Couchepin Pascal · Bundesrat · 2000-06-06
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2000-06-06
Wortprotokoll
J'ai dit, dans une intervention précédente, qu'à mon sens il y a un problème qui reviendra souvent en matière de politique économique dans les semaines et les mois à venir, c'est le problème de la politique régionale, et le sérieux avec lequel nous nous sommes efforcés de répondre à l'interpellation Maissen en témoigne.
Hier, le Conseil fédéral a décidé de mettre en consultation la prolongation de l'arrêté Bonny, ce qui suscite aussi quelques critiques de la part des vestales de l'"Ordnungspolitik", cela est d'ailleurs dans l'ordre des choses -, mais il est nécessaire pour marquer, aussi dans le sens de ce que vient de dire M. Lombardi, un signal clair d'appui aux régions périphériques. En effet, la politique régionale est l'expression d'une volonté politique, peut-être davantage encore que l'expression d'une volonté économique, de maintenir un équilibre entre les différentes régions du pays.
Je serai très bref, parce qu'il est dangereux de faire un débat plus ou moins improvisé sur un sujet aussi grave que celui-là, qui nécessite de prendre en compte une multitude de paramètres, sans avoir aussi un certain nombre de données de base, parce que dans ce pays toute une série de choses sont dites qui, a priori, à mon avis - on est en train de vérifier si elles correspondent à la réalité -, sont fausses, notamment, par exemple, le fait de prétendre que la libéralisation des télécommunications dessert les régions périphériques. On est en train d'étudier cette question. Je ne prétends pas que ce que je vais dire à l'instant est la vérité des vérités, mais j'ai l'impression que la libéralisation des télécommunications, par exemple, est tout à fait bénéfique aux régions périphériques. Ce qui a été dommageable, entre guillemets, aux emplois dans les régions périphériques, c'est l'évolution technique. Autrefois, il y avait partout des monteurs en télécommunications qui raccordaient une multitude de fils, alors qu'aujourd'hui, avec les nouvelles techniques dans le domaine des télécommunications, avec la fibre optique en particulier, il y a toute une série d'emplois qui ont disparu, et c'est le progrès technique qui a fait disparaître ces emplois. La libéralisation, au contraire, dans ce domaine-là - j'en ai la conviction, mais il faut vérifier dans les faits si c'est la réalité -, fait profiter les régions périphériques plus que les autres. Si, dans le passé, vous étiez, par exemple, dans une région périphérique et que vous vouliez téléphoner - il n'y avait pas de tarifs indépendants de la distance, il y avait des tarifs dépendants de la distance - à l'extérieur du centre industriel, le triangle d'or, vous deviez payer plus cher que vos concurrents qui se trouvaient dans le triangle d'or et qui atteignaient leurs partenaires commerciaux les plus naturels immédiatement. Pour le tourisme, c'est aussi et de toute évidence un grand progrès que la libéralisation qui a fait baisser les prix pour les régions périphériques. Ce qui est vrai, par contre, c'est que les espoirs que l'on avait mis dans la télématique, le travail à distance, ne se réalisent pas comme on l'espère, parce que du point de vue de la psychologie humaine, à la fin, les gens ne sont pas d'accord de travailler seuls face à un ordinateur, ils aiment aussi se rencontrer.
Ce qu'il faut absolument éviter - c'est peut-être le message essentiel aujourd'hui -, ce sont deux choses: tout d'abord, de voir seulement ce qui va bien chez les autres, sans voir ce qui va mieux chez soi. Si on veut que ce pays prospère, il faut se réjouir du développement économique d'une région comme Zurich ou de ces "clusters", comme on appelle cela aujourd'hui, qui produisent la richesse et permettent à l'ensemble du pays de se porter mieux. Chaque fois qu'un partenaire dans le pays se porte mieux, il faut s'en réjouir et il ne faut pas commencer à dire: "Il est en train de faire un progrès, moi je ne fais pas un progrès tout à fait équivalent, donc il y a une injustice, donc il faut que je combatte cette possibilité de progrès chez celui qui va mieux que moi.
Toute la Suisse va mieux. Certaines régions vont bien mieux, d'autres mieux. Il faut aborder ce problème avec une attitude positive, sinon on va tous réussir à se tirer en bas. A la fin, on aura réussi à rétablir l'égalité par le bas, ce qui n'est la volonté de personne et surtout pas celle des régions périphériques, parce que la volonté de l'égalisation par le bas additionnera aux difficultés économiques de ces régions les désavantages géographiques qu'elles ont déjà. C'est la première chose à faire et à dire.
La deuxième chose, c'est que je suis convaincu qu'une certaine politique volontariste est nécessaire. Il faut une politique volontariste. Mais il faut dire et redire - je peux le dire, moi qui suis issu d'une région périphérique - que les régions périphériques ne doivent pas se transformer en régions qui prétendent, chaque fois qu'il y a un problème, que c'est le centre qui doit venir à leur secours; ou que chaque fois qu'il y a un problème, on doit leur donner, comme à des citoyens de seconde zone - j'en serais -, de l'argent en disant: "Taisez-vous, votez bien, voici un peu d'argent qui vient du centre et le problème est résolu." Il faut veiller à ça.
Vous avez parlé, Monsieur Maissen, de "libanisation". Je ne peux pas reprendre ce terme. Dans la bouche d'un membre du Gouvernement, ça risquerait de provoquer des protestations de la part du pays concerné. Mais je serais tenté de vous dire que s'il faut éviter le risque de la libanisation, il faut aussi éviter le risque de la transformation de ces régions périphériques en régions qui souffrent du syndrome du Midi, qui depuis des générations disent: "Nous sommes désavantagés, nous exigeons davantage, toujours davantage du centre, et si possible de l'argent." Et à la fin, on démobilise les énergies dans les régions périphériques.
Cette remarque critique, que seul un représentant issu d'une région périphérique pouvait faire sans être blessant, parce qu'elle s'adresse à moi aussi, cette remarque n'empêche pas la volonté de mener une politique volontariste. Elle fera l'objet d'un rapport, d'abord au Conseil fédéral, car le Conseil fédéral a demandé hier, lorsqu'il a accepté de mettre en consultation la prolongation de l'arrêté Bonny, que mon département produise un rapport sur tous les problèmes évoqués par M. Lombardi, par M. Maissen et par plusieurs d'entre vous sur les risques de divergences trop grandes dans la prospérité entre les régions périphériques et les régions centrales.
[PAGE 269] Un ancien conseiller fédéral disait une fois qu'en Suisse, tout le monde se considère comme région périphérique, sauf peut-être une partie des habitants de la Bahnhofstrasse à Zurich.