de pénurie électrique.

Or, cette promesse ne résiste pas à l'examen des faits. Premièrement, le nucléaire n'apporte aucune réponse aux défis auxquels la Suisse est confrontée aujourd'hui. Selon les scénarios de la Confédération, notre consommation d'électricité augmentera fortement d'ici 2050 avec l'électrification des transports, du chauffage et de l'industrie. Nous devons donc développer rapidement - rapidement c'est-à-dire maintenant, c'est à dire les années qui viennent - de nouvelles capacités de production. Or, même les défenseurs du nucléaire reconnaissent qu'une nouvelle centrale ne verrait pas le jour avant 2050. Cela veut dire que c'est de l'énergie qui n'est absolument pas disponible maintenant ou dans les années à venir. La question est donc simple[NB]: comment cette initiative peut-elle résoudre un problème qui se pose aujourd'hui avec des installations qui ne produiraient pas avant 20 ans ou plus encore[NB]? On ne combat pas le risque de blackout avec des réacteurs qui n'existent pas encore.

Pendant ce temps le solaire lui produit déjà et il produit rapidement. En 2024, la Suisse a installé plus de 1,7 gigawatt de nouvelles capacités photovoltaïques. La production solaire représente désormais près de 10 pour cent de l'électricité du pays et continue de progresser rapidement. Chaque année, elle apporte de l'énergie supplémentaire. Chaque année, elle renforce aussi notre sécurité d'approvisionnement.

Deuxièmement, parlons des coûts. Les promoteurs de l'initiative évoquent rarement le coût réel des nouvelles centrales nucléaires. Pourtant, partout en Europe, les exemples s'accumulent. À Flamanville, en France, le coût du réacteur EPR est passé d'environ 3 milliards à plus de 13 milliards d'euros. Il en va de même au Royaume-Uni où, dans une centrale, les coûts dépassent aujourd'hui les 40 milliards de livres selon les dernières estimations. Partout, les mêmes problèmes apparaissent[NB]: retards, dépassements budgétaires et dépendance aux garanties publiques. Je m'adresse ici à celles et ceux qui défendent une gestion rigoureuse des finances publiques[NB]: quel est le sens économique d'investir des dizaines de milliards dans une technologie qui produira peut-être dans 20 ans, alors que des solutions bien moins coûteuses sont disponibles tout de suite, immédiatement, ici[NB]? Le marché lui-même donne déjà une réponse[NB]: partout dans le monde les investissements se dirigent massivement vers le solaire, vers l'éolien, et aussi vers les réseaux, les économies d'énergie et le stockage, non pas pour des raisons forcément idéologiques, mais tout simplement parce que ces technologies sont devenues beaucoup plus compétitives. La sécurité d'approvisionnement ne se mesure pas seulement en kilowattheures, elle se mesure aussi en délais, en risques financiers et en coûts pour notre propre économie.

Troisièmement, cette initiative présente le nucléaire comme une garantie de sécurité. Là encore, les faits racontent une autre histoire. Une centrale nucléaire concentre une part importante de la production en un seul site. Lorsqu'un réacteur est arrêté pour maintenance ou en raison d'un incident technique, ce qui arrive régulièrement en Suisse ou en France, le problème est que plus de 1000 mégawatts disparaissent instantanément du réseau. À l'inverse un système composé de centaines de milliers d'installations photovoltaïques, d'ouvrages hydrauliques ou de batteries répartit les risques. En matière de sécurité, la diversification est clairement une force.

Quatrièmement, cette initiative ignore une réalité économique fondamentale[NB]: l'énergie la moins chère est celle que nous ne consommons pas. L'efficacité énergétique représente aujourd'hui un des moyens les plus rapides et les moins coûteux pour renforcer notre sécurité d'approvisionnement. Chaque bâtiment mieux isolé, chaque pompe à chaleur performante, chaque processus industriel optimisé réduit notre dépendance énergétique. C'est là un investissement qui produit des résultats immédiatement.

Enfin, cette initiative repose sur une forme de nostalgie énergétique. Elle nous invite à regarder vers une technologie du siècle passé alors que les investissements, les innovations et les emplois se créent aujourd'hui dans les énergies renouvelables, les réseaux intelligents et les solutions de stockage. Le véritable débat n'est pas tellement entre le nucléaire et le blackout[NB]; le véritable débat est de savoir quelles solutions permettent de produire davantage d'électricité suisse, plus rapidement, à moindre coût et avec le moins de risques pour les contribuables et pour notre propre environnement.

Je vous invite donc à recommander le rejet de l'initiative ainsi qu'à refuser son contre-projet.

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