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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2006-09-18

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2006-09-18

Wortprotokoll

Au nom du Conseil fédéral, je remercie le Parlement de nous avoir invités à nous [PAGE 1622] exprimer à l'occasion de l'ouverture de cette session à Flims. Après Genève en 1993 et Lugano en 2001, c'est un plaisir de se retrouver une nouvelle fois en dehors des murs du Palais fédéral à Berne.

A ma connaissance, aucun autre pays au monde ne donne la possibilité à son Parlement de siéger en dehors de la capitale ou du lieu de séance habituel. D'où vient cette liberté? On peut y voir une raison historique: le Parlement fédéral est en effet l'héritier de la Diète, les lieux de réunion de ses assemblées ont souvent changé.

La Diète helvétique en cela se comportait comme les Diètes impériales qui siégeaient dans différents lieux du Saint Empire romain germanique. Or les cantons suisses se sont longtemps référés à l'autorité suprême de l'empereur du Saint Empire romain germanique. Il paraît même qu'au XIXe siècle encore certains cantons lorsqu'ils condamnaient un criminel à mort se référaient à l'empereur dont l'empire avait pourtant disparu en 1806. Décidément, nos rapports à l'Europe n'ont jamais été simples!

Mais, à ces causes historiques, il faut ajouter une attitude qui est profondément ancrée dans notre culture politique: celle de donner à toutes les minorités du pays une chance égale d'exister et de se manifester. Mais comme tout le monde dans ce pays se considère d'une manière ou d'une autre comme une minorité, cela signifie dans la pratique que tout le monde a un droit égal au respect et a contrario que personne n'a le droit ou ne peut avoir la prétention d'imposer aux autres sa seule volonté politique, économique, linguistique ou religieuse.

Le consensus helvétique est dans la nature des choses. Le consensus, oui, mais après un dialogue vigoureux dans lequel chaque communauté, chaque groupe, chaque parti politique s'est exprimé clairement, tout en se réservant la possibilité intelligente d'abandonner une partie de ses prétentions au moment de la décision finale, pour permettre un accord et un progrès communs. Nos sociétés sont trop riches et diversifiées pour pouvoir accepter qu'une seule région, qu'un seul groupe d'intérêts, qu'une seule famille d'idées, qu'une faction politique, puisse détenir la seule solution valable pour tous.

Après ces considérations générales, nous pouvons encore trouver des raisons plus terre à terre pour expliquer les déplacements de la cohorte parlementaire et gouvernementale. Nous sommes allés à Genève en 1993, parce qu'il fallait changer la ventilation des salles du Parlement. Nous sommes allés ensuite à Lugano en 2001, parce que nous nous étions déplacés au préalable à Genève et nous sommes aujourd'hui dans la commune grisonne de Flims, parce que le bâtiment du Parlement est inutilisable. Les raisons pratiques de ces déménagements temporaires sautent aux yeux. Mais c'est toute la grandeur de la politique que de trouver à des raisons pratiques une valeur symbolique qui leur donne une réelle dimension, soit la reconnaissance de valeurs fondamentales de l'Etat.

Après avoir siégé à Genève, à Lugano et à Flims, où irons-nous? A vous d'y répondre! Ce qui est démontré, c'est que les sessions hors de Berne sont des expériences personnelles extrêmement enrichissantes. La plupart d'entre nous, au hasard des déplacements des commissions parlementaires, ont siégé dans presque tous les cantons. Mais le déménagement de tout le Parlement reste un événement d'une toute autre portée, pour ceux qui se déplacent et pour ceux qui nous reçoivent. Genève, ville habituée aux grandes réunions internationales, nous avait impressionnés par la qualité des infrastructures dont elle disposait pour faire face à son rôle international. De la session à Lugano nous gardons également le souvenir d'une organisation parfaite et la redécouverte des richesses politiques, humaines et gastronomiques du Tessin. Nous nous réjouissons tous de profiter des pauses que nous offrira le travail parlementaire pour emmagasiner des images et des impressions supplémentaires des Grisons, dont il fera bon se souvenir.

Le canton des Grisons nous accueille avec toutes ses richesses, et elles sont nombreuses, même si le canton des Grisons n'est pas en tête du hit-parade du revenu par tête d'habitant. La richesse d'un peuple, c'est d'abord sa culture au sens large. On l'a dit, le canton des Grisons est le seul canton de Suisse trilingue. Mais dire les choses ainsi est déjà simplificateur. L'abondance linguistique du canton des Grisons est encore plus grande qu'on ne le pense. Le romanche se décline en plusieurs familles et on m'a dit que le suisse allemand se subdivise en trois dialectes.

La culture, c'est évidemment aussi l'histoire et les traces visibles que laisse l'histoire, les monuments notamment. Les routes carolingiennes traversent les Grisons. Grâce à cela, on peut admirer plusieurs églises du Haut Moyen Age dont l'une m'est particulièrement chère, Müstair. Il faudrait aussi évoquer les châteaux dont certains servent de résidence à des parlementaires ou de résidence d'été à tel conseiller fédéral. C'est une bonne manière de garder vivant le patrimoine. Nous appuyons la volonté des Grisons d'inscrire au patrimoine de l'humanité de l'Unesco un tracé particulièrement impressionnant des Chemins de fer rhétiques. Les Grisons sont légitimement fiers de leur passé. Ils sont naturellement plus fiers encore de ce qu'ils ont accompli ces dernières décennies dans le domaine économique, ainsi que dans les domaines de l'éducation et de l'environnement.

Vous aurez au cours de ces trois semaines l'occasion de vous familiariser davantage encore avec les problèmes des régions de montagne. Comment faire face au vieillissement de la population, au dépeuplement de certaines vallées? Comment maintenir les infrastructures routières ou ferroviaires en un temps de sobriété financière? Comment assurer la durabilité de l'offre touristique face à la pression de la demande? Comment donner aux jeunes des stations touristiques la chance de trouver un logement et un avenir dans le village qu'ils habitent? Ces questions sont celles de toutes les régions de montagne. Elles engagent la solidarité nationale et l'on retrouve le thème que j'ai évoqué au début de cette intervention: il n'y a pas dans ce pays de solution possible sans ouverture aux problèmes des autres. Et l'autre est toujours différent, politiquement, géographiquement, économiquement. Mais cette ouverture, indispensable à l'autre, ne doit jamais être une excuse pour maintenir le statu quo ou refuser le changement. Vos débats diront comment les représentants de la nation, que vous êtes, voient la solution à ces tensions normales.

Le climat et l'accueil des Grisons nous aideront certainement à répondre aux défis posés dans une atmosphère de sérénité. Les gens de ce pays, de ce canton, ont, dans le passé, trouvé des réponses à des problèmes autrement plus difficiles que ceux que la Suisse prospère et paisible du XXIe siècle doit résoudre. A nous de prouver que nous savons nous inspirer de leur exemple.

Je souhaite à tous une session fructueuse. J'espère que les autorités et la population du canton des Grisons seront renforcées dans leur conviction que la représentation nationale est soucieuse de la cohésion sociale et nationale.

[VS]