Lexipedia

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2006-12-06

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-12-06

Wortprotokoll

C'est à un malheureux marchandage que s'est en fait livrée la commission en transférant la coupe de 30 millions de francs des subventions au transport régional des voyageurs à cette position relative aux investissements. Cette opération n'a en fait pas grand-chose à voir avec la politique des chemins de fer et avec les nécessités concrètes auxquelles cet argent est destiné. Si j'ai bien compris, il s'agit d'une technique budgétaire concernant le frein à l'endettement. Mais en jonglant ainsi avec les chiffres, on se met en situation d'être assez déconnecté de la réalité.

Il y a deux éléments qui me paraissent totalement inacceptables dans la proposition de la majorité. Le premier concerne la manière dont cette coupe a été imposée aux cantons et le second concerne les vrais besoins des chemins de fer régionaux.

Le Conseil fédéral voulait couper dans les subventions au transport régional des voyageurs. Pour les cantons, cette coupe aurait représenté un véritable coup de Jarnac, intervenant à un moment où ils ne peuvent plus rien changer, ni aux prestations des compagnies des chemins de fer, ni à leur propre budget. Ils se trouvaient ligotés dans une sorte de marché de dupes, dans des promesses trahies, une impasse qu'ils avaient mis beaucoup de sagesse à éviter en négociant longtemps à l'avance. Ils ont protesté avec vigueur, exprimant leur écoeurement devant tant de désinvolture et de traîtrise. L'avertissement a été entendu. Maintenant, l'astuce consiste à orienter le couperet plutôt sur les investissements, ce qui constitue un deuxième coup de Jarnac, cette fois à l'égard de notre propre Parlement qui a voté pas plus tard qu'en septembre dernier à Flims, dans la douleur - je m'en souviens -, ce 9e crédit-cadre pour les contributions d'investissement destinées aux entreprises de transport concessionnaires.

Rappelons aussi que les programmes d'allègement budgétaire étaient déjà passés par là auparavant, amputant le budget des chemins de fer concessionnaires de 30 millions de francs. L'érosion des crédits fait qu'on repart chaque année de plus bas, qui sait, jusqu'à l'épuisement total.

A la session de Flims, certains ont fait observer que le Conseil fédéral nageait en pleine incohérence en recommandant l'adoption d'un crédit d'investissement dont il reconnaissait lui-même qu'il était insuffisant pour répondre aux besoins et, plus inquiétant, pour assurer la sécurité des chemins de fer, notamment en ce qui concerne les ponts et les tunnels, donc la sécurité des voyageurs.

A quel jeu joue-t-on? De plus en plus, on a le sentiment que les maîtres des finances s'arrogent le droit de prendre souverainement leurs décisions, au mépris des commissions spécialisées dont les options politiques sont torpillées. Le choix de favoriser les transports publics, de soutenir le trafic d'agglomération, que ce crédit d'investissement concerne aussi, et d'encourager le transfert modal, tout cela représente une politique qui se construit à long terme. Compromettre ces réalisations en coupachant dans les budgets est une politique suicidaire. Sans doute que cet hiver, le stratus saturé de poussières fines se chargera de nous rappeler combien les transports publics sont nécessaires pour lutter contre les changements climatiques, les embouteillages, les pollutions qui portent atteinte à notre santé et à notre qualité de vie. [PAGE 1700]

Ces économies-là risquent de nous coûter très cher avant qu'il soit longtemps. C'est pourquoi le groupe des Verts vous recommande de voter la proposition de la minorité Kohler.