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Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2005-09-28

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-09-28

Wortprotokoll

C'est vrai que lors de notre premier débat, nous avions trouvé dans ce conseil une majorité, qu'on pourrait dire un peu contre nature, qui s'était constituée pour élargir un tant soit peu le cercle de ceux que la Suisse est d'accord d'accueillir, en l'élargissant à "la main-d'oeuvre nécessaire à l'accomplissement de tâches spécifiques". Nous sommes en train de faire une loi discriminatoire, humainement injuste et économiquement contre-productive. C'est précisément la conjonction de ces deux perspectives - humanitaire et économique - qui avait permis à notre conseil de voter en faveur de cette ouverture.

Cette solution n'enthousiasmait pas les Verts, car les intentions de ses auteurs, qui étaient du côté droit de la salle, n'étaient pas parfaitement pures et on pouvait les soupçonner de vouloir réintroduire en douce le statut honni de saisonnier. Les Verts préféraient le principe général: un emploi, un permis. Mais maintenant, nous n'avons pas d'autre choix que de maintenir cette petite ouverture, ce petit coin de bleu dans un ciel lourd de menaces.

Pour la majorité actuelle de la commission, dans le contexte d'une réalité migratoire marquée par la violence et la misère, la Suisse reste pourtant centrée sur ses intérêts bien compris. On ne veut que des cadres, des spécialistes, des gens qualifiés, mais aussi, à l'aliéna 3 de cet article, des investisseurs, des chefs d'entreprise, des vedettes du sport et du show-business, des hommes d'affaires mondialisées et des universitaires que nous avons formés, plus quelques danseuses de cabaret! Et cela, sans aucun égard pour des dizaines de milliers d'Africains qui attendent sur les rivages sud de la Méditerranée un passage improbable vers la forteresse Europe, sans aucun égard pour les Equatoriens - et surtout les Equatoriennes sans qui les femmes de notre pays ne pourraient pas poursuivre leur carrière, faute de garde d'enfants ou de femme de ménage.

Nous sommes aujourd'hui comme hier convaincus que la Suisse a besoin de ces travailleuses et de ces travailleurs qui viendront de toute façon chez nous, d'une manière ou d'une autre. Pour qu'ils ne soient pas rejetés à la mer - ou rejetés par la mer! -, pour qu'ils ne viennent pas grossir les rangs des sans-papiers, il faut absolument leur laisser une chance de faire un petit bout de vie chez nous de manière légale.

Quant aux dispositions de l'alinéa 2 de cet article, elles témoignent d'une vision ethnocentriste de l'immigration, comme si seules les personnes hautement qualifiées étaient aptes à s'intégrer chez nous, comme si seules les élites internationales étaient dignes de nous, car seules capables d'adopter nos moeurs et de parler notre langue. Eh bien, c'est souvent le contraire qui est vrai. Les cadres vivent dans leurs villas et envoient leurs enfants dans les écoles privées; ils parlent anglais partout, y compris au club de golf, alors que les moins qualifiés, c'est-à-dire les gens ordinaires, sont dans les bistrots avec les Suisses, vont au match et font la fête avec le peuple!

J'aimerais encore souligner à quel point les dispositions de cet article sont discriminatoires pour les femmes, car celles-ci font rarement partie des cadres et des spécialistes hautement formés. Ce n'est pas qu'elles manquent de qualifications, mais celles-ci ne sont pas reconnues, de telle sorte que des universitaires s'occupent du nettoyage des bureaux ou d'économie domestique. Elles n'ont que peu de chances d'accéder à un statut légal et elles restent dans la clandestinité.

En conclusion, je vous raconterai que, le 4 avril 2005, treize femmes immigrées dont quelques-unes étaient sans statut légal ont reçu des mains du maire de Genève le Prix "Femmes exilées, femmes engagées". A cette occasion, l'une d'entre elles venant du Burundi s'est exprimée ainsi: "Désireuses malgré tout d'assurer notre indépendance financière, la plupart d'entre nous avons été contraintes d'accepter le premier emploi qui s'est offert à nous, souvent sans aucun lien avec notre formation de base. Nos différents profils professionnels constituent une richesse pour la Suisse; cette richesse serait perdue si elle n'était pas mise au service de la communauté dans son sens le plus large."

Voilà une très bonne conclusion pour vous dire qu'il faut maintenir cette ouverture à l'article 23 et suivre la minorité Bühlmann.