Amgwerd Madeleine · Ständerat · 2005-03-01
Amgwerd Madeleine · Ständerat · Jura · Christlichdemokratische Fraktion · 2005-03-01
Wortprotokoll
Je suis favorable à l'entrée en matière, mais pour les mêmes raisons que mon collègue Pierre-Alain Gentil: il s'agit d'une décision de principe.
J'interviens ici déjà au sujet de la proposition de la minorité de la commission, à savoir le crédit d'engagement de 990 millions de francs - arrêté 2 -, que je soutiendrai, notamment pour les raisons suivantes.
1. C'est le projet qui trouve l'assentiment et le soutien de 18 cantons - 19 selon certains -, donc d'une majorité. En tant que représentant des cantons, le Conseil des Etats doit être sensible à cette volonté conjointe de 18 cantons, et en tenir compte.
Je rappelle nos dernières expériences dans ce domaine: la votation du 16 mai 2004 nous a montré que nous n'avions pas été assez attentifs à l'opinion des cantons, et les urnes leur ont donné raison. L'or de la BNS est le deuxième exemple, qui est cette fois-ci en notre faveur. Les cantons ont été entendus, et nous leur avons donné raison. Cela ne veut pas dire pour autant que nous devons, en tout point et sur chaque objet, n'être que le reflet de leur volonté. Mais lorsque 18 cantons expriment une volonté commune, on ne peut pas ne pas en tenir compte.
2. La volonté populaire s'est aussi exprimée clairement à ce sujet en 1998 déjà. C'est notre rôle et notre devoir de la respecter. Sur d'autres objets, nous aimons bien nous réfugier derrière cette volonté populaire, ou nous appuyer sur elle. Ici, sous prétexte de restrictions budgétaires, nous y contreviendrions sans autre forme de procès?
3. Ces raccordements aux différents réseaux de trains à grande vitesse sont des atouts pour notre pays, son tourisme, l'économie et les échanges, la mobilité de nos concitoyennes et concitoyens. Un petit exemple: j'ai fait la semaine dernière l'expérience d'un voyage à Paris avec une délégation de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture, pour un séminaire de l'OCDE à propos de l'étude PISA. Le TGV, parti de Zurich, est passé par Berne; je suis montée à Neuchâtel, le train était plein et nous étions en pleine semaine. Seulement, le TGV ne prend sa vitesse de croisière qu'après la frontière, car sur nos rails suisses, sa vitesse est celle des trains habituels, et encore! Etre reliés au réseau européen de trains à haute performance, c'est pouvoir bénéficier sur le territoire suisse déjà de leurs [PAGE 26] avantages et pouvoir en profiter, même si on ne va pas à l'étranger.
On sent dans cette discussion une lutte non dite, ou exprimée à mots couverts, entre ceux qui sont servis, ceux qui voudraient l'être encore plus, ceux qui pensent qu'ils n'ont rien et n'auraient rien à gagner, et ceux enfin qui espèrent voir leur situation s'améliorer. Si l'on adopte cette position égoïste et partisane, où chacun se bat pour son coin de terre et de rail, personne ne sortira grandi de cette affaire. Il y aura ceux qui auront l'impression de ne rien avoir gagné et donc tout perdu, et ceux qui penseront avoir gagné. Avec ce scénario, nous sommes tous perdants à terme.
Adopter une position "win-win", selon l'expression anglaise admise, c'est ce que font les 18 cantons. Je ne saurais admettre que l'on joue la Suisse romande et son raccordement vers l'Ouest contre la Suisse orientale et son raccordement à l'Est, ou contre la Suisse centrale. A terme, toute la Suisse sera gagnante: elle sera raccordée aux grands axes ferroviaires, elle sera facilement accessible pour les touristes et il sera plus aisé pour les Suisses de voyager en Europe. C'est aussi offrir une alternative très concurrentielle au trafic aérien saturé et au trafic routier vers les capitales européennes.
J'ajouterai quelques mots d'explication et d'information sur la situation jurassienne et les raisons du projet Bienne-Belfort, que certains jugent inutile.
1. Ce projet est estimé à 40 millions de francs, à savoir le 3 pour cent de la totalité du crédit.
2. Vous l'ignorez peut-être, ce cas de raccordement est double: en effet, le TGV Rhin-Rhône, dont les travaux préparatoires sont très avancés en France - les travaux commenceront en 2006 et la ligne devrait être en service en 2011 -, est partie prenante dans la réouverture de la liaison Delle-Belfort. En effet, la gare TGV Rhin-Rhône de Meroux, tout près de Belfort, est la plus proche du territoire suisse et sera à l'intersection de la ligne Bienne-Belfort. Avec une vitesse commerciale de 320 kilomètres à l'heure pour le TGV, Meroux est à 2 heures et 20 minutes de Paris, 2 heures de Lyon, 4 heures de Marseille, 6 heures de Barcelone, 5 ou 6 heures de Londres. Pour de nombreuses localités suisses, passer par Meroux sera la voie la plus rapide. Il y aura des gains de temps importants pour se rendre non seulement à Paris, mais également dans le Sud de la France. Enfin, sur les 100 kilomètres de la ligne Bienne-Belfort, 93 kilomètres sont déjà en exploitation. Il s'agit donc de remettre en service 7 kilomètres. Voilà brièvement résumée la situation du tronçon qui passe dans le Jura.
Pour terminer, et de manière globale, il faut tout de même rappeler que sur les 31 milliards de francs du fonds pour les grands projets ferroviaires votés en novembre 1998, ces raccordements ne représentent - avec 1,3 milliard de francs, mais la minorité propose 990 millions de francs - que le 3 pour cent du total. Les autres 97 pour cent servent pour les NLFA et "Rail 2000". Il est important de rappeler cette proportion et d'en tenir compte dans nos décisions.
Je soutiendrai la proposition de la minorité, notamment pour les raisons évoquées, étant aussi admis qu'un certain étalement dans le temps interviendra de toute façon dans la réalisation, au vu du stade de préparation des projets et des possibilités financières. Si on accepte la proposition du Conseil fédéral, on n'a pas la garantie qu'une deuxième étape soit réalisée un jour, si l'on s'en réfère à la mauvaise expérience faite avec "Rail 2000", première et deuxième étape. C'est pourquoi je pense qu'il est juste aujourd'hui de voter le montant de 990 millions de francs; c'est le seul moyen de garantir la réalisation de tous les projets.