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Roduit Benjamin · Nationalrat · 2026-06-09

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2026-06-09

Wortprotokoll

Comment éviter un psychodrame national[NB]? Il ne faut pas se leurrer, il y aura une votation populaire, où il s'agira sans nuance de dire si l'on est pour ou contre le nucléaire. C'est un raccourci, probablement souhaité par les initiants, mais aussi par les opposants accrochés à leur idéologie, par les médias, par tous ceux qui ressentent le besoin de trancher dans le vif d'un sujet pourtant complexe et émotionnel. Pour ma part, je préfère faire preuve de bon sens, sans émotions ni intérêts particuliers, même si je préside l'association suisse pour la petite hydraulique en Suisse, sans me réfugier non plus dans des mesures dilatoires, avec l'espoir naïf que cela se réglera à l'échelle mondiale dans des temps meilleurs ou par une politique de décroissance.

Tout d'abord, l'enjeu est énorme, vous le savez. Il s'agit de remplacer ou pas à terme plus de 30 pour cent de notre production indigène assurée aujourd'hui par le nucléaire. De plus, depuis la votation récente de la loi sur le climat, nous visons un objectif zéro carbone pour 2050 en renonçant aux énergies fossiles. Mission impossible selon les pronucléaires[NB]; pas de panique, on y arrivera, disent les anti. Soyons réalistes, depuis la votation populaire de 2017, non seulement le contexte géopolitique a considérablement changé et propulsé dans la population la thématique majeure de l'approvisionnement, mais de sérieux doutes quant à l'efficacité de la transition énergétique se sont emparés des esprits.

Je me contenterai de citer deux facteurs qui ont retardé le développement des énergies renouvelables. Tout d'abord, les obstacles à l'exploitation de l'énergie solaire, de l'hydraulique - grosse ou petite - et du vent se multiplient à tous les niveaux national, cantonal ou communal. Pour mémoire, citons le rejet du photovoltaïque alpin, les oppositions aux seize projets de barrage de la table ronde, le soi-disant Dialogue du Grimsel, qui sacrifie des installations de petite hydraulique, ou encore, sur le plan local, le refus d'éoliennes dont on accepte certes la construction à condition qu'on ne les voie pas. Bref, si l'on continue à freiner les projets d'énergie renouvelable, de nouvelles centrales nucléaires verront le jour - c'est une évidence dont les associations environnementales devraient tenir compte.

Quant au second facteur, il est d'ordre technologique. On peut bien rêver de panneaux solaires sur tous les toits[NB]; ce système décentralisé met à mal les réseaux qui ont besoin d'une gestion fine du flux d'énergie, en fonction des fluctuations horaires, des besoins et du prix du marché. C'est un changement de paradigme, et il faut en prendre acte.

Alors oui, un contre-projet indirect sur le nucléaire avec des conditions-cadres claires est nécessaire, et je soutiendrai son entrée en matière. Il s'agit en fait de rouvrir la porte - je dis bien rouvrir - sur une énergie dont les développements technologiques actuels et futurs laissent présager une énergie propre et sûre - je pense évidemment aux centrales de quatrième génération et aux modèles de fusion nucléaire.

L'argument selon lequel ces nouvelles centrales ne verront pas le jour avant trente ans renforce encore la nécessité de former dès aujourd'hui les ingénieurs et le personnel qualifié dont on aura besoin en 2050 pour leur mise en service, et cela sans dépendre de l'étranger. De ce point de vue, je ne comprends pas le blocage quasi idéologique de la part de certains scientifiques.

Attention, il ne s'agit pas non plus de signer un chèque en blanc, dont le prix serait un frein au développement des énergies renouvelables. Sans aucun doute, l'impact sera considérable sur les prix de l'électricité et sur les investisseurs. Un soutien étatique financier étant inéluctable, il s'agit dès lors, comme le demande la Commission des finances, de présenter une stratégie claire de financement, y compris pour le prolongement de nos centrales à quatre-vingts ans. Le contre-projet n'ayant pas abordé cet aspect, si ce n'est de manière indirecte, en faisant référence au rapport publié en réponse au postulat Burkart 23.4152, je ne m'opposerai pas à son renvoi au Conseil fédéral. Ainsi, sans repousser ce projet aux calendes grecques, nous aurons en main les grandes options financières et stratégiques de ce qui, à mon sens, sera probablement le plus grand dossier du siècle.

Comme vous le voyez, en conclusion, il ne s'agit pas aujourd'hui de dire simplement oui ou non au nucléaire, mais de rouvrir la porte et de sortir de la pièce sans éteindre la lumière sur les énergies renouvelables.