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AB 44214

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2004-06-14

Wortprotokoll

C'est un véritable appel à la raison que nous lançons. Une liste impressionnante d'associations, de particuliers, de cantons, de villes, actifs dans la prévention, la prise en charge, la thérapie, et aussi la police et la répression, c'est-à-dire la quasi-totalité des intervenants professionnels, en appelle à notre courage et à notre lucidité pour que nous entrions en matière sur ce projet de loi. Leurs considérations sont parfois très nuancées. Je pense par exemple au "Verein christlicher Fachleute im Rehabilitations- und Drogenbereich": voilà des gens qui veulent maintenir des thérapies orientées vers l'abstinence, mettre en garde contre les dangers des drogues, sanctionner là où c'est nécessaire, et pour cela ils nous demandent d'entrer en matière. Je pense aussi aux enseignants, dont la prise de position naguère a tellement influencé notre précédent débat, et dont l'organisation faîtière aujourd'hui, en pesant le pour et le contre, nous demande au contraire d'entrer en matière. Ces prises de position ne peuvent que rassurer les adversaires de la loi, car ils peuvent voir ainsi que leurs doutes trouvent un écho, mais que cela n'empêche pas d'entrer en matière et d'examiner cette loi article par article.

Dans ces conditions, et là je m'adresse à ceux d'entre vous qui s'apprêtent à voter non à cette entrée en matière, si vous persistez dans cette opinion, je crains que vos compréhensibles préoccupations soient récupérées et instrumentalisées par des milieux intégristes, fondamentalistes, des gens qui, au contraire des professionnels, trouvent leur argumentation dans l'idéologie, la théorie, les revues pseudo-scientifiques, et qui témoignent souvent d'une ignorance totale des réalités du terrain. C'est attristant, car j'ai la conviction profonde que tous ceux qui veulent s'engager honnêtement et résolument dans la lutte contre les dommages causés par les drogues et les dépendances ne peuvent qu'accepter de se mettre à la tâche pour l'élaboration d'une nouvelle loi qui consacre la politique des quatre piliers.

Vous dites qu'il s'agit de donner un signal clair. Mais en refusant non pas la loi, mais simplement de la discuter, quel signal êtes-vous en train de donner? et à qui? Vous venez de voter la fin de la prohibition de l'absinthe et vous chargez le cannabis de tous les maux, mais est-ce que vous vous êtes demandé quelle image les jeunes, fumeurs de joints ou non-fumeurs, vont se faire des politiciens? Une fois de plus, à leurs yeux, les adultes s'octroient le droit de se défoncer légalement avec leurs drogues traditionnelles, de se tranquilliser avec des benzodiazépines, de se doper avec des stimulants, de s'endormir avec des somnifères, tout en brandissant au nez des jeunes les grands principes de la morale et de l'abstinence. Pensez-vous que cela puisse les encourager à remettre en question leur mode de consommation, eux qui, dans leur très grande majorité, ne voient aucun problème à cette consommation? Et quant à ceux qui ont des problèmes et qui, peut-être, voudraient trouver aide et conseil auprès des adultes qu'ils côtoient, ne voyez-vous pas que vous êtes en train de les abandonner en les renvoyant dans l'illégalité et la clandestinité? Votre signal clair est en train de devenir un signal obscur, inaudible et incohérent!

Il y a encore un autre paradoxe. Depuis des mois, vous alertez l'opinion parce que le cannabis, dites-vous, est devenu un produit à haut risque. Vous proclamez partout que la situation a changé et que de prétendues nouvelles connaissances scientifiques nous imposent de modifier notre vision des choses, et voilà qu'en même temps vous refusez de modifier une loi qui date d'il y a cinquante ans.

Monsieur Ruey, tout à l'heure, disait que le projet était en retard de dix ans et il en tirait la conclusion qu'il fallait revenir à celui d'il y a cinquante ans. C'est totalement paradoxal! Vous voulez agir au nom de valeurs et de principes éthiques, dont vous n'avez d'ailleurs pas le monopole. Mais sachez que ne pas entrer en matière, c'est peut-être bon pour le confort moral, mais c'est surtout très dangereux; dangereux parce que c'est exactement cette attitude qui va permettre à des petits malins, du Val-de-Travers ou d'ailleurs, de faire du fric avec du chanvre trafiqué aussi redoutable à cause des résidus d'engrais chimiques qu'il contient que de son taux de THC très élevé. C'est extrêmement dangereux aussi parce que vous mettez en péril, de manière peut-être [PAGE 1045] irresponsable, quinze ans de politique de prévention, de thérapie, d'aide à la survie, de formation et de recherche, une politique qui a fait ses preuves et à laquelle il s'agissait juste de donner l'indispensable base légale.