Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2005-06-14
Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-06-14
Wortprotokoll
Le groupe des Verts n'est pas favorable à l'utilisation d'OGM dans l'agriculture et dans l'alimentation, mais il n'en fait pas l'enjeu d'une guerre de religion.
De façon pragmatique, il constate en tout cas que les agriculteurs et les consommateurs n'en veulent pas, tout comme les nombreux villages et régions qui se déclarent "zones sans OGM". Le groupe des Verts constate aussi que depuis l'adoption de la loi sur le génie génétique, les recherches ont donné des résultats contradictoires et que les firmes agroalimentaires n'ont rien fait pour susciter la confiance. C'est notamment le cas quand on considère l'étrange affaire du maïs transgénique Bt10 interdit, que la firme Syngenta a exporté vers les Etats-Unis et l'Union européenne - par inadvertance, dit-elle. Tout le monde peut se tromper, mais là, c'est pour le moins malvenu: cette erreur la discrédite. De plus, après des mois de cachotteries, de dissimulation et de propos lénifiants, Syngenta peine à nous faire croire désormais que ce produit, qui présente une résistance à un antibiotique, est inoffensif.
Mais ce que révèle aussi cette histoire, c'est la situation d'impuissance dans laquelle se trouvent les autorités, puisque l'Office fédéral de la santé publique reconnaît qu'il ne dispose d'aucune donnée précise sur les risques que ce maïs transgénique pourrait présenter pour la santé. Et vous voudriez qu'on aille joyeusement de l'avant dans de telles conditions?
Quant à la recherche, elle ne nous rassure pas vraiment. Les récentes études sur la possibilité de faire coexister des cultures biologiques et des OGM ont donné des résultats contradictoires. Mais ce qui inquiète davantage encore, c'est par exemple la découverte réalisée à l'Institut Forel de Genève, selon laquelle l'ADN des plantes génétiquement modifiées se transmet par l'eau, et reste biologiquement actif jusqu'à la fontaine. Selon une interview des chercheurs parue dans "Le Courrier" du 27 février 2004, "la modification introduite va ainsi se propager plus loin et concerner tout le cycle vital, voire alimentaire." Certes, la preuve n'est pas [PAGE 791] fournie que cet ADN modifié s'intègre dans une nouvelle plante.
Il n'en reste pas moins qu'au chapitre des contaminations, ces découvertes apportent un éclairage plutôt menaçant. Ce qui est également inquiétant, c'est le fait que ces chercheurs ont rencontré beaucoup de difficultés pour publier les résultats de leurs recherches, vu que les revues scientifiques disent subir d'énormes pressions de la part des milieux économiques. Rappelons que l'initiative n'empêche pas la recherche, mais aux yeux des partisans des OGM, cela n'est pas suffisant, car ce qui les intéresse, ce n'est pas la recherche en soi, ce sont les affaires et les profits qu'on peut en retirer. Comme on peut le lire dans la gazette du forum "Biotechnologie et alimentation": "La recherche, le développement et la commercialisation sont étroitement liés."
Quant à la proposition de renvoi Randegger, elle constitue une tentative ultime, mais finalement assez grossière, de forcer le destin contraire. Ou bien la loi est suffisante et l'initiative peut être rejetée, ou bien la préparation de la mise en oeuvre de la loi nécessite encore quelques investigations et il faut voter le moratoire. Mais introduire, de force, à la dernière minute, ce qui justement fait problème et justifie le moratoire, c'est simplement absurde.
En conclusion, les Verts sont convaincus que l'avenir de l'agriculture suisse et sa survie ne sont pas dans l'agrobusiness à grande échelle. La survie est au contraire dans la production de produits alimentaires de qualité, de proximité, cultivés selon des méthodes respectueuses de l'environnement. C'est là sa force, son avantage concurrentiel. Les agriculteurs de ce pays ont déjà payé un tribut assez lourd aux maladies, en particulier l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB); ce serait folie que de partir sans garanties suffisantes dans une dérive technologique mal contrôlée.
C'est pour ces raisons que le groupe des Verts vous demande de rejeter la proposition de renvoi Randegger et de voter pour l'initiative.