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Huguenin Marianne · Nationalrat · 2004-06-14

Huguenin Marianne · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2004-06-14

Wortprotokoll

"A gauche toute!" entre en matière sur le projet de révision de la loi sur les stupéfiants. Ceci ne vous étonne pas et pourtant .... Un des paradoxes de ce débat est que nous venons d'un courant d'idées partisan d'un Etat solide, d'un Etat avec des moyens et des règles de fonctionnement, d'une société porteuse de valeurs communes, et non pas fondée sur un individu dont les seuls besoins seraient la règle.

Très clairement, et nettement, nous sommes en faveur de la révision de la loi, de l'ancrage dans celle-ci de la politique des quatre piliers, de la poursuite de la prescription médicale d'héroïne, et en faveur de la dépénalisation de la consommation e cannabis. Or, nous avons de l'autre côté de cet hémicycle des forces qui ne jurent que par le "moins d'Etat", qui veulent renvoyer le plus souvent possible l'individu à sa propre responsabilité - dans le domaine social en particulier - et qui se présentent ici comme "plus qu'étatiques", dans une vision totalisante de l'individu, à qui la loi devrait prescrire l'abstinence, a-t-on entendu jusque dans les rangs libéraux.

Comme médecin, j'ai travaillé pendant près de vingt ans avec des personnes concernées par les toxicomanies et, comme la grande majorité de mes collègues du terrain qui vous ont écrit, je suis en faveur de la dépénalisation du cannabis. Je sais que des médecins ne partagent pas cet avis. Je vous rends simplement attentifs au fait que les idéologues sans pratique du terrain sont majoritaires parmi ceux-ci.

Il faut dire que le cannabis est une substance psychotrope, une drogue dont on peut devenir dépendant, qui n'est pas à banaliser, en particulier chez les adolescents qui vont mal. Mais il faut dire non moins clairement que la pénalisation de la consommation ne résout rien, ne résoudra rien. Comme vous tous, j'ai reçu de nombreux courriers de parents inquiets. J'ai bien dû leur dire que c'était un leurre de penser que la pénalisation, renforcée ou non, protégerait leur enfant. Leur faire croire le contraire, c'aurait été leur mentir. Le statut légal d'une drogue n'augmente pas son usage, de même d'ailleurs qu'il ne protège pas de la drogue. Par contre, il met de la lumière dessus, si j'ose dire. Il permet de définir et de contrôler clairement ce qu'il y a dedans, et surtout il protège des réseaux mafieux, de tout ce petit monde qui profite de la drogue, et qui se cache jusque dans nos banques, bien protégé par le secret bancaire et par vous donc, à la droite de ce Parlement, qui voulez continuer à poursuivre les petits consommateurs, les jeunes, mais inscrire ce secret dans notre Constitution.

La consommation de cannabis a triplé ces douze dernières années chez les jeunes de 15 à 19 ans. 44 pour cent d'entre eux y ont goûté, 27 pour cent des adultes. Quel est l'Etat qui veut et peut contrôler, mettre des amendes à cette part si importante de la population? Vous êtes les premiers à dire, Messieurs du groupe UDC, que c'est mission impossible, que la police n'en a pas les moyens, ce qui voudrait dire que nous continuerions d'être, si la révision de la loi était repoussée, dans l'arbitraire: on contrôlerait les jeunes, ceux qui auraient l'air marginaux, habiteraient dans certains quartiers, seraient sans formation, au chômage ....

Un mot quand même sur le manque de moyens de l'Etat pour mener la politique des quatre piliers de la lutte contre la toxicomanie: il est aberrant que les tenants de l'abstinence imposée par l'Etat sont ceux qui coupent dans les crédits pour la prévention et pour les structures résidentielles basées sur l'abstinence. Vous ne donnez même pas les crédits à votre police pour faire son travail de démantèlement des réseaux de trafiquants de drogue! Le postulat Zisyadis 03.3040 datant de mars 2003, visant à développer une technique de profilage des drogues, grande aide pour remonter les réseaux mafieux, n'a rencontré que l'indifférence du Conseil fédéral. Face à une telle incurie pour poursuivre les trafiquants, les vrais, ceux en col blanc, qui se mettent des millions dans les poches, la poursuite de la pénalisation de la consommation de cannabis est un signal déplorable donné aux jeunes. Je suis pour une société qui a des règles, des valeurs, des limites, mais celles-ci seront inopérantes s'il n'y a pas en parallèle le respect des jeunes et des moins jeunes, de leur mode de vie, de leur culture. La polarisation sur le cannabis empêche d'entendre ce que les jeunes ont à dire: 65 pour cent d'entre eux l'utilisent comme remède contre le stress de la vie quotidienne! Quelle est cette société dans laquelle le stress est si grand, la concurrence si grande que nos jeunes ont besoin de se "péter la tête"?

Nous entrons en matière sur la révision de la loi sur les stupéfiants, pour pouvoir enfin commencer à parler d'autre chose, à répondre à la question que je viens de poser.

Nous aimerions pouvoir parler de la difficulté de vivre de la jeunesse et de la manière d'y faire face, parler de formation, d'école, d'insertion professionnelle, de loisirs, de la politique de la famille, parler de la société dans laquelle on vit, de ses valeurs, de son sens. C'est là qu'est le problème, et non pas dans le cannabis!