Grobet Christian · Nationalrat · 1999-12-20
Grobet Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 1999-12-20
Wortprotokoll
Mon initiative parlementaire se distingue de celle de M. Günter que vous venez de rejeter par le fait qu'elle n'est pas axée sur la répression, mais sur la prévention, et qu'elle vise à l'adoption d'une loi qui traite ce sujet à l'instar de ce qui a été fait dans notre pays voisin, la France.
J'aimerais rappeler que les affaires de dopage se multiplient, et dans toutes les disciplines sportives. Il n'y a pas une semaine où de nouvelles affaires sont dévoilées par la presse. Jeudi dernier, c'était celle d'une vingtaine de cyclistes réputés, italiens, mais aussi parmi les noms un grand champion de notre pays. Mais ce qui est plus grave, c'est que la pratique du dopage frappe de plus en plus les jeunes espoirs qui, pour arriver au niveau du sport professionnel, sont presque contraints de prendre des produits anabolisants. Le sport, qui est la discipline par excellence à pratiquer pour promouvoir la santé, se gangrène toujours davantage dans le secteur de la compétition qui fait l'objet d'enjeux financiers toujours plus élevés. L'argent commande toujours davantage dans ce domaine, et c'est une illusion de penser que les dirigeants sportifs vont, à eux seuls, mener l'action préventive et, si nécessaire, répressive pour combattre le fléau toujours plus intense du dopage que les intéressés s'efforcent de dissimuler par la rituelle pratique du mensonge qui a pris des proportions intolérables.
Face à la dégradation de la situation, heureusement dévoilée par les médias, les autorités, à quelques exceptions près, continuent à éluder leurs responsabilités, tout particulièrement à l'égard de la jeunesse. Les empoisonneurs continuent à sévir en toute impunité. Le Conseil fédéral, comme d'autres gouvernements, continue à se voiler la face, à se [PAGE 2587] décharger de ses responsabilités sur les fédérations sportives, alors qu'il pourrait montrer l'exemple à l'instar de la France en élaborant un projet de loi régissant la prévention et la lutte contre le dopage, question qui est plus que jamais d'actualité. Tel est le but de mon initiative.
La majorité de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique propose de ne pas y donner suite, considérant que les modestes adaptations apportées à la loi sur les produits thérapeutiques étaient suffisantes, alors que tel n'est manifestement pas le cas. Elle n'a même pas voulu prendre connaissance de la loi française régissant la question, qui est exemplaire en la matière avec ses dispositions de prévention et qui, surtout, prévoit des sanctions efficaces pour ceux qui violent la loi, ce qui est, hélas, le seul moyen de faire respecter celle-ci dans un domaine où la tricherie et la corruption sont devenues monnaie courante au vu de l'importance des enjeux financiers en cause. Combien de sportifs professionnels donnés comme modèles aux jeunes n'ont-ils pas trahi l'éthique fondamentale du sport de compétition?
J'aimerais enfin mettre en évidence un fait nouveau important. Au moment où le CIO vient de mettre sur pied la nouvelle Agence mondiale antidopage indépendante, les dirigeants du CIO, notamment le président Antonio Samaranch et le vice-président Richard W. Pound, ont insisté sur la nécessité d'une forte collaboration des gouvernements pour lutter contre le fléau de la drogue. L'Agence mondiale antidopage est du reste une agence avec 50 pour cent de participation du monde du sport et 50 pour cent de collaboration des gouvernements. Je rappelle que M. Ogi, conseiller fédéral chargé de ce dossier, a déclaré vouloir s'inspirer des travaux du CIO. Au moment où ce dernier vient d'en appeler à la participation des Etats à la lutte antidopage, où d'autres Etats comme l'Italie s'apprêtent à suivre l'exemple français, il est paradoxal que notre pays ne suive pas la même voie et ne donne pas l'exemple dans ce domaine.
C'est la raison pour laquelle je vous invite à donner suite à mon initiative, c'est-à-dire pour que la commission élabore un projet et que l'on aille dans le sens de ce que demande le CIO.