Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2005-03-09
Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2005-03-09
Wortprotokoll
Il y a évidemment des exigences de justice et de solidarité, de sécurité, et finalement aussi des exigences répondant à la défense de nos intérêts économiques qui font que la coopération au développement et l'aide financière aux pays du tiers monde sont une chose importante.
A cet égard, évidemment, les conceptions évoluent au fil de la pratique. On s'est aperçu que de dire simplement qu'il y a des pays du tiers monde et des pays développés, c'était simplifier le tableau. Il y a des pays du tiers monde qui sont vraiment pauvres; des pays qui, pauvres, font tout ce qu'il faut pour se développer; et des pays qui, hier encore, étaient sous-développés ou en développement et qui sont aujourd'hui de véritables partenaires.
Cette évolution des choses a amené, je pense aussi, les institutions multinationales actives dans le domaine du développement comme le FMI ou la Banque mondiale à revoir leurs positions et leurs conceptions. Il y a eu indiscutablement des conceptions trop rigides qui, parfois, dans le cadre d'une mondialisation trop doctrinaire, ont mis des pays en développement ou des pays sous-développés au pied du mur. Par conséquent, il y a nécessité d'une approche plus pragmatique, plus diversifiée. C'est à quoi, nous l'avons compris, la Suisse s'emploie dans les enceintes où elle est et où il s'agit de développement.
Il ne s'agit pas pour autant de faire en quelque sorte de la contestation antimondialisation et de dire par exemple que l'on devrait annuler dans tous les cas la dette des pays du tiers monde et ne pas leur imposer des plans d'investissements ou d'assainissement financier. Il faut certainement que les pressions internationales soient exigeantes, mais qu'elles soient en même temps diversifiées et pragmatiques. Il me semble que la Suisse a là une position et une approche particulières qui nous ont été expliquées en commission et qu'il faut très certainement saluer. Par exemple, il y a certains pays pour lesquels il faudra véritablement échelonner la dette ou le remboursement de la dette; d'autres pour lesquels il faudra peut-être même l'annuler en imaginant qu'en remettant les compteurs à zéro, ces pays repartiront d'un bon pied; d'autres sur lesquels au contraire il faut maintenir la pression.
En effet, je disais, et le groupe radical-libéral le pense, qu'il ne faut pas perdre de vue que l'avenir est fait de l'imbrication [PAGE 224] de ces pays du tiers-monde dans la logique et la cohérence commerciales, libre-échangistes. En fait, il ne s'agit pas de perpétuer l'idée de deux mondes séparés, mais autant que possible de trouver les moyens d'imbriquer ces pays dans une libéralisation, dans une mondialisation libérale, et de les aider à trouver leur place dans ce monde.
Dans le journal "Le Temps" d'aujourd'hui, je lis une interview de Monsieur Fust, directeur de la Direction du développement et de la coopération, qui dit: "La meilleure aide au développement est celle qui produit les meilleurs résultats." Et il se plaint, à juste titre très certainement, du fait qu'il y a une sorte de fouillis, Monsieur le conseiller fédéral, si l'on regarde toutes les organisations internationales qui s'occupent du tiers-monde. Il faudrait assurément qu'il y ait plus de coordination, plus de simplification, qu'il y ait aussi une certaine clarté dans les décisions et quant aux stratégies à mettre en oeuvre. Et là, je partage ce que dit Monsieur Fust qui, j'imagine, dit la même chose aux conseillers fédéraux qui sont ses ministres de tutelle. Vous n'êtes donc certainement pas étonné par ce genre de propos. Là aussi, la Suisse a son rôle à jouer, et nous pensons qu'elle l'a pour qu'il y ait davantage de coordination à cet égard.
C'est donc dans cet esprit que le groupe radical-libéral vous engage à prendre acte de ce rapport, et plus particulièrement du chapitre en rapport avec ce dont j'ai parlé, et naturellement aussi à ratifier les accords commerciaux qui y sont annexés.
Les débats deviennent idéologiques quand on parle de ce volet du tiers-monde, dans le contexte de la mondialisation, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas. Mais, je le répète, pour le groupe radical-libéral, il y a une cohérence. Toute l'histoire montre finalement que le développement passe par la liberté des échanges et par des échanges, précisément, entre partenaires économiques, commerciaux et financiers qui jouent le jeu du libéralisme économique. Et faire une contestation globale de cette cohérence et - je dirai - de cette nécessité, ce n'est certainement pas, même avec les meilleures intentions, aller dans le sens d'une solidarité bien comprise pour l'avenir. En revanche, et je le répète une nouvelle fois, il ne peut pas y avoir, dans une approche libérale et de mondialisation, de doctrine ou, disons, un côté trop doctrinaire. Il faut y mettre du pragmatisme, une connaissance du terrain, et il faut doser entre l'exigence, la pression, d'une part, la compréhension, l'empathie et l'aide, d'autre part, afin que cet amalgame, cette imbrication de partenaires économiques puisse se faire. C'est dans cet esprit que le groupe radical-libéral a abordé ce rapport.
Alors, pour notre part et compte tenu aussi des explications complémentaires du Conseil fédéral, nous considérons que ce rapport est intéressant - naturellement on peut toujours améliorer la forme -, qu'il pose bien les problèmes. Nous pouvons donc en prendre acte dans un esprit d'approbation de la politique du Conseil fédéral, tout en incitant ce dernier, encore une fois, à prendre toute sa part pour amener les corrections qui sont nécessaires, notamment pour qu'il y ait plus de clarté et d'efficacité dans les organisations internationales qui s'occupent de coopération au développement.
Dans le même esprit, nous rejetons la proposition de la minorité Gysin Remo. Le groupe radical-libéral vous invite donc à suivre la majorité de la commission.