Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-06-21
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-06-21
Wortprotokoll
La question est simple, c'est se presser pour quoi, pour qui et pour où? Le 12 mars dernier, près de 80 pour cent des citoyens suisses qui se sont prononcés ont rejeté l'initiative populaire fédérale visant à réduire de moitié le trafic routier motorisé en dix ans. Lors des débats qui avaient précédé ce scrutin, des intervenants et de simples citoyens avaient laissé apparaître une forte colère. Bientôt, les Suisses devront trancher à propos d'une autre initiative qui est celle dont nous débattons aujourd'hui et qui veut réduire à 30 km/h la vitesse générale autorisée à l'intérieur des localités. Cette proposition sera, elle l'est déjà, certainement taxée d'excessive et balayée. Ce sera logique puisque ces deux textes ont un point commun, ils posent tous deux la question de notre mobilité et des effets que celle-ci induit, des thèmes qui devraient au moins susciter quelques réflexions et ne pas aboutir à la seule réaction de rejet complet.
Car enfin, pourquoi tenons-nous tellement à nous déplacer si vite et si souvent dans des véhicules individuels? Il y a évidemment ponctuellement des raisons à la vitesse. Il est certain qu'il y a des lieux inaccessibles avec des transports en commun ou, cela revient au même, très mal desservis. Mais ces situations n'expliquent pas les files systématiques de voitures dans les zones urbaines, ni ne justifient de maintenir certains niveaux de vitesse. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les initiatives qui s'en prennent à nos moyens ou à notre manière de nous déplacer provoquent, comme je l'ai déjà dit, des réactions très agressives. Nombre de gens se sentent manifestement attaqués dans leur essence, ceci sans jeu de mots, comme s'ils s'identifiaient à leur moyen de locomotion, comme si la seule idée de ralentir les angoissait, comme si prendre du temps les mettait profondément mal à l'aise.
Il est vrai que notre mode de vie est rapide, exige de la rapidité, vilipende presque les activités lentes. Or, le débat, la réflexion, la recherche d'accords et de compromis prennent du temps, beaucoup de temps, par exemple la démocratie est fort lente, et lorsqu'elle veut se mettre au diapason du privé, elle n'en sort souvent ni grandie ni plus efficace.
Pour revenir à notre sujet, à quoi sert-il d'aller plus vite et pour aller où? Au bout du compte, ces réactions intempestives contre un ralentissement de notre mobilité ne sont-elles pas simplement le reflet de notre difficulté à oser s'arrêter et attendre?
On sait que la mise en oeuvre de la réduction de la vitesse dans les localités réduirait la pollution; on sait que cela diminuerait le nombre d'accidents graves, voire mortels; et on sait que les enfants en particulier bénéficieraient de cette diminution et qu'il en ressortirait une sécurité accrue. Que perdrait-on en échange? Quelques minutes. Notons en passant qu'il y a des villes, notamment au Danemark, où la majorité des rues a été fermée à la circulation privée, à l'exception évidemment des livraisons, des handicapés, des véhicules utilitaires. Il en a découlé une bien plus grande convivialité, ce qui est souvent le cas lorsque les gens se croisent en ayant le temps de se voir. Notre société va de plus en plus vite, mais on se demande souvent pour quoi, pour qui et pour où.