Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2026-06-09
Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-09
Wortprotokoll
Je suis frappée de constater à quel point nombre d'entre vous font fi de la volonté populaire. En 2017, en approuvant la stratégie énergétique 2050, les citoyennes et citoyens suisses se sont prononcés contre la construction de nouvelles centrales nucléaires. Depuis, le peuple a confirmé à plusieurs reprises cette nouvelle stratégie de politique énergétique durable et responsable, notamment en 2023, avec près de 60 pour cent de oui sur la loi fédérale sur les objectifs en matière de protection du climat, sur l'innovation et sur le renforcement de la sécurité énergétique. En 2024, en approuvant la loi sur l'approvisionnement en électricité, la population a entériné l'accélération du développement des énergies renouvelables. La stratégie énergétique a été approuvée par plus de 58 pour cent des votants. La loi sur l'approvisionnement en électricité a été plébiscitée, avec près de 69 pour cent de oui. Ces scores sont on ne peut plus clairs. Je ne trouve absolument pas correct d'ignorer maintenant ces signaux donnés par la population en faveur de la transition énergétique. Nous sommes dans l'obligation de respecter ces décisions populaires.
Ce n'est pas un hasard si une majorité de cantons et la Conférence des directeurs cantonaux de l'énergie rejettent le contre-projet du Conseil fédéral et si le vote a été si serré dans votre commission. L'énergie nucléaire pose toute une série de problèmes insolubles. C'est pour cela que la décision de s'en libérer a été prise de manière parfaitement démocratique. Avez-vous donc oublié l'accident de Tchernobyl il y a quarante ans et celui de Fukushima il y a quinze ans[NB]? Face à cette cécité, j'estime nécessaire de rappeler que les centrales nucléaires sont toujours aussi dangereuses. On a beau les dire de quatrième génération, elles présentent toujours des risques élevés pour la sécurité en temps de paix, et encore plus à l'ère de la guerre hybride que nous vivons.
Que comptez-vous faire des déchets[NB]? Avez-vous vraiment envie de produire davantage de déchets hautement radioactifs dont la dangerosité s'étend sur des millénaires, et dont on ne sait que faire[NB]? Avez-vous vraiment l'intention de les enterrer bien profondément sous terre comme l'autruche avec sa tête quand elle ne veut pas voir ce qui l'effraie[NB]? Cette attitude est irresponsable. Je vous rappelle que le dépôt en profondeur prévu en Suisse pour 2060 n'a pas la capacité d'accueillir les déchets supplémentaires de nouvelles centrales nucléaires. Dès lors, de nouvelles centrales nucléaires aggraveraient considérablement ce problème. Avez-vous oublié que l'extraction de l'uranium cause des dommages graves et durables pour l'homme et l'environnement[NB]? Êtes-vous bien conscients du fait que nous dépendons de l'étranger, plus précisément de régimes autoritaires comme la Russie ou le Kazakhstan, pour nous approvisionner en uranium[NB]?
Chers et chers collègues, c'est vrai que nous avons des défis à relever. Nous savons que les besoins en électricité ont augmenté, et qu'ils ne sont pas équivalents à ceux qui avaient été estimés lorsque l'on avait défini la stratégie énergétique 2050, à savoir des besoins accrus sur le plan notamment de la mobilité électrique. Nous devrons trouver des solutions. Toutefois, on doit avoir conscience du fait qu'en disant oui aujourd'hui, on ne résout absolument pas cette question. Le choix qui s'offre à nous aujourd'hui n'est pas d'avoir de l'électricité ou de ne pas en avoir. Le choix doit se faire entre investir massivement dans les technologies du siècle passé, qui sont coûteuses, lentes à construire et dangereuses, et respecter la parole donnée au peuple en fonçant vers l'indépendance énergétique grâce au solaire, à l'éolien et à l'hydraulique. Ne gaspillons pas aujourd'hui l'argent du contribuable en nous laissant séduire par un mirage atomique.
Je vous invite à proposer le rejet de l'initiative et à refuser le contre-projet.