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Cottier Damien · Nationalrat · 2026-06-09

Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2026-06-09

Wortprotokoll

La stratégie énergétique 2050 a été évoquée de nombreuses fois dans ce débat. Soyons clairs[NB]: la stratégie énergétique 2050 a échoué, parce que le monde a changé. D'abord, elle partait de prémisses qui ne se sont pas avérées correctes[NB]; elle partait de l'idée que la consommation électrique en Suisse allait rester relativement stable. La réalité est inverse, notamment parce que nous avons des objectifs de politique climatique qui sont ambitieux, avec un net zéro en 2050. L'énergie électrique, avec cet objectif stratégique climatique, va augmenter ces prochaines années, et elle augmente déjà, notamment parce que l'industrie s'électrifie, de même que les transports - ce qui est bon pour nos objectifs climatiques. Par ailleurs, la société est en train de changer, ce qui n'était évidemment pas prévisible dans cette stratégie. Avec le développement de la numérisation et, notamment, l'intelligence artificielle qui se développe actuellement de manière exponentielle, les besoins en énergie électrique augmentent. Les prévisions les plus sérieuses, notamment celles de l'École polytechnique fédérale de Zurich, montrent que les besoins en électricité de la Suisse vont s'accroître ces prochaines années, jusqu'à près de 90 térawattheures d'ici le milieu du siècle. Cette énergie, il faut pouvoir la fournir.

La stratégie énergétique 2050 nous pose aussi une difficulté parce qu'elle partait de l'idée qu'il serait facile de développer les importations d'énergie électrique. La réalité géopolitique de notre monde montre que non seulement cela n'est pas si facile, mais qu'en plus, c'est extrêmement risqué[NB]; il y a des chocs, des aléas, des modifications qui peuvent être extrêmement rapides, comme on l'a vu à l'automne 2022, avec la pression massive qui a été mise sur tous les pays européens et sur la Suisse également, avec les mesures d'urgence que nous avons dû prendre à la suite du resserrement de la situation due à l'agression militaire de la Russie contre l'Ukraine et à toutes les conséquences géopolitiques et énergétiques qui ont suivi. L'approvisionnement - ou son augmentation - n'est donc pas assuré. Il dépend aussi d'aléas techniques. On a vu que les centrales nucléaires françaises, par exemple, avaient des difficultés à nous fournir lors de l'hiver 2022/23, en particulier, pour des raisons techniques et d'exploitation, et aussi que d'autres pays voisins, comme l'Allemagne, avaient fait des choix énergétiques qui ne rendent pas forcément possible l'importation de courant autant que nous le souhaiterions. C'est la réalité. L'accord sur l'électricité, qui est nécessaire, qui est dans l'intérêt de notre pays, que le Conseil fédéral a négocié - et bien négocié - avec l'Union européenne, est évidemment suspendu à tout un débat de politique européenne, à la stabilisation des accords bilatéraux III et à la volonté du Parlement et du peuple de ratifier ensuite de nouveaux accords. Espérons que cela viendra, mais ce n'est pas encore une certitude aujourd'hui.

Face à cela, notre Parlement doit être raisonnable et responsable. Il doit prendre des décisions qui permettront de développer et d'assurer l'approvisionnement énergétique et électrique de notre pays. Le contre-projet proposé par le Conseil fédéral va pleinement dans ce sens. L'initiative populaire vise cela, mais elle va trop loin dans ses revendications, notamment sur les questions de compétences dans un pays qui doit rester fédéraliste sur cet aspect aussi. Le Conseil fédéral propose un contre-projet qui permet d'ouvrir le débat, d'être pragmatique. Aucune décision n'a encore été prise dans ce domaine concernant la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires, mais au moins nous levons cette interdiction que nous n'aurions jamais dû insérer dans notre législation et nous sortons de l'idée d'avoir des interdictions et des moratoires. La Suisse n'est pas un pays d'interdictions et de moratoires, c'est un pays qui construit, c'est un pays pragmatique, qui prépare l'avenir, c'est un pays qui développe ses infrastructures et qui assure son avenir énergétique[NB]; ce n'est pas un pays de moratoires et d'interdictions. C'est exactement ce que nous propose le Conseil fédéral si nous le soutenons et le suivons. C'est ce que nous vous invitons à faire, de manière aussi à ce que nous préparions notre avenir énergétique.

Dans ce sens, parce que nous prenons au sérieux la question de notre avenir climatique et de notre avenir énergétique, je vous demande de soutenir le contre-projet du Conseil fédéral et de recommander le rejet de l'initiative.

[VS]