Gaillard Benoît · Nationalrat · 2026-06-15
Gaillard Benoît · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-15
Wortprotokoll
Nous nous prononçons - aujourd'hui, j'espère - sur une initiative dont le titre est déjà en lui-même une tromperie. Ce titre vise à nous faire croire que revenir au nucléaire est non seulement possible, mais souhaitable. Et surtout, il vise à faire passer l'énergie atomique pour une garantie d'autonomie et de stabilité d'approvisionnement du pays. Cela ressemble à une mauvaise blague, Mesdames et Messieurs, parce que, déjà, il n'y a pas d'uranium en Suisse, si je dois vous l'apprendre, et que le nucléaire nous rend donc dépendant d'importations permanentes. Mais c'est surtout une mauvaise blague, parce que cette initiative créerait le contraire de la stabilité. Elle sèmerait le trouble, et mettrait, si vous me passez l'expression, un souk sans précédent dans notre politique énergétique.
À cette première tromperie, le Conseil fédéral et la majorité de la commission, je le regrette, en ont ajouté deux. D'abord, l'idée qu'un contre-projet qui a exactement la même fonction que l'initiative puisse porter le titre de contre-projet. Or, ce contre-projet est probablement pire que l'initiative, parce qu'il ne fait que lever l'autorisation de construire, sans même donner à qui que ce soit de nouvelles responsabilités en matière d'approvisionnement, ce qui était au moins un avantage du texte constitutionnel. C'est donc le contre-projet de Ponce Pilate[NB]: un contre-projet qui se lave les mains des conséquences de ce qu'il propose.
Tromperie suivante[NB]: celle qui consiste à faire croire que le fait d'autoriser à nouveau la construction de centrales nucléaires n'est finalement qu'une manière de faire preuve de cette fameuse neutralité technologique qui semble tellement à la mode, alors qu'il s'agit d'un pur et simple sabotage. Oui, parfaitement, d'un sabotage de la feuille de route existante en matière d'approvisionnement énergétique. Cette feuille de route figure dans nos lois, et sa mise en oeuvre a été plusieurs fois validée par des votations populaires. Tant l'initiative que le contre-projet auraient pour effet principal de déstabiliser massivement les conditions-cadres, d'insécuriser tous les acteurs de la politique énergétique pour des années, et donc de ralentir la réalisation de la stratégie énergétique suisse dont le peuple a passé commande auprès de nous, le Parlement, et des acteurs de l'énergie suisse. Dans une merveilleuse prophétie autoréalisatrice qu'on voit déjà venir, on nous dira ensuite, dans quelques années[NB]: "Vous voyez bien que ça ne marche pas, vos histoires de renouvelables, dont on a bien déstabilisé les conditions-cadres[NB]! Maintenant, il va falloir passer de l'interdiction du nucléaire au lancement de premiers projets."
La feuille de route pour un approvisionnement qui respecte l'environnement et le climat - pour citer le texte de l'initiative - est connue. Elle est claire, elle a reçu l'aval de la population. Elle consiste à développer nos capacités hydrauliques, à poursuivre le développement du solaire, à avoir le courage de l'éolien, qui apporte un complément bienvenu, et à travailler vite et bien sur le stockage et sur les sécurités contre les éventuelles lacunes temporaires. La preuve par l'acte a été apportée[NB]: nous avons arrêté d'exploiter la centrale de Mühleberg sans que cela ne conduise en moyenne à une augmentation de nos importations d'électricité.
Ce qui manque, ce n'est donc pas cet acte de sabotage politique. Ce qui manque, ce sont des autorités qui ne se contentent pas de regarder passer les électrons, de tenir le procès-verbal des difficultés - réelles, indéniables - pour concrétiser cette stratégie. C'est un Conseil fédéral qui monte au créneau et qui, matin, midi et soir, à la façon d'un général de l'électricité - si je peux me permettre cette pique à l'UDC - montre la voie et fait avancer les projets. Ce qui manque, ce sont des autorités courageuses, qui expliquent que les énergies renouvelables qui progressent, même lorsqu'elles sont un peu visibles, même lorsqu'une éolienne modifie le paysage, même lorsqu'un toit est couvert de panneaux solaires, même lorsqu'un rehaussement de barrages modifie le fond d'une vallée, ce n'est pas un désastre[NB]; c'est la Suisse de demain qui se bâtit, celle qui se nourrira de courants propres, qu'elle contrôle elle-même, et qui maintiendra cet avantage immense qu'est l'énergie hydroélectrique propre, souveraine, que nous devons aux générations qui nous ont précédés.
Mettons en oeuvre ce programme, qui est aussi un mandat populaire. Ne l'affaiblissons pas, ne le contredisons pas, ne créons pas nous-mêmes, je vous en conjure, les conditions de son échec. Refusons ces deux textes et mettons-nous au boulot.