Vanek Pierre · Nationalrat · 2004-03-17
Vanek Pierre · Nationalrat · Genf · Fraktionslos · 2004-03-17
Wortprotokoll
Beaucoup de choses ont déjà été dites dans ce débat. Pour commencer, tout récemment, le représentant du groupe de l'UDC a dit que ce postulat était "absurde". Pour une fois, je suis d'accord, ou presque, avec le porte-parole de l'UDC. Je trouve effectivement absurde, ou du moins un peu surréaliste, que nous soyons ici à discuter d'un postulat qui demande quelque chose qui devrait être une évidence. Nous ne devrions pas être en train de discuter ici de la question de l'arrêt de la coopération technique et militaire avec Israël! Cela devrait .... couler de source. Comment la Suisse peut-elle continuer à coopérer, au jour le jour, avec une machine militaire qui est au service d'un Etat qui viole consciemment les conventions de Genève, et en particulier la quatrième Convention de Genève?
J'ai lu une dépêche de l'ATS qui est tombée tout à l'heure, et qui relatait les conclusions du rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens, et qui concluait effectivement à des violations graves et à une annexion de la part d'Israël. Donc nous avons un "establishment" militaire suisse qui coopère avec un "establishment" militaire en Israël, annexionniste, qui viole les conventions de Genève, dont nous sommes censés être les garants. Cela ne devrait pas prêter à débat ici. C'est presque un scandale que nous soyons en train de parler de cette question ici. A l'évidence, les mesures que demande le postulat auraient dû être prises depuis fort longtemps déjà. [PAGE 416]
Mais pour replacer le débat, non sur le terrain des affirmations des uns et des autres, mais sur la note donnée au départ par Madame Menétrey-Savary, je vous incite vraiment à lire le rapport qu'elle a cité et qui émane d'une commission de la Chambre des communes anglaise, conclusions d'un comité interpartis de ce Parlement, qui n'a pas juste pris une position politique a priori, mais qui est allée sur le terrain, qui a rendu compte de nombreuses visites, d'entretiens avec toutes sortes d'organisations, des deux côtés, de représentants de la société civile, et de responsables et des personnalités de toutes catégories.
Et encore, ce même rapport - ce ne sont pas mes affirmations, elles ont peut-être à vos yeux peu de crédit, mais ce rapport devrait en avoir un peu -, indique par exemple que le niveau de malnutrition à Gaza et dans une partie des territoires occupés est aussi grave qu'en Afrique subsaharienne et que le taux de chômage est de 50 à 60 pour cent. Ce rapport indique également que la politique de "bouclage" des territoires occupés signifie une réduction massive du produit national brut - si on peut encore parler de produit national brut palestinien! - et que c'est une cause de souffrances énormes pour la population civile palestinienne. Ce bouclage est effectué jour après jour - je l'ai vu faire sur le terrain - par cette même armée israélienne avec laquelle on "coopère". Ce n'est pas possible de continuer comme ça!
Alors, la réponse du Conseil fédéral parle de considérations économiques: bien, on peut discuter de considérations économiques; mais elle évoque, comme réaction appropriée du côté suisse, le "déclassement hiérarchique" des visites de militaires: mais quelle importance est-ce que ça a? Ce n'est pas de ça qu'il s'agit, mais de savoir si on va continuer à collaborer avec une organisation militaire qui mène une activité illégale aux yeux de tous, aux yeux du monde, contraire aux droits de l'homme, à la démocratie. Ce n'est pas acceptable. Et le Conseil fédéral vient nous dire que si nous acceptions ce postulat, la Confédération risquerait une "perte de réputation en tant que partenaire crédible"! Mais, au contraire, c'est précisément en poursuivant aujourd'hui cette politique de collaboration militaire et technique avec Israël que la Suisse compromet gravement à l'échelle mondiale sa réputation et sa crédibilité! Ce n'est pas une question de force militaire. Vous le savez bien, les Etats-Unis de George Bush - ils le reconnaissent eux-mêmes - ont perdu à l'échelle mondiale tout un pan de leur crédibilité et de leur réputation avec leurs aventures guerrières dans la région! Eh bien, à affirmer une volonté de continuer à collaborer avec Israël sur le terrain militaire, nous prenons aussi à notre échelle ce chemin-là.
Un dernier mot encore sur un aspect qui n'a pas été évoqué. Je l'évoque, puisque j'ai parlé de Bush et de sa politique dans la région. Vous savez aussi que l'Etat d'Israël a développé clandestinement depuis des lustres un arsenal d'armes de destruction massive, des bombes atomiques - combien? 150, 200, 250, 300? -, qu'elle a kidnappé et enfermé l'un de ses citoyens qui a voulu la transparence et révéler ce fait au monde. Et alors nous serions en train de vouloir collaborer sur le plan militaire avec un Etat de la région qui a développé un arsenal d'armes de destruction massive, indépendamment des autres questions qui concernent ses violations des droits de l'homme et du droit humanitaire? Non, ce n'est pas sérieux!
Je suis d'accord avec le représentant de l'UDC, ce postulat est un peu absurde!