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Dormond Béguelin Marlyse · Nationalrat · 2004-11-29

Dormond Béguelin Marlyse · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2004-11-29

Wortprotokoll

Le budget qui nous est présenté pour l'année 2005 est un budget d'austérité. Si on peut comprendre que, devant la situation des finances fédérales, le gouvernement élabore un budget d'austérité, on ne peut par contre pas cautionner un budget sans priorités politiques. Or, le budget qui fait l'objet de nos débats aujourd'hui ne fixe aucune priorité politique. C'est un simple exercice comptable, sans autre vision pour notre pays que la vision étroite de l'équilibre comptable et qui pénalise les secteurs porteurs de développement.

Ce budget se caractérise par des coupes notables dans des domaines essentiels pour l'avenir de notre pays. Sur le plan mondial, tous les pays occidentaux sont confrontés à des difficultés sur le plan des finances publiques, et pourtant tous les pays développés investissent dans la formation et la recherche - même les plus endettés comme les Etats-Unis, dont les finances sont dans un état catastrophique. Tous les pays ont compris que ce n'est surtout pas là qu'il faut économiser et que ce sont des domaines porteurs d'avenir. Seule la Suisse diminue les moyens qui seraient nécessaires dans ces secteurs, ce qui ne leur permet même pas de faire face à l'augmentation du coût de la vie et surtout à l'augmentation du nombre d'étudiants.

Cette démarche qui vise le très court terme, notre pays, et surtout les jeunes générations, vont le payer très cher. D'ailleurs, cela avait été relevé lors des débats de notre conseil sur le programme d'allègement budgétaire 2003, qui se sont déroulés lors de la session de décembre 2003, il y a donc juste une année. Plusieurs parlementaires, tous partis confondus, avaient souligné à quel point les domaines de la formation et de la recherche devaient être préservés. On ne le répétera jamais assez: ce sont les domaines qui assurent le développement de notre pays; la seule matière première de la Suisse, c'est précisément la matière grise. Ne pas consacrer les moyens nécessaires à son développement et à sa mise en valeur sur la scène internationale, c'est vraiment se tirer une balle dans le pied.

Un des deux arguments principaux répétés, et même martelés jusqu'à l'obsession pour justifier ces coupes, c'est, premièrement, la situation comptable que nous laisserons aux générations futures. Autant le dire, je trouve cet argument un peu court, car quel espoir peut représenter pour les jeunes générations un pays qui laisse des comptes propre en ordre, mais qui, pour atteindre ce but, ne laisse plus de place à des projets porteurs d'enthousiasme et d'avenir? Il y a un côté schizophrène, et surtout, beaucoup d'hypocrisie à défendre dans les discours les secteurs de la formation et de la recherche en soulignant leur importance pour le développement économique de la Suisse, mais ensuite à refuser de donner les moyens financiers nécessaires pour leur bon fonctionnement.

Le deuxième argument est, bien sûr, le frein à l'endettement, qui reste à mes yeux l'outil le plus stupide que des politiques puissent se donner. Ce moyen de gouverner ne peut avoir été conçu que par des esprits technocrates sans responsabilité de gouvernement. Le fait que le peuple l'ait accepté n'est pas étonnant, quand on se rappelle que cette votation populaire a eu lieu deux semaines après que la majorité de ce Parlement, dont je ne faisais pas partie, a voté 2 milliards de francs pour le sauvetage d'une entreprise privée telle que Swissair. Beaucoup de citoyens ont cru à tort qu'avec cet outil, ils pourraient se prononcer à l'avenir sur de tels cadeaux. De plus, dans la campagne, votre prédécesseur, Monsieur le conseiller fédéral, avait déclaré que cette mesure serait appliquée avec discernement, en fonction de la situation économique et sociale de notre pays. On voit aujourd'hui qu'il n'en est rien!

L'équilibre des finances fédérales, si c'est un but que nous devrons atteindre, n'est pas un projet politique. Il est d'ailleurs frappant, lorsqu'on parle avec des jeunes, de constater que leur souci n'est pas la hauteur de la dette publique, mais bien plus de pouvoir suivre une formation et trouver ensuite une place de travail. Je n'ai encore jamais rencontré un jeune qui me dise que l'état des finances fédérales l'empêchait de dormir, mais l'angoisse de ne pas savoir comment trouver une place d'apprentissage ou comment financer les études qu'il désire poursuivre peut tourner au cauchemar. On peut y ajouter le souci de trouver une place de travail au sortir de la formation. Les chiffres le démontrent: le chômage des jeunes est en augmentation. Ce sont surtout ces situations-là qui devraient guider la politique du gouvernement fédéral et l'inspirer pour fixer enfin des priorités politiques.

Les autres domaines touchés par les économies sont les transports et bien sûr la sécurité sociale. Je ne prendrai qu'un seul exemple: celui des subsides pour l'assurance-maladie.

Le Conseil fédéral a intégré dans le budget 2005 une diminution de 101 millions de francs qui est une application anticipée du programme d'allègement budgétaire 2004, alors que les études qui ont été menées à sa demande depuis l'entrée en vigueur de la LAMal démontrent que le but social promis dans cette loi n'a pas été respecté.

En conclusion, tel qu'il est issu des travaux de la Commission des finances, ce budget augure mal de l'avenir de la Suisse en matière de formation, de recherche, de transports et de prise en charge des domaines sociaux qui sont des domaines fondamentaux pour l'avenir et la cohésion de [PAGE 1793] notre pays. Il est clair que si aucune des propositions de minorité faites par les membres de gauche de la Commission des finances n'était acceptée, je refuserais sans état d'âme ce budget, comme le ferait une partie de mon groupe.