Roth Pasquier Marie-France · Nationalrat · 2026-06-15
Roth Pasquier Marie-France · Nationalrat · Freiburg · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2026-06-15
Wortprotokoll
L'opposition au nucléaire est souvent une question de principe. Mais au-delà du principe, il faut parler du financement, car aucune centrale nucléaire au monde n'a jamais été construite sans le soutien de l'État. La levée de cette interdiction créerait automatiquement une pression pour obtenir des garanties de l'État et entraînerait d'énormes risques financiers pour la Confédération et les cantons en tant que propriétaires des fournisseurs d'énergie. Une analyse d'impact politique montre que l'acceptation de l'initiative et du contre-projet créerait des incertitudes susceptibles de détériorer considérablement le contexte commercial de toutes les technologies renouvelables, entraînant suspensions ou ralentissements de projets. La sécurité d'approvisionnement s'en trouverait fortement compromise. Dans le domaine hydraulique, pilier de l'approvisionnement électrique suisse, je le rappelle, avec une part avoisinant les 60 pour cent de la production, une récente étude de la HES-SO Valais-Wallis le démontre[NB]: les nouvelles centrales nucléaires ne sont pas compétitives sans subventions publiques sur de nombreuses années, mais si elles en bénéficient, elles évincent l'énergie hydraulique du marché. Les pertes de revenus calculées pour les différents types d'énergie hydraulique pourraient atteindre 1 milliard de francs par an, avec des conséquences considérables pour la sécurité d'approvisionnement et les régions de montagne. Le Valais, le Tessin et les Grisons seraient particulièrement touchés puisqu'ils dépendent fortement des revenus issus de l'énergie hydraulique, mais ce serait également le cas de Berne, Argovie ou Saint-Gall.
L'Agence internationale de l'énergie atomique ne dit pas autre chose. La rentabilité des nouvelles centrales nucléaires suppose un prix de l'électricité bien supérieur au prix actuel du marché. Pour couvrir les coûts de production élevés, un financement en dehors du marché est indispensable, avec un mécanisme étatique de prix garantis. Or, ce sont ces garanties qui faussent le marché et affaiblissent les secteurs existants, tels que les centrales hydroélectriques. C'est en cela que de nouvelles centrales nucléaires représentent un risque coûteux et menacent les acteurs locaux et le secteur de l'énergie hydraulique. C'est pourquoi, en plus de se demander comment assurer l'approvisionnement électrique futur de la Suisse, il faut absolument s'interroger sur l'impact de ces choix sur la valeur économique d'autres actifs du système électrique suisse. Ce n'est pas pour rien que la Conférence des directeurs cantonaux de l'énergie est très réticente face au contre-projet et demande qu'un état des lieux stratégique et technique, de même qu'une définition des conditions-cadres telles que le financement et les procédures d'autorisation, soient faits avant toute décision de levée de l'interdiction de nouvelles centrales nucléaires. C'est, enfin, dans la même direction que va la Commission des finances, qui demande que les modalités de financement et les risques financiers soient présentés de façon concrète et transparente.
Voulons-nous vraiment mettre en péril le pilier de notre approvisionnement électrique et freiner le développement fulgurant des énergies renouvelables[NB]? Nous risquerions alors de glisser vers une pénurie d'approvisionnement.