Roduit Benjamin · Nationalrat · 2026-06-17
Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2026-06-17
Wortprotokoll
La motion Würth demande que nous n'adoptions aucune nouvelle directive relative à la consommation modérée d'alcool tant que l'étude clinique Unati, de l'Université de Navarre, réfutant la stratégie "zéro alcool" de l'OMS n'aura pas été publiée. Alexander Fleming, prix Nobel de médecine, disait[NB]: "C'est la pénicilline qui guérit les hommes, mais c'est le bon vin qui les rend heureux." C'est en s'inspirant de ces sages paroles que nous devons apprécier la motion Würth. En effet, contrairement à ce qu'affirment les recommandations de l'OMS reprises sans examen critique par le Conseil fédéral, la consommation occasionnelle et modérée d'alcool n'est pas forcément mauvaise pour la santé et elle entraîne des bienfaits sociaux et culturels.
Tout d'abord, examinons les observations scientifiques sur la question. Concrètement, s'il est indiscutable que les excès d'alcool sont néfastes pour la santé, la lecture du sujet devient bien plus complexe lorsque la consommation est occasionnelle. En effet, contrairement à d'autres substances comme la cigarette ou les drogues, la consommation modérée d'alcool n'est pas toujours mauvaise puisque, en faible quantité, elle entraîne certains bénéfices notables pour la santé, comme la baisse des risques de maladies cardiovasculaires. Dans ce sens, il convient de rappeler que ce n'est pas la substance qui fait problème, mais que c'est son usage par l'homme qui peut être problématique. De ce fait, le principal risque lié à cette substance se rapporte à son potentiel addictogène et à son abus. Tout est question de dosage et de volume de consommation. Là, nous ne sommes plus dans le domaine de la médecine clinique, mais dans celui de la médecine comportementale. En bref, la mise en place de recommandations prohibitionnistes en matière d'alcool se justifie difficilement.
Au-delà des aspects purement physiologiques, la consommation modérée d'alcool, par son rôle social, joue un rôle bénéfique pour la santé mentale de nos concitoyens. En effet, de nombreuses études soulignent l'importance des interactions sociales dans l'espérance de vie. Comme l'être humain n'est pas un animal solitaire, l'intégration de l'individu dans une communauté est bonne pour la santé, en réduisant son stress et en soutenant son psychisme. À l'heure où notre société connaît une épidémie massive d'individualisme et de solitude, l'apéro est donc bien davantage un remède qu'un poison pour la santé publique. D'ailleurs le mot pharmacie ne vient-il pas de "pharmakon" qui signifie à la fois remède et poison[NB]?
Finalement, rappelons aussi que l'alcool possède une dimension culturelle et traditionnelle dans notre pays. En effet, notre industrie viticole n'est pas seulement un commerce, mais bien davantage un patrimoine, un savoir-faire et un art de vivre. En voulant établir des recommandations en matière d'alcool qui attisent la peur, on risque d'affaiblir encore plus un domaine en souffrance économique, au risque de voir tout un pan de notre identité culturelle disparaître.
Au risque de me répéter, ne nous trompons pas de cible[NB]: ce n'est pas le verre de vin en soi qui est mauvais, c'est bel et bien la surconsommation. Si nous devions suivre la logique de l'OMS, ce serait non seulement la consommation occasionnelle d'alcool que nous devrions déconseiller, mais aussi celle du sucre ou encore du chocolat, dont l'abus peut favoriser le diabète. Afin d'éviter cette approche hygiéniste et moraliste, qui n'est ni objective ni neutre, contrairement à ce que prétend l'Office fédéral de la santé publique, la commission vous appelle, par 13 voix contre 9 et 3 abstentions, à adopter la motion.
Une minorité estime que la motion relève d'une tactique dilatoire visant à contester certaines études scientifiques ainsi que les stratégies actuelles de la Confédération en matière d'addiction.
Relevons enfin que le Conseil des États l'a massivement adoptée, par 31 voix contre 8 et 3 abstentions.