Ory Gisèle · Ständerat · 2004-12-02
Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2004-12-02
Wortprotokoll
La question de l'année de formation pratique pour les gymnasiens qui veulent entrer dans une HES a suscité beaucoup de débats en commission aussi. [PAGE 761] Cela se comprend, car cela touche un point fondamental de la réflexion que nous avons voulu mener en matière d'enseignement professionnel. Lorsque la réflexion sur la création des HES a commencé, il était clair que l'un des objectifs prioritaires était de revaloriser les filières pratiques et de permettre aux jeunes sortant des écoles professionnelles d'acquérir un très bon niveau de qualification professionnelle. La filière normale des HES, c'est la maturité professionnelle. Les programmes des HES correspondent à cette manière de voir et ne sont pas adaptés à des connaissances gymnasiales. Les gymnasiens peuvent entrer dans les HES, mais cela doit rester minoritaire, voire exceptionnel.
Si l'on accepte les maturités gymnasiales sans demander de formation complémentaire pratique, on aura plusieurs conséquences défavorables.
Premièrement, le manque de connaissances pratiques des gymnasiens risque de faire baisser le niveau des HES en ce qui concerne le travail pratique. En effet, au niveau HES, les jeunes professionnels ont déjà une excellente connaissance de leur métier; ils n'en sont plus à apprendre à tenir un tournevis. Les gymnasiens ne peuvent pas rattraper leur retard aussi facilement. Il y aurait donc dans les classes des gens qui ne pourraient pas suivre tous les cours.
Deuxièmement, l'arrivée massive des gymnasiens tend déjà aujourd'hui à élever le niveau théorique des HES et à en écarter les jeunes qui sont moins doués théoriquement mais qui ont de bonnes aptitudes pratiques. Cette évolution rendrait l'accès aux HES plus difficile pour les apprentis de notre pays. Or justement, nous avons voulu valoriser le savoir pratique à travers les HES. En n'exigeant pas des gymnasiens qu'ils soient à la hauteur en pratique à leur entrée dans les HES, on nierait la qualité et la valeur des connaissances acquises au niveau de la formation professionnelle. Ce serait exactement le contraire de ce qu'on voulait.
Troisièmement, on créerait une confusion entre les filières et on ne distinguerait plus clairement en quoi les HES sont différentes des universités. Elles pourraient même devenir des universités de seconde zone, dans lesquelles se trouveraient les gymnasiens qui ne veulent pas aller à l'université. On affaiblirait ainsi clairement l'image des HES. Le risque de voir arriver des gymnasiens en grande quantité dans ces filières est très élevé. C'est déjà le cas actuellement. Certaines HES ont jusqu'à 30 pour cent de gymnasiens dans les classes. D'autres pays européens en ont aussi fait l'expérience - l'Allemagne en est un exemple.
Quatrièmement, les étudiants ne seraient plus sur un pied d'égalité. En effet, les jeunes qui ont obtenu une maturité professionnelle ne peuvent être admis dans les universités qu'après avoir fait une année passerelle et avoir subi un examen. Il est donc normal que les gymnasiens qui veulent entrer dans une HES doivent aussi faire une année passerelle pour acquérir une formation pratique et avoir un niveau suffisant pour entrer. L'osmose doit aller dans les deux sens, elle ne doit pas être à sens unique.
La version proposée par le Conseil national est donc cohérente avec la réflexion qui a été menée jusqu'à maintenant dans le domaine de la formation professionnelle.
La possibilité de faire cette année pratique en cours d'études a aussi été beaucoup discutée. Les milieux de la formation professionnelle, et en particulier ceux de mon canton, y sont catégoriquement opposés. L'argument le plus souvent avancé a été qu'il était difficile de trouver des places de stage, en particulier pour des gymnasiens qui n'ont pas le savoir-faire pratique. En réalité, les offices cantonaux de la formation professionnelle disposent d'un vaste réseau d'entreprises avec des formatrices et des formateurs qualifiés. En outre, le niveau secondaire II est prêt à organiser, contrôler et valider cette année de formation. Les écoles professionnelles sont parfaitement capables d'offrir la base de formation professionnelle nécessaire pour que les gymnasiens puissent faire leur année passerelle avant d'entrer dans une HES. Elles disposent aussi de formations professionnelles accélérées.
Pour être cohérent avec le système éducatif actuel, il faut que ce soit le degré inférieur qui prépare les élèves à entrer dans le degré supérieur. Ce sont donc les écoles professionnelles qui doivent préparer les porteurs de maturité gymnasiale à entrer dans les HES. C'est ce qu'on a fait dans l'autre sens, puisque ce sont les gymnases qui ont reçu la mission d'organiser les passerelles et les compléments et examens permettant aux porteurs de maturité professionnelle d'accéder aux universités et aux EPF. La majorité des cantons romands sont déjà organisés de cette manière. Une année de stage en cours d'études poserait d'ailleurs bien d'autres problèmes d'organisation; en particulier, il faudrait déterminer qui la valide et la contrôle. En outre, ce serait une interruption dans le cours des études. Enfin, il se pourrait aussi que cela ne soit pas tout à fait conforme à l'esprit de Bologne, puisque cela ajouterait une quatrième année d'études avec le "bachelor".
La Conférence suisse des offices de formation professionnelle soutient le point de vue du Conseil national, et l'Union suisse des arts et métiers, organisation faîtière des petites et moyennes entreprises, aussi. Le Conseil national a été très clair puisqu'il a voté cette disposition par 155 voix contre 18.
Je vous propose donc de vous rallier à la décision du Conseil national.