Recordon Luc · Nationalrat · 2005-05-30
Recordon Luc · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-05-30
Wortprotokoll
Ce programme d'allègement budgétaire pose toute une série de questions de principe. La première, à laquelle il ne s'agit pas de donner une réponse forcément noire ou blanche, est de savoir s'il faut que nos comptes soient équilibrés à terme. A vrai dire, je serais plutôt enclin ici à dire que oui, un effort doit être fait dans ce sens et qu'il n'est pas inutile - et de loin - de chercher à éviter de payer à terme de lourds intérêts, même si les taux d'intérêts sont actuellement bas; mais ils pourraient remonter un jour, tout le monde le dit.
Il est donc sensé de chercher à procéder à un allègement budgétaire dans le principe. Mais un allègement budgétaire ne doit pas être recherché avec une frénésie absolue, avec une vision idéologique extrémiste. Il faut pouvoir pondérer les effets de l'allègement budgétaire pour les comparer avec ses avantages. Or, la méthode qu'a choisie le Conseil fédéral et dans laquelle, bon an mal an, nous nous sommes engagés aux chambres, à quelques honorables exceptions près, consiste en vérité à aligner des noix sur un bâton. On prend de grands domaines de l'activité administrative et on dit: "Voilà, ici on coupe tant, ici on coupe un peu plus, là on coupe un peu moins", d'une manière que je n'hésiterai pas à qualifier de "pifométrique". En particulier, il est extrêmement difficile, voire impossible, de savoir comment les effets vont se faire sentir sur les activités concernées.
Et puis, surtout, le choix des activités qui sont touchées par l'allègement budgétaire est particulièrement discutable. J'avais cru comprendre et on l'entend bien souvent - en tout cas dans les discours de kermesse - que gouverner, c'est prévoir. Alors je vous pose la question: est-ce véritablement prévoir que de couper dans des dépenses dont on sait qu'elles feront sentir leurs effets - positifs si elles sont suffisantes, négatifs si elles sont insuffisantes - dans un avenir à moyen terme? Je pense en particulier à l'aide au développement, mais plus encore à la formation et à la recherche. Je pense aussi aux transports publics voire, grande absente, aux dépenses en matière d'énergie, pour laquelle on voit cruellement, ces jours, que le Conseil fédéral n'a pas de politique bien définie, en particulier pas de politique permettant de réduire notre dépendance, qui pourrait se révéler gravissime à relativement court terme.
Un exercice budgétaire est donc un exercice de priorisation politique.
Il n'y a aucune priorisation politique dans le document qui nous a été soumis. C'est du saupoudrage, point par point, imprécis. Face à cela, le groupe des Verts et moi ne pouvons pas nous déclarer d'accord d'entrer dans cette logique. On nous annonce un programme d'abandon de tâches; il eût été logique de nous dire quelles tâches on voulait abandonner et pourquoi, de les abandonner partiellement le cas échéant, de chiffrer cet abandon, d'en connaître les conséquences, y compris macroéconomiques, que nos collègues du groupe socialiste ont longuement demandé qu'on développe et dont on ne sait à vrai dire aujourd'hui pas grand-chose.
Pour ces raisons, et tout en ayant fait et en continuant de faire des propositions - s'il y a entrée en matière - de façon ciblée, je vous demande de ne pas adopter l'entrée en matière et à titre subsidiaire d'entrer dans les vues de la minorité Hofmann Urs en acceptant le renvoi au Conseil fédéral.
D'ailleurs, dans le principe, c'est peut-être la méthode qui serait la plus judicieuse, mais enfin, vu l'ordre de vote, je vous demanderai d'abord de ne pas entrer en matière et ensuite de soutenir la minorité Hofmann Urs, tout particulièrement sur les points 3 et 4, qui paraissent les plus pertinents.