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Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · 2004-09-29

Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · Genf · Christlichdemokratische Fraktion · 2004-09-29

Wortprotokoll

Je signale tout d'abord, conformément à l'usage, que je suis membre du comité de Suisse Tourisme et j'interviens ici au nom du groupe démocrate-chrétien qui soutient résolument la minorité III (Gysin Hans Rudolf), c'est-à-dire la variante à 230 millions de francs.

La promotion de la destination Suisse, cette tâche de marketing, est clairement une tâche d'Etat; elle repose sur une loi, votée par ce même Parlement. Ce dont nous parlons aujourd'hui, ce n'est pas d'une subvention, mais du financement d'une tâche publique. Cette tâche est assumée par Suisse Tourisme avec efficacité, ce qui a d'ailleurs été relevé par le président de la Confédération qui s'est référé au rapport du Contrôle fédéral des finances - qui n'est généralement pas très tendre, donc ça mérite d'être souligné: "Le travail de Suisse Tourisme est considéré par la plupart des personnes comme impressionnant, perspicace, professionnel et systématique s'agissant de la concrétisation." On ne saurait mieux dire.

Cette tâche d'Etat est assumée par Suisse Tourisme non seulement de manière efficace, comme cela vient d'être dit, mais également pour une partie importante, puisque c'est 40 pour cent de son budget, avec des recettes qui lui sont propres, donc sans intervention des deniers publics. On a le sentiment, quand on constate cela, que la majorité de la commission souhaite en quelque sorte - et c'est un paradoxe - punir Suisse Tourisme, parce que Suisse Tourisme fait trop bien son travail.

Le tourisme vit une très profonde restructuration et c'est une restructuration que tous les pays connaissent. Or, qu'est-ce qu'on voit sur un plan international? 176 pays du monde financent la promotion de leur propre destination touristique. Face aux restructurations que vit aujourd'hui la branche touristique dans le monde entier, on constate que dans tous les parlements, il y a en quelque sorte une union sacrée, tous partis confondus, pour financer les atouts de son propre pays. Il n'y a vraiment qu'en Suisse où l'on trouve des partis qui font une sorte d'union malheureuse pour renoncer à valoriser nos propres atouts. Je trouve personnellement que cela est assez choquant.

230 millions de francs sur cinq ans, c'est en réalité le niveau actuel, et je remercie Monsieur le président de la Confédération de l'avoir souligné. Parce que 230 millions de francs sur cinq ans, compte tenu de l'abandon d'un certain nombre de prestations qui étaient jusqu'ici assumées par Swissair, et compte tenu de l'inflation qui doit être estimée sur la durée considérée, c'est en réalité le niveau actuel. C'est même moins que le niveau actuel si on prend en considération un fait supplémentaire: vous vous souviendrez que l'Office fédéral de la statistique a renoncé à établir la statistique des nuitées hôtelières, qui est un instrument fondamental pour mener une politique de marketing digne de ce nom. C'est Suisse Tourisme qui a dû reprendre en charge cette activité-là. Cela coûte 1 million de francs par année.

Que va-t-il se passer si l'engagement de la Confédération est abaissé à 200 millions de francs pour cinq ans? Suisse Tourisme va devoir réduire un certain nombre de prestations tout en maintenant des priorités. Des priorités, c'est notamment la promotion de notre pays - de la destination de notre pays -, en particulier sur des marchés tels que l'Inde, la Chine, la Russie, pour prendre quelques exemples. Cela signifie qu'il faudra faire une compression du personnel en Suisse, qu'il faudra réduire l'effort sur un certain nombre de prestations en Suisse; c'est donc un transfert inévitable sur la promotion assumée par des organisations régionales: Valais Tourisme, Grisons Tourisme, etc. En d'autres termes, c'est un transfert, pour partie, sur le soutien que devront apporter les cantons concernés.

Que va-t-il se passer si on réduit à 120 millions de francs ou, comme le propose Monsieur Amstutz, à 138 millions de francs, soit une réduction sur trois ans seulement? On a entendu à ce propos Monsieur Recordon qui a signalé, avec le talent qui est le sien, l'affection, l'amour qu'il portait à Suisse Tourisme; on a eu de sa part la description parfaite du meurtre par passion: plus je t'aime, plus je t'étrangle! C'est en fait ce qui se passe avec les propositions d'abaisser le crédit à 120 ou à 138 millions de francs. Celles-ci sont d'abord contraires à la loi. La loi nous oblige de faire des planifications quinquennales, sous forme de projets à cinq ans. Ces propositions sont de surcroît un coup fatal pour la promotion, notamment sur les marchés asiatiques. Ceux qui connaissent la mentalité de ces marchés savent très bien qu'on doit travailler sur la durée, que ceux qui sont impatients n'ont aucune chance. Croyez-vous un seul instant que la concurrence va nous faire le cadeau de ne pas mettre en évidence le fait que nous avons réduit la durée de nos budgets, que nous n'avons pas l'ambition sur la durée, notamment sur ce type de marchés? La concurrence ne va pas se gêner.

Je conclus en disant que le tourisme - cela a été dit - est un secteur essentiel pour le maintien des places de travail et pour les PME. Tout le monde parle des places de travail, tout le monde parle des PME. Je vois que le groupe UDC ne manque aucune occasion de parler des PME et en l'occurrence, quand il s'agit des PME du secteur touristique, alors tout d'un coup on change de discours. Je vois qu'une partie de nos collègues socialistes ne manquent aucune occasion de parler des places de travail, mais quand il s'agit des places de travail dans le secteur touristique, alors on change de registre, on change de discours.

Mes chers collègues, il faut se ressaisir, il faut vraiment avoir l'ambition de l'avenir pour la place touristique suisse et il faut voter le crédit à 230 millions de francs, comme le demande la minorité III.