Bugnon André · Nationalrat · 2004-12-16
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2004-12-16
Wortprotokoll
En préambule, je tiens à vous informer que je parle au nom de la majorité du groupe UDC. Il y a une minorité chez nous qui n'est pas d'accord avec le refus d'une certaine partie du programme d'armement 2004.
On ne peut plus nier que le projet du Conseil fédéral est le reflet d'un certain malaise. On peut le démontrer de la façon suivante. Le Conseil fédéral, jusqu'au début des années 2000, proposait un programme d'armement de l'ordre de 1 à 1,2 milliard de francs en disant que c'était insuffisant et qu'avec ce montant, il ne pouvait pas rénover le matériel de l'armée ou acquérir du matériel moderne. Le Conseil fédéral propose maintenant un programme de l'ordre de 600 millions de francs - donc environ 50 pour cent de moins qu'autrefois - et a peu près 50 pour cent de ce montant est encore contesté.
Il est contesté par la Commission des finances qui propose de ne pas acheter les avions, ni les chars de déminage et de génie. Il est contesté par les groupes politiques, on l'entend maintenant. Il est contesté parce qu'on trouve que les choses ont changé de telle façon qu'on ne peut plus permettre l'acquisition de matériel dont on n'est pas sûr qu'il soit véritablement nécessaire. Il est contesté même par des gens de l'armée: j'ai sous les yeux un éditorial du président de la Société vaudoise des officiers qui pose des questions en écrivant: "Et si le mal de cette contestation était plus grave que prévu? Et si finalement, le vrai problème résidait dans la difficulté de ce pays à définir une stratégie politique au milieu d'une Europe en pleine mutation? Notre pays ne serait-il pas comme paralysé face aux choix politiques à venir, rendant ainsi toute réflexion sur une stratégie sécuritaire aussi aléatoire qu'un billet de Tribolo?"
Il y a une certaine contestation dans l'air: lors d'une visite de la troupe qu'on a faite, des soldats, des sous-officiers, des officiers nous ont dit leur étonnement par rapport à l'évolution de la mission de l'armée, remettant même en question l'"Armée XXI". Enfin, tous ces éléments qui sont dans l'air font que ce n'est pas par hasard que nos chambres contestent aussi ce programme d'armement ou se posent des questions à son propos.
Je crois qu'il y a des missions à redéfinir: nous avions proposé à l'époque la création d'un département de la sécurité. [PAGE 2147] Le Conseil fédéral a jusqu'à maintenant refusé d'entrer en matière. Un département de la sécurité serait nécessaire pour maîtriser et analyser de manière générale la sécurité dans notre pays et pour coordonner l'activité des corps chargés de l'assurer: la police, le renseignement, l'armée. Il est important d'avoir une vision globale à notre époque, avec l'évolution de la société depuis la chute du mur de Berlin et l'évolution des risques; je pense notamment à la possible évolution négative dans le domaine du terrorisme. Je crois qu'il faut véritablement continuer cette réflexion et arriver à un schéma qui permette de prouver au peuple suisse et aux parlementaires suisses que nous maîtrisons les risques actuels et que nous avons une armée, une police, des services de renseignement qui permettent d'y répondre.
Ce ne sont pas les chars du génie et de déminage qui vont apporter la réponse: on peut acquérir du matériel nettement meilleur marché que ces 12 chars transformés à partir de carcasses de Léopard dont on n'a plus besoin. On les a vus en démonstration à Dübendorf. Pour déplacer des troncs d'arbres, pour boucher des trous, on peut acquérir du matériel nettement meilleur marché que ces chars transformés. Peut-être ces chars sont-ils nécessaires aux troupes blindées, mais le coût de la transformation et le peu d'utilisation qu'on pourra en avoir pratiquement sur le terrain, à part pour l'exercice, font que ce montant supérieur à 100 millions de francs représente vraiment une dépense inutile aux yeux d'une grande majorité de notre groupe. Donc, en attendant une réflexion encore plus approfondie de la part du Conseil fédéral sur les éléments qu'il nous faut véritablement pour assurer les missions de base de l'armée, nous contestons le coût de la transformation de ces chars, que nous jugeons vraiment trop élevé.
L'acquisition des avions de transport est évidemment une autre question. On en a déjà débattu ici. Pour nous, elle n'a rien à voir avec le fait d'assurer la sécurité sur le plan suisse. Je sais qu'il y a des visions différentes qui s'opposent par rapport à l'utilisation de ces avions et par rapport à la notion de sécurité. Certains nous disent: "Si l'armée suisse intervient à l'étranger pour participer à des missions de maintien de la paix, elle assure notre sécurité." C'est une théorie que je peux très bien comprendre. Nous disons: "Non, ce n'est pas la bonne vision des choses." Au contraire, on aggrave le risque: plus on interviendra à l'étranger dans des opérations de maintien de la paix, plus la neutralité de la Suisse sera mal perçue à l'étranger, puisqu'on prend forcément parti pendant ou après un conflit à l'étranger. On prend parti et on risque en définitive de nous le reprocher, en disant: "La Suisse ne maintient plus son principe de neutralité. Elle intervient à l'étranger, donc il n'y a pas de raison qu'on la ménage en retour." A ce niveau-là, je pense à l'aggravation du risque terroriste.
On ne va quand même pas acheter ces deux avions de transport pour les laisser au repos. Quand ils seront là, il faudra évidemment encore augmenter les interventions de l'armée à l'étranger, en disant: "Maintenant, on a des avions: on les a achetés pour augmenter le nombre de nos interventions." Le Conseil fédéral va nous proposer en permanence d'augmenter le nombre d'interventions de l'armée à l'étranger et - vous le savez - nous ne sommes pas d'accord, en raison des risques que j'ai évoqués tout à l'heure, en raison du principe de neutralité que nous défendons totalement.
Au nom d'une forte majorité du groupe UDC, je vous recommande de soutenir les propositions des minorités III et IV et de refuser l'acquisition des chars du génie et de déminage et des deux avions de transport.